WARSAW VILLAGE BAND – Uprooting

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WARSAW VILLAGE BAND – Uprooting
(Jaro / Abeille Musique)

Fort de la reconnaissance au moins européenne dont a bénéficié son deuxième album, People’s Spring, notamment récompensé par un BBC Music Award en 2003, le groupe polonais WARSAW VILLAGE BAND est déterminé à marquer l’essai avec ce troisième album au titre ambigu : Uprooting. Doit-on comprendre que nos jeunes « hardcore-folkeux », grisés par le succès, ont décidé de larguer non pas les amarres, mais leurs attaches traditionnelles, précisément « en déracinant » ? Je vous rassure, ce n’est franchement pas le cas. C’est toujours la musique traditionnelle des campagnes de Pologne, en particulier de la région de Mazovia, qui inspire le WARSAW VILLAGE BAND et c’est avec un dynamisme et une détermination intacts qu’il exhume des pièces d’un autre temps et en repense l’interprétation sur une base essentiellement acoustique et pour autant indéniablement moderne.

Le WARSAW VILLAGE BAND n’a pas succombé aux appels d’une world-fusion trop pressée de prendre des vessies pour des sirènes. Et pourtant, des sirènes, on en entend dans Uprooting, et encore plus des scratches, et ce, dès le premier morceau, In The Forest. Mais leur intégration est tellement réussie et cohérente qu’on ne saurait reprocher au WVB cette entrée certes étonnante. Car par la suite, les scratches injectés par FEEL-X et les sirènes de Mario ACTIVATOR (l’ingénieur du son) ne reviennent guère que sur When Johnny Went to Fight in the War, là encore à bon escient.

D’une manière générale, l’équation voix-cordes-percussions qui caractérise le son du groupe est donc toujours dominante. Magdalena SOBCZAK sait réveiller les âmes assoupies dans Woman in Hell, tandis que la voix de Maja KLESZCZ agit comme une caresse à la fois lancinante et ferme dans l’onirique Fishie, le quasi blues Grey Horse ou l’acapella Lament.

Les violons de Wotjek KRZAK et de Sylwia SWIATOWSKA rivalisent de grincements énergiques et d’inventivité expérimentale, notamment dans I’ve Slayed The Rye et dans The Owl ; le dulcimer, le violoncelle et le xylophone ajoutent au pittoresque rugueux ; les percussions (baraban et frame) tonnent avec entrain et vigueur, le triangle et les cymbales installent un registre plus feutré et les tonitruantes « voix blanches » des trois filles achèvent de nous emporter dans une tourbillon sensuel façonné par une rusticité extatique qui confond les échos des anciens temps avec les transes d’aujourd’hui.

C’est du reste dans cette confrontation temporelle que s’inscrit la démarche du WVB, intégrant des sons électro par-ci, ou faisant intervenir les voix du très traditionnel et très vénérable LIPSK WOMENS CHOIR par-là, sans oublier de rendre hommage, par le biais d’échantillons introductifs, aux seniors et aux vétérans, soit le MARIAN PELKA BAND et Jamina et Kazimierz ZDRZALIK, qui ont donné au WVB leur répertoire et leurs instruments.

Si de déracinement il est question dans ce troisième album, c’est à coup sûr dans la perspective de replanter, de revivifier lesdites racines. Uprooting poursuit dans le sillage de People’s Spring, mais son appréhension nécessitera sans doute plus de temps que son prédécesseur, l’effet de surprise et/ou de nouveauté s’étant depuis dissipé. La conviction artistique reste cependant intacte. Le WVB est sur la bonne voie, même s’il semble avancer prudemment.

Stéphane Fougère

Site : www.warsawvillageband.net

Label : www.jaro.de

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°18 – janvier 2006)

 

 

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