Yochk’o SEFFER – My Old Roots

Print Friendly, PDF & Email
Yochk’o SEFFER – My Old Roots
(Musea)

Pour mieux situer le rôle et la position de cet album dans le copieux parcours artistique et discographique du saxophoniste et claviériste hongrois Yochk’o SEFFER, un petit rappel des épisodes précédents s’impose. Révélé avec PERCEPTION, MAGMA puis ZAO, Yochk’o SEFFER a pleinement révélé sa personnalité artistique avec NEFFESH MUSIC (la “musique de l’âme bestiale”), créé en 1976 suite à l’expérience tentée sur l’album Shekina de ZAO, enregistré avec le Quatuor à cordes MARGAND. Ayant défini Belà BARTOK et John COLTRANE comme les deux racines essentielles de sa filiation musicale (présentant le premier comme son “grand-père” et le second comme son “père”), Yochk’o SEFFER a développé au sein de NEFFESH MUSIC sa propre conception de la rencontre des cultures, en l’occurrence celles qui ont fait de lui le musicien d’exception que l’on sait.

Synthèse entre le classique contemporain de BARTOK et de STRAVINSKY, le jazz de COLTRANE et la musique populaire hongroise, NEFFESH MUSIC a réalisé trois albums (Délire, Ima et Ghilghoul) qui ont permis à Yochk’o d’être totalement lui-même et d’exposer des expériences audacieuses avec une formation singulière impliquant le Quatuor MARGAND, Jean-My TRUONG, Dominique BERTRAM, François LAIZEAU, Manu  KATCHE et le violoniste hongrois Katy Lajos HORVATH.

C’est avec ce dernier que Yochk’o a enregistré ensuite, au début des années 1980, deux LP, Le Diable angélique et Le Livre de Bahir, connus également comme Chromophonie 1 & Chromophonie 2. Au sein de ceux-ci, SEFFER y a privilégié l’expression au claviers, confrontant ses accords stravinskiens aux tziganeries grinçantes et lyriques du violon de son compatriote Lajos HORVATH. S’appuyant sur le contraste entre une écriture rigide et une improvisation échevelée, puisant dans les folklores magyar et tzigane comme chez COLTRANE et MESSIAEN pour générer un espace musical alternant tensions et jubilations, l’expérience “chromophonique” (qui était de plus reliée à l’œuvre picturale et sculpturale de Yochk’o) est une prolongation aussi radicale que pertinente de l’aventure menée avec NEFFESH MUSIC, une de celles qui ont pulvérisé les barrières entre les genres musicaux et ont imposé leur propre caractère.

La détermination des labels Emen et Musea a permis que ces aventures musicales échappent à l’oubli éternel et se découvrent une nouvelle vie sur support numérique, mais pas toujours sous leur forme de parution originelle. Ainsi les albums Délire et Ima n’ont-t-il été réédités que partiellement sur le CD Neffesh-Music paru en 1995 sur Emen, le label du producteur Moshé NAÏM. Ledit CD comprenait cependant des pièces inédites. L’album Ghilghoul est pour sa part ressorti en intégralité sur Musea – lui aussi en 1995 – augmenté de bonus inédits.

L’année suivante, Musea a publié le CD Chromophonie, qui contient l’intégralité du Livre de Bahir mais seulement une partie du Diable angélique. Enfin, la musique de NEFFESH MUSIC a été honoré en bonus de la réédition CD du disque solo de Yochk’o SEFFER nommé Adama (1986, réédité en 2003) avec un curieux mix entre les morceaux Ima et Ghilghoul…

Toutes ces rééditions ont cependant laissé des trous dans les répertoires enregistrés de NEFFESH MUSIC et des “Chromophonies”, et l’on pouvait supposer que ceux-ci allaient être comblés avec cette compilation baptisée My Old Roots. Ce n’est qu’en partie vrai.

Les morceaux du LP Le Diable angélique (notamment la pièce éponyme jouée par Yochk’o et Lajos en trio avec le guitariste Zoltahn FEKETE) qui n’avaient pas trouvé place sur le CD Chromophonie sont enfin rendus disponibles. C’est une première bonne nouvelle ! My Old Roots comprend de même les deux premières pièces (Heart et Jonetsu for Judith) de Délire, le premier disque de NEFFESH MUSIC. C’est une seconde bonne nouvelle !

Mais il y a encore d’autres pièces de ce LP (Streledzia, Ima Part. 1) qui n’ont toujours pas été rééditées en CD (ça, par contre, c’est une mauvaise nouvelle !), alors que l’on y retrouve la pièce éponyme, qui avait déjà été publiée sur le CD Neffesh-Music paru sur Emen. Pourquoi ce doublon ? Le fan de la première heure a de quoi s’arracher les cheveux et peut à bon droit se demander pourquoi, malgré toutes les rééditions CD effectuées, les contenus des anciens LP ne sont toujours pas intégralement disponibles en CD ?

Ce souci mis à part, My Old Roots se révèle assez cohérent et éminemment délectable à l’écoute, en même temps qu’il dresse un bon portrait initiatique aux opus conçus par Yochk’o SEFFER entre 1976 et 1982. De plus, l’inclusion d’un morceau inédit enregistré en 2005 par le duo SEFFER/HORVATH prouve que la complicité entre les deux hommes ne s’est pas émoussé au fil du temps et que leur musique a gardé intacte sa puissance incantatoire. Signalons pour finir que Yochk’o SEFFER a récemment réactivé NEFFESH MUSIC. Suite au prochain épisode…

Stéphane Fougère

Label : www.musearecords.com

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°23 – mars 2008)

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.