Vanessa WAGNER – Inland

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Vanessa WAGNER – Inland
(InFiné)

Poème intérieur, intime et mélancolique où les notes d’un piano majestueux ouvrent la porte vers des univers sonores infinis, où la grâce quasi-divine côtoie le silence de grands espaces. Ici, nous écoutons quelque chose d’unique où la nature dans toute sa splendeur et la pureté de l’âme sont réunies pour toujours.

Inland, paru le 26 avril sur le label InFiné, est le nouvel album de Vanessa WAGNER. Virtuose venant du classique (aux nombreuses récompenses depuis l’âge de dix-sept ans), Vanessa se distingue par un intérêt singulier pour un autre univers sonore plutôt assez mal considéré : celui de la musique électronique. Il faut savoir aussi qu’elle s’intéresse beaucoup à la musique minimaliste, et au mouvement “ambient” sous toutes ses formes (“dark ambient…”).

En 2016, elle collabore avec le musicien mexicain MURCOF. Sur Satea, elle est au piano et lui aux machines ; ensemble, ils vont reprendre notamment des pièces de compositeurs légendaires comme Arvo PART, Philip GLASS, John CAGE ou Erik SATIE.

Inland fait justement allusion à Imaginary Landscape de John CAGE, pièce de 1939 intégrant de l’électronique. John CAGE, le visionnaire, qui pressentait avec The Future of Music, la rencontre entre l’univers de l’électronique et celui des musiques écrites. Et, Vanessa WAGNER est sans doute l’une de ses représentantes les plus attachantes. Une musicienne jouant du MOZART, du DEBUSSY et écoutant APHEX TWIN ou AUTECHRE ! Un comble pour les plus conservateurs. Et alors ?

Tout le monde a donc oublié un compositeur comme Frank ZAPPA ? Ce dernier a dépassé les frontières de la musique, faisant du doo-wop, du rock, du blues, du jazz et allant même explorer les musiques savantes et contemporaines avec BOULEZ. Il est passé de la guitare au synclavier, allant jusqu’à diriger de grands orchestres. La musique est infinie et si elle n’est pas cloisonnée dans un genre, elle devient encore plus magique et totalement libre… Comme la musique de Vanessa WAGNER.

Ce disque est une expérience en solitaire, faisant suite à Satea. Elle joue ici des partitions rares ou inédites et son jeu sensible, presque irréel, donne vie à un espace onirique et mélancolique ; c’est un paysage intérieur, “une conversation secrète entre sa propre spiritualité et ce lien intense qu’elle entretient avec la nature, le vivant, les éléments”.

Avec Inland, c’est une multitude de tableaux sonores qui se dévoilent : chaque pièce possède une âme propre, une histoire à raconter ; chaque note fait apparaître un paysage clair-obscur et pousse notre imagination à voyager le plus loin possible, à franchir des océans, à escalader des montagnes brumeuses, à traverser des paysages enneigés ou tout simplement à rendre l’humain plus humble face à tant de beautés silencieuses.

Cet album se veut de revisiter au piano des compositions de personnalités du courant minimal. Il contient quatorze titres (et quinze sur le 33 tours) nous permettant de nous immerger dans les univers de MOONDOG (Fûr Fritz, Elf Dance), de Meredith MONK (Railroad), de Gavin BRYARS (Ramble on Cortona) ou de Philip GLASS (Etude n° 9 et Etude n° 5 comme bonus sur le vinyl ; ces deux pièces figurent sur le CD Etudes for Piano, Vol.1, n° 1-10 – Orange Montain Music, 2003).

Le piano de Vanessa WAGNER est un compagnon de route, nous menant vers des territoires familiers et d’autres qui le sont moins. C’est une expérience assez fabuleuse si vous aimez ce type de disques. Vanessa est une pianiste incroyable ; son élégance, son esthétisme, sa fragilité et sa force s’entendant au fur et à mesure que les pièces se dévoilent à nous, pour livrer leurs secrets… Des secrets qui ne se révèlent que si vous fermez les yeux et que si vous acceptez de vous laisser transporter par cette musique d’un autre temps.

Vanessa WAGNER est une poétesse délicate et mélancolique, une musicienne dont le jeu est à la fois intime, discret, contemplatif, espiègle et flamboyant. Les larmes de cristal qui coulent de ses yeux effleurent délicatement les touches de son piano; et de ces sons captant l’invisible, une lumière intense, réconfortante et des ombres menaçantes livrent un combat féroce fait de tumultes et de silence.

C’est tout simplement beau (Louella d’Emilie LEVIENAISE-FARROUCH) et d’une grande pureté (Ornament 2 & 3 de Bryce DESSNER également membre du groupe américain THE NATIONAL et qui a aussi travaillé avec Steve REICH) où Etude n° 9 de GLASS nous renverse les sens (jeu étourdissant et rapide que nous offre Vanessa), où la beauté exquise du Railroad (Travel Song) de MONK nous conduit vers d’autres territoires insoupçonnés aux paysages inoubliables, ceux de Michael NYMAN (The Heart Asks Pleasure First), de l’Allemand Hans OTTE (Das Buch der klänge – The Book of Sounds Part 2), de Wim MERTENS (un émouvant Struggle for Pleasure) ou du compositeur letton Pèteris VASKS (avec en conclusion une interprétation subtile et déchirante de Baltà Ainava, pièce datant de 1980).

Inland est un sublime poème pour le cœur. Vanessa WAGNER  nous a offert le sien et nous l’en remercions.

Cédrick Pesqué

Site : http://www.infine-music.com/

 

 

 

 

 

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