VOLCANO THE BEAR / LA SOCIÉTÉ DES TIMIDES À LA PARADE DES OISEAUX – The Shy Volcanic Society at the Bear and Bird Parade

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VOLCANO THE BEAR / LA SOCIÉTÉ DES TIMIDES À LA PARADE DES OISEAUX – The Shy Volcanic Society at the Bear and Bird Parade
(Beta-Lactam Ring Records)

Un ours volcanique qui s’invite à une parade volatile, voilà qui doit faire des étincelles ! La preuve en est faite avec ce disque “partagé” (split CD, comme on dit en V.O.) qui réunit deux formations de rock avant-gardiste et expérimental, soit dit pour faire vite, l’une anglaise, l’autre française, qui ne se connaissaient ni d’Eve ni d’Adam avant ce projet.

VOLCANO THE BEAR est né en 1995, et LA S.T.P.O. a dû atteindre son quart de siècle d’existence, et tous deux ont finalement plus de points communs que ne le laissent supposer les étiquettes plus ou moins adroites par lesquelles on tente généralement de définir leurs univers sonores respectifs, à savoir une forme expérimentale et improvisée de free-folk pour le premier, et un avant-rock-post-punk pour le second.

Dans les deux cas se dessinent des affinités avec les démarches de THIS HEAT ou de FAUST, dans cette façon d’assembler du matériel hétéroclite improvisé en usant de diverses techniques de studio. Il y a aussi cette volonté d’aller au-delà des formatages rock, jazz ou folk, fussent-ils avant-gardistes, et d’aboutir à un univers singulier et personnalisé qui exclut les esbroufes solistes. L’ours et les oiseaux ont chacun leur vision musicale, et ils ne cessent d’en souligner et d’en polir la singularité au fil de leurs productions. Ces dernières se distinguent chez l’un comme chez les autres, par leur caractère pléthorique à travers des formats divers (albums CD ou LP, picture-discs, EP, participations à des compilations thématiques, split CD).

Et enfin il y a ce goût partagé pour une instrumentation exhaustive et inhabituelle (pour des groupes “rock” s’entend), qui multiplie les timbres et les couleurs. Chez VOLCANO THE BEAR comme dans LA SOCIÉTÉ DES TIMIDES À LA PARADE DES OISEAUX, il y a ces projections obsédantes vers des ailleurs qui conjuguent les épices rugueuses du passé et des autres cultures avec les troubles “technologisés” qui préfigurent les chaos à venir.

C’est ainsi que, dans sa partie, VOLCANO THE BEAR brosse des paysages abstraits et mutants où se font entendre des scansions impériales de gongs, des frappes au tambour solennelles, des crins-crins lugubres, des cuivres bouchés, des lignes de flûtes arides et perçantes, des chants félins ou des litanies brumeuses, et tout un assortiment de stridences et grincements électro-ethno-indus qui nous trimballent de processions lancinantes et atonales (Our Number of Wolves) en parades médiévalo-tribales (The First Circle is the Eye) qui hésitent constamment entre angoisse funambulesque et félicité funèbre (Death Sleeps in my Ear).

Et quand on connaît l’intérêt que porte la S.T.P.O. au sort des peuplades autochtones, on est à peine étonné de les voir enchaîner sur un registre ethno-dissonnant (Guayaki) qui confronte et confond en un même élan de pinceau les usuels guitare, basse et batterie avec les moins coutumiers xylophone, balafon, violoncelle, scie musicale, tubaga, métallophone ou clarinette, sans oublier l’impressionnant numéro d’ogre cro-magnonesque du chanteur Pascal GODJIKIAN.

Si VOLCANO THE BEAR professait un chant vocal très sporadique, la S.T.P.O. a en revanche un porte-parole qui, cependant, fait un usage pour le moins curieux du langage parlé. Dans Les Oreilles internationales, où se déversent des relents musicaux punk post-atomiques et des grognements métalliques, les mots et les phrases du chanteur semblent peiner à sortir, comme accouchés au forceps, au mieux éructés. On finit par déceler un texte en anglais ou presque dans Invalid Islands qui enchaîne avec un climat style chambre des horreurs pas plus fréquentable que celui des pièces précédentes.

Avec Colonies, on se rapproche le plus possible de ce qui peut être perçu comme une composition épique à tiroirs plus familière aux amateurs de rock avant-progressif mais non moins chahutée et chaotique, qui mêle xylophone, guitare tondeuse, basse glauque, batterie martiale, langage imaginaire ou primitif exprimé à travers un chant écorché et étouffé tout à la fois.

C’est peu dire que La S.T.P.O. nous a livré ici ses pièces parmi les plus extrémistes. Elles s’enchaînent en tout cas fort bien à celles de VOLCANO THE BEAR et en constituent une extension encore plus radicale et heurtée, ce qui confère à ce split-CD une cohérence peut-être inattendue.

Les deux groupes y développent chacun leurs visions qui aboutissent à une sorte de primitivisme musical expressionniste et intransigeant dont l’appréhension nécessitera sans doute des écoutes répétées. Mais si l’on veut bien se donner les moyens de celles-ci, ce disque de prime abord abrupt saura distiller son poison lent…

Stéphane Fougère

Pages : https://www.facebook.com/LaSocTPO/

https://volcanothebear.bandcamp.com/

https://lastpo.bandcamp.com/

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°27 – décembre 2009)

 

 

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