Tshering WANGDU – Mélodies tibétaines

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Tshering WANGDU – Mélodies tibétaines
(Autoproduction)

Parce que la culture musicale tibétaine ne se limite pas aux chants de moines, si envoûtants soient-ils, il est bon que quelques autochtones fassent aussi valoir les autres richesses de leur tradition, surtout quand celle-ci est victime d’un génocide culturel. Parmi les artistes tibétains ayant élu domicile en France, Tshering WANGDU, jeune chanteur et multi-instrumentiste talentueux, s’acquitte de cette tâche avec générosité.

Enfant de l’exil (ses parents habitaient la région de l’Amdo), il est né en Inde, et c’est là-bas qu’il a, dès l’âge de 4 ans, intégré l’ « Indo-Tibetan Buddhist Cultural Institute », où il a étudié les différents aspects de la musique laïque tibétaine. En 1994, il a ainsi fondé, avec d’autres élèves de l’Institut, l’ensemble GANGJONG DOEGHAR (la « Troupe du Pays des neiges »), où ses talents de musicien, chanteur et danseur n’ont cessé de croître. Après plusieurs tournées en Asie et en Europe avec ce groupe, c’est en France que Tshering WANGDU s’est produit le plus souvent. On a pu notamment le voir participer régulièrement au Festival du Tibet et des peuples de l’Himalaya, à Vincennes.

Sobrement intitulé Mélodies tibétaines, le premier CD solo de Tshering WANGDU offre un généreux répertoire de thèmes relatifs aux genres « nangma » et « teuché ». Les nangmas sont des chants classiques qui expriment la joie et la détente, tandis que les teuchés se caractérisent par un rythme plus relevé et évoquent l’amour, la compassion, la nature et la beauté des paysages tibétains.

Hommage au Dalaï-Lama, offrande aux protecteurs, ode à la nature ou au peuple tibétain, chant de fête, poème, chant d’amour et évocation de rêve, sans oublier la revigorante « danse des joueurs de luth », sont interprétés avec beaucoup de ferveur et de sensibilité par Tshering WANGDU de sa voix médium et veloutée.

Les instruments joués par Tshering, le luth « dranyen » à six cordes, le tympanon « gyu-mang », et la flûte « ling-bou », tous très représentatifs de la culture profane des différentes régions du Tibet, agissent ici en parfaite complémentarité. La frappe sèche et rugueuse du luth est le plus souvent contrebalancée (via le re-recording) par la fluidité et la brillance du tympanon, tandis que la flûte offre quelques moments d’abstraction onirique.

C’est en guide averti que Tshering, derrière chacune de ses notes, nous convie à partager les émotions d’un peuple dont la culture nous est de plus en plus masquée. Il ne manque à ce disque que l’image, puisque Tshering WANGDU est également un remarquable danseur, comme il a pu le prouver lors de ses performances scéniques, qui comprennent les impressionnantes « danse du lion » et « danse du yack ». Mais soyez assuré que ces Mélodies tibétaines sauront vous propulser sans détour et sans édulcorant au cœur de cette culture populaire que l’on espère ainsi voir perdurer aussi longtemps que ce toit du monde d’où elle provient. 

Stéphane Fougère
(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°14 – mars 2004 et
légèrement remaniée en 2023)

PS : Même si les possibilités de se produire sur scène se font rares, notamment depuis la pandémie de Covid, Tshering WANGDU reste aujourd’hui encore actif en tant qu’artiste, que ce soit avec son groupe NORLING ou en solo et continue à composer (voir ses nouveaux clip vidéos sur youtube). 

Page : https://m.facebook.com/people/Tshering-Wangdu-Artiste/

Site : www.tshering-wangdu.com

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