TUXEDOMOON plays Pink Narcissus : Reflet d’un film sulfureux

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TUXEDOMOON plays Pink Narcissus

Reflet d’un film sulfureux


Paris, le 6 septembre 2011 : une date précieuse pour les fans de TUXEDOMOON, qui fêtait son grand retour sur scène, quatre ans après son concert saboté à La Cigale. Leur venue correspondait à un événement culturel séduisant par sa programmation réservée aux cinéphiles. En effet, l’Étrange Festival se déroulait au Forum des Images, dans le quartier du Forum des Halles. Ce soir-là, où Marc CARO et Boyd RICE présentaient aussi leurs nouvelles créations, TUXEDOMOON n’a pas assuré un concert “classique”. Le quatuor venait présenter pour nous une musique inédite composée spécialement pour ce festival, un live soundtrack de plus de 70 minutes pour le film Pink Narcissus. Nous en avons profité pour avoir trente minutes de conversation en français avec Steven BROWN, que nous vous proposons ici dans sa presque totalité. Cette discussion fut principalement centrée sur ce nouveau projet de live soundtrack, avec une pincée d’anecdotes sur le passé.

TUXEDOMOON plays Pink Narcissus s’est avérée être une performance assez unique. Cette liaison entre les images et la musique fut une expérience mémorable, surtout lorsque nous avons découvert pour la première fois l’œuvre jouée, tant visuelle que sonore.

Le film en question, Pink Narcissus, fut réalisé par James BIDGOOD, photographe et figure importante de la culture gay américaine. Ce film, paru en 1971, invite le public à suivre les désirs et les fantasmes d’un jeune homme (Bobby KENDALL), et dont le thème central tourne autour du mythe de Narcisse, personnage mythologique tombant amoureux de lui-même après avoir vu son reflet dans l’eau.

C’est une œuvre expérimentale et kitsch, un assemblage de rushs réalisés entre 1965 et 1970, à l’aide d’une caméra 8 mm, dans l’appartement de BIDGOOD. Cet univers hautement raffiné (interdit tout de même aux moins de 16 ans) et en technicolor, influencera notamment Pierre & Gilles ou David LA CHAPELLE. Pink Narcissus est sorti sans le consentement du réalisateur qui apparaît sous le nom “anonymous” dans le générique de fin.

À vrai dire, le plus important pour nous fut de voir et d’entendre TUXEDOMOON. Quel plaisir de retrouver les musiciens : Peter PRINCIPLE (basse), Steven BROWN (clavier, saxo, clarinette), Blaine REININGER (laptop, violon, guitare) et Luc VAN LIESHOUT (trompette) ! Les “TuxedoMen” ont fait preuve d’une grande discrétion, situés sur le côté gauche de la scène, laissant le champ libre à la projection du film, et bénéficiant d’un éclairage réduit au minimum.

TUXEDOMOON, dans cette semi-obscurité, possédait une aura de mystère, qui allait de pair avec ce qu’ils ont joué ce soir-là. C’était un moment magique de musique, intense et riche par la variété des atmosphères et des sons proposés, en adéquation avec les images oniriques du film. Il y avait un côté assez féerique à la vue de ces images colorées qui défilaient alors que les musiciens livraient un set entièrement instrumental, et une musique qui faisait penser à la fois aux ambiances sombres de Half Mute et aux légèretés chatoyantes de You… À la fois secrète et joviale, avec ici et là des fulgurances renversantes, dont un final où l’excitation et l’émotion ont saisi l’auditeur.

Cette prestation fut marquée par un jeu de basse hypnotique, la chaleur et la sensualité des cuivres (trompette, saxo, clarinette), le classicisme tout en retenu du piano (ces notes vers la 20e minute jouées par BROWN sont d’un tel romantisme que nous repensons un bref instant à l’intro de The Cage) ou du violon, opposé à l’énergie noisy et chaotique de la guitare électrique. Le tout fut saupoudré d’effets sonores étranges ou amusants, sortis d’un laptop, comme au début du film où nous percevons des bruits de la nature (piaillements d’oiseaux, croassements de grenouilles) avant l’arrivée de la trompette au goût jazzy et de la basse répétitive.

Nous reconnaissons ce style si tuxedomoonesque, dès les premières minutes qui nous replongent dans leur monde (de leur début à Bardo Hotel). Cette performance dévoilait leur parfum intemporel, et cette variété musicale les caractérisant depuis tant d’années. Leur statut de groupe culte n’a en rien été entaché durant cette soirée.

Ces 70 minutes ont permis d’entendre une musique piochant un peu partout dans les réserves sonores du monde, trouvant ses sources dans divers styles : le minimalisme (la basse), l’ambiant (les atmosphères), le classique (le piano et le violon), le jazz (les cuivres) ou même le rock ; vers la moitié de la performance, et l’apparition de la guitare électrique tenue par Blaine, la musique se transforme en quelque chose de colossal à l’aspect brutal, marquant une rupture totale avec les développements précédents plus intimistes.

Nous pouvions percevoir aussi une forte influence européenne, notamment lors de la première partie, où la trompette et la clarinette s’envolaient vers des sonorités franchissant les frontières d’Europe de l’Est et des Balkans ; alors que peu avant la 50e minute, tous les instruments et surtout les cuivres se sont laissés emportés par une certaine folie enfantine, plus prompts à faire la fête, et conférant au soundtrack un petit côté “cirque/cabaret”.

Assurément, cette musique pleine de vie, non statique, a su évoluer, allant crescendo, par exemple après le solo au piano de BROWN, vers la 21-22e minute, où la basse est devenue rapide et nerveuse, voire lorsque PRINCIPLE, peu avant le final, avec ce son à la fois lourd et aérien, a créé un espace sonore menaçant et envoûtant, parfaitement secondé par le violon frénétique, tout aussi aérien, de REININGER.

À côté de la tristesse d’un violon solitaire et de passages d’un grand classicisme, il y a ce final captivant, marqué par une envolée sublime (des boucles de piano mêlées à une basse intense), jusqu’à cette fin dramatique annonçant la mort du jeune personnage, représentée dans le film par un miroir qui se brise.

Lorsque ce moment arrive, la fin du concert est proche : TUXEDOMOON développe alors des sonorités sombres et abstraites, et comme au début nous retrouvons ces doux sifflements d’oiseaux (là, il y a une apparenté flagrante avec la musique planante allemande des années 1970 !), et cette trompette hésitante, presque à l’agonie. Ainsi s’achève Pink Narcissus, un projet que TUXEDOMOON a su mener à la perfection pour le plus grand plaisir de L’Étrange Festival et du public.

Entretien avec Steven BROWN

Avez-vous prévus de jouer la musique de Pink Narcissus, ailleurs, durant d’autres dates de votre tournée européenne ou bien est-ce une création unique pour Paris?

Steven BROWN : C’est une création. C’est une première mondiale pour L’Étrange Festival. Peut être, si ça fonctionne, dans le futur nous pourrions faire d’autres représentations de ce spectacle. Mais, pour le moment, ce n’est pas prévu. Nous aimerions bien cependant faire encore des concerts avec ce film après Paris. En fait, nous voudrions parler avec les gens du festival pour savoir comment faire vis a vis des droits du cinéaste !

Il va y avoir une autre date en France à Nancy, à la fin du mois de septembre, pour le Body Art Festival.

SB : Pour Nancy, ce sera un concert normal. Nous sommes en tournée depuis le mois de juillet, et c’est le même show : un mix de choses récentes et anciennes. Mais, nous ne jouons pas de morceaux inédits.

Qui a eu l’idée de ce projet de musique pour le film Pink Narcissus ?

SB : C’est le festival ; c’est une commission. Ils nous ont contactés avec cette proposition et nous avons accepté.

Connaissiez-vous ce film ? L’aviez-vous déjà vu à l’époque de sa sortie ?

SB_: Oui, je l’ai vu il y a très longtemps, mais je ne m’en souvenais presque plus. Je savais plus ou moins le sujet. Et puis évidemment, il y a quelques mois, nous avons fait des recherches sur internet jusqu’à ce que le festival nous envoie une copie DVD.

Est-ce que ce film vous a marqué ?

SB_: À l’époque, je ne peux pas dire. Je ne me souviens pas de grand-chose. C’est un film gay, très esthétique. À l’époque, cela m’intéressait et cela m’intéresse toujours d’ailleurs. Maintenant, après l’avoir vu pour ce travail, je vois beaucoup de choses : je comprends beaucoup mieux pourquoi il a cette réputation de film culte.

Le type a réalisé une œuvre d’amour, pas seulement pour l’acteur, mais aussi pour le film. Tu vas voir les couleurs !!! Il a tout fait dans un appartement de New York pendant six ans. Rien que pour cela, ce film est génial. Et il y a aussi le design, le look. En voyant les images, tu jures que c’est Pierre & Gilles. Mais, c’est dix ans avant Pierre & Gilles. J’aime cet esthétisme, les visages, l’érotisme.

Ce film a-t-il eu une influence au niveau de votre travail visuel avec TUXEDOMOON ?

SB : Non, pas avec TUXEDOMOON. C’était un autre esthétisme. Dans les années 1970, j’étais dans un groupe de théâtre à San Francisco, qui était très radical, très anarchiste. C’était assez avant-garde ! Cela n’existe plus maintenant.

Mais, à l’époque, c’était quelque chose de très fort, et de très important. Personne, en dehors de San Francisco, ne connaissait ce projet. C’était un groupe de gens (une quinzaine de personnes avec femmes et enfants) qui vivait ensemble dans une maison. Nous avions tous la même philosophie : il ne faut pas payer ou faire payer les gens pour assister aux concerts, pour aller au théâtre. C’est pour cela que nous faisions des shows gratuits, où il y avait des danseurs, des peintres, des musiciens. Nous faisions des meetings pour écrire le prochain show. Chacun y mettait ses idées. Ce groupe s’appelait THE ANGELS OF LIGHT, et correspondait davantage à l’esthétique de Pink Narcissus.

Sur Pinheads on the Move, nous retrouvons la reprise de Marvin GAYE, I Heard it through the Grapevine, avec les ANGELS OF LIGHT, en 1977.

SB : Là, c’était un mélange avec TUXEDOMOON. Avec les ANGELS, c’était plus le théâtre. Il y avait beaucoup de musique, mais pas une musique de ce style.

Quel genre de musique ?

SB : Des musiques originales. Il y avait pas mal de musiques des années 1930-1940, de l’âge d’or du ciné américain, avec Fred ASTAIRE. Il y avait du tape dancing dans les shows, où des types chantaient avec des tuxedo. Cet esthétisme des années 1930-40 (influence Busby BERKELEY, chorégraphe et réalisateur de comédies musicales) se mélangeait avec le “living theatre” de Julian BECK, et les idées du théâtre nouveau, du théâtre radical, de Bertold BRECHT.

C’était un cocktail très intéressant, un mélange bizarre de différentes choses. Je crois que personne n’a repris ça depuis. Pour faire TUXEDOMOON, je devais laisser les ANGELS. TUXEDOMOON jouait dans des boîtes où l’on faisait payer les gens. Nous ne pouvions pas le faire avec les ANGELS. Donc, j’ai laissé le groupe de théâtre pour former TUXEDOMOON avec Blaine.

Comment avez-vous travaillé pour la musique de Pink Narcissus. Avez-vous donné une grande importance à l’improvisation ?

SB_: Oui, comme toujours. En fait, nous commençons avec l’improvisation. Nous jouons pendant tant de temps, nous écoutons, nous sélectionnons : ça nous le gardons, ça non ! Il y a la période d’improvisation pure, et puis les révisions de l’enregistrement.

Je suis venu avec l’idée d’une technique de musique contemporaine. J’ai pris les lettres PINK ; et pour chaque lettre de l’alphabet, un numéro (A, B, C = 1, 2, 3), et pour chaque note, un numéro (do = 0, ré = 2 …). Il y a des compositeurs qui travaillent de cette façon. Donc, nous allons essayer ! Une partie de la musique de ce soir est faite à partir des quatre notes de PINK. Cela fait une liaison un peu magique. Mais, sinon, c’était plutôt née avec l’impro.

Avez-vous visionné le film de nombreuses fois ?

SB_: Oui, beaucoup ! Au final, tu répètes avec le film. Nous avons fait 10-11 scènes. Nous avons coupé le film en scènes. Nous avions des “loop videos”. Nous n’avons pas travaillé de la même manière que pour Divine ou The Ghost Sonata. C’était un travail normal de TUXEDOMOON, où nous avons improvisé, tous les quatre ensemble.

Dans le passé, aviez-vous fait ce genre d’expérience notamment avec la musique du film Bardo Hotel ?

SB : Non, parce qu’en fait le film n’existait pas. Mais, moi, je fais ce genre de choses depuis dix ans au Mexique, avec mon groupe NINE RAIN. Nous choisissons des films, nous travaillons dessus et nous faisons des shows. Nous avons fait récemment une tournée avec un film de Serguei EISENSTEIN, Que Viva Mexico. C’est un film inachevé et pas très connu. EISENSTEIN était à Mexico pendant deux ans (1931-932), où il a fait le film. Mais lorsque l’argent a fini par manquer, le producteur a pris le film. EISENSTEIN n’a jamais vu le film, parce que le montage n’a été fait qu’en 1979 ! Nous avons joué en live avec ce projet pendant deux ans. Pour moi, EISENSTEIN (1898-1948) est peut-être le plus grand cinéaste du XXe siècle. Son style de montage était assez révolutionnaire.

N’avez-vous pas envie de poursuivre ce genre de travail avec TUXEDOMOON ?

SB : Oui, pourquoi pas. Nous aimons travailler sur des projets nouveaux. Actuellement, il n’y a rien de prévu, mais cela peut venir maintenant.

Y a-t-il des films en particulier qui vous intéresseraient ?

SB : Il y en a beaucoup. Mais, ils sont déjà faits ! Maintenant, c’est devenu à la mode. C’est curieux d’ailleurs. Pour la plupart des gens, c’est quelque chose de nouveau. Mais, en fait, le cinéma a commencé de cette façon : une musique live dans la salle. Le fait de voir un film avec la musique en live, ce n’est ni un film, ni un concert. C’est quelque chose au-delà, et c’est très intéressant.

Le film de James BIDGOOD traite du mythe de Narcisse. Quel est votre avis sur ce mythe ?

SB : J’adore tous les mythes grecs, mais je n’ai jamais pensé beaucoup à ce mythe, à la signification de Narcisse : pas plus qu’un garçon très beau, qui ne désire que lui-même. Il y a quelque chose de solitaire et de mélancolique. Finalement, ce mythe existe partout, chez les politiciens, chez tout le monde ! Il y a un peu de ça en chacun de nous.

Et aussi peut-être dans le monde de la musique ?

SB  : Ah !, les jeunes avec la guitare ! C’est plutôt Orphée. Pourquoi, avec les garçons, est-ce toujours la guitare ? Pourquoi ne pas faire de la musique avec un tube par exemple ? Il y a un symbole sexuel, lorsqu’il y a un type avec une guitare. Mais, c’est aussi plus que ça : Orphée a enchanté les bois, les animaux, les garçons et les filles avec sa lyre. Et, 3000, 4000, 5000 ans après, c’est toujours pareil. Jouer de la guitare, c’est joli et ça fonctionne !

C’est pourquoi avec TUXEDOMOON, il n’y avait pas ou peu de guitare ?

SB_: (rires) J’étais assez anti-guitare au début. J’étais toujours en conflit avec Blaine. Maintenant, il y a beaucoup de guitare dans le groupe. J’ai changé d’avis, mais à nos débuts, il y a 35_ans, c’était différent. Nous allions faire quelque chose de nouveau, et il fallait laisser tomber la guitare, parce que tout le monde en jouait. Cela ne me dérange pas si la guitare n’est pas dominante. Dans TUXEDOMOON, nous avons beaucoup de clarinette, de saxo, de piano et aussi de la trompette (avec Luc depuis 1983).

Pensez-vous que TUXEDOMOON a, durant sa carrière, commis des erreurs, a été le genre de groupe à faire des concessions ?

SB : Des erreurs, oui beaucoup et tous les jours ! Des concessions, je ne crois pas. C’est la raison pour laquelle nous sommes pauvres.

Mais vous êtes toujours restés honnêtes et créatifs !

SB : Nous avons fait ce que nous voulions faire, c’est-à-dire ne pas jouer la même chanson pendant dix ans. C’était une chose naturelle. Je l’ai toujours dit : le succès, c’est la répétition. Si tu répètes quelque chose un million de fois, c’est le mensonge. En plus de NINE RAIN, depuis un an, je compose pour un quintet à Mexico : tuba, trombone, trompette, clarinette, saxo et guitare. J’écris la musique. J’aime le fait d’écrire quelque chose et de pouvoir l’écouter avec un instrument réel. C’est un luxe total. Il n’y a pas de computer, de claviers. Le trombone joue ce que tu écris, et tu vois si cela fonctionne. C’est dommage qu’avec TUXEDOMOON, nous ne travaillons pas de cette façon ; mais le groupe ne peut pas composer une musique, et la faire jouer par d’autres !

Remerciements à Steven BROWN et David BEAUGIER.

TUXEDOMOON – Pink Narcissus
(Crammed Discs)

Paru le 19 avril 2014 (la fameuse journée du Record Store Day), Pink Narcissus permet de retrouver TUXEDOMOON lors de sa dernière performance parisienne le 6 septembre 2011 à l’occasion de l’Étrange Festival. Le groupe avait alors été contacté par le festival qui lui avait proposé de composer et d’interpréter une musique dans le cadre d’une projection unique du film Pink Narcissus de James BIDGOOD, un film qui fit scandale lors de sa sortie en 1971.

TUXEDOMOON avait décidé de relever le défi et, malgré l’éparpillement de ses membres à travers le monde (Steven BROWN vit à Oaxaca, Blaine REININGER à Athènes, Peter PRINCIPLE à New York, Luc Van LIESHOUT à Bruxelles), s’est retrouvé en pleine campagne belge dans la maison de Luc. Ils ont composé et répété une suite de plus de 50 minutes en à peine une dizaine de jours, « ce qui témoigne de l’empathie née de notre longue association, et de la facilité avec laquelle nous pouvons nous remettre instantanément dans cet état de transe créative et collective », a constaté Blaine REININGER.

De la performance en elle-même qui s’est déroulée au Forum des Images, nous gardons un merveilleux souvenir, bien plus fascinés par la magie de la musique que par les images érotico-kitsch aux couleurs saturées du film en question.

Le groupe fut également satisfait de la prestation et est reparti avec un très bon enregistrement. Dans la foulée, TUXEDOMOON a enregistré la musique en multi-piste, toujours dans la maison de Luc. Mais le disque dur contenant ces fameuses sessions, mal fixé au sommet d’une tour d’ordinateur, est tombé par terre, et l’enregistrement fut définitivement perdu ! Reste heureusement ce live à Paris que Peter PRINCIPLE a eu pour mission d’éditer… Ce travail réalisé à la perfection à Brooklyn permet aujourd’hui à la musique de voir enfin le jour en 33 tours et en version digitale dans une édition limitée à seulement 1 000 copies.

La musique est divisée en douze parties (six titres par face pour le 33 tours). Nous redécouvrons ainsi toute la beauté de cette performance qui réserve de très beaux moments comme ce solo de violon par REININGER sur Body Parts, ou les impressionnantes lignes de basse de PRINCIPLE qui dirigent brillamment cette suite musicale et la maintiennent pendant pratiquement toute sa durée dans une cohésion des plus rigoureuses ; les musiciens élaborent une musique recherchée, mais toujours accessible et émouvante, qui installe un décor (Nature) et qui prend lentement vie, atteignant des instants de grâce (Triumphant Procession) et dépassant constamment les frontières ô combien réductrices et limitées d’un seul courant musical.

La bande-son de Pink Narcissus est à l’image du groupe s’incrustant dans des univers soniques multiples, allant du néo-classique (les passages au violon ou au piano) au rock (avec l’arrivée de la guitare électrique), de l’ambient (quelques sons électroniques et utilisation d’un laptop) au jazz (les interventions de Luc et Steven aux instruments à vent : trompette et bugle pour le premier, saxophones et clarinette pour le second).

En ce qui concerne la genèse de la musique, rappelons aussi que TUXEDOMOON a utilisé une technique très répandue chez les compositeurs contemporains, en travaillant avec les lettres de l’alphabet et les numéros (« Do correspond à la lettre A, Ré à la lettre C ; ensuite, Do c’est toujours 0, Do sharp c’est 1, Ré c’est 2 » nous précise Steven BROWN). Le groupe s’est donc servi de ce principe standard et universel pour le titre Pink : chacune des lettres du mot correspond à un chiffre qui est lui-même lié à une note. Ce qui ajoute à la musique un côté réellement magique.

Ainsi, tout est dit avec Pink Narcissus, qui est un nouvel exemple de la pluri-diversité sonique et culturelle d’un groupe toujours hors du commun.

Article, chronique et propos recueillis par Cédrick Pesqué
Photos concert : Cédrick Pesqué

Site : www.tuxedomoon.com

Label : www.crammed.be

PS : RYTHMES CROISÉS / TRAVERSES ne peut que conseiller l’indispensable ouvrage d’Isabelle CORBISIER, The Tuxedomoon Chronicles – Music for Vagabonds, écrit dans un anglais accessible, recelant d’une mine d’informations et de photos rares.

(Article original publié dans TRAVERSES n°31 – janvier 2012 et chronique originale publiée dans TRAVERSES n°35 – juillet 2014. Cet article a été remanié en 2020.)

 

 

 

 

 

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