ZIGZAG – Pièces manquantes 1976

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ZIGZAG – Pièces manquantes 1976
(Vapeur Mauve Productions)

zig-zag-pièces-manquantesA y regarder de près, c’est une curieuse idée d’avoir donné pour titre Pièces manquantes à un disque qui s’avère en fait être le seul dans la carrière du groupe nantais ZIGZAG, mais qui n’a jamais vu le jour du vivant de celui-ci. Il s’agit donc d’une archive inédite. On parle en fait d’un groupe qui n’a laissé aucune trace discographique de son existence, laquelle s’est tout de même étalée de 1971 à 1977 ! Tout juste y a-t-il eu un obscur 45 Tours réalisé en 1972, My Lady Sun, aux parfums d’APHRODITE’S CHILD mais guère représentatif de la véritable orientation stylistique prise par ZIGZAG. Pièces manquantes ? Parlons plutôt d’un disque qui a « manqué » son entrée. Il a été enregistré en 1976, mais la mort prématurée (accident de voiture) du batteur, Alain « Antoine » CHAGNON, a enterré tout espoir de publication et de commercialisation de cet opus unique.

Album manqué donc, mais pas au sens musical, loin de là ! Car on aurait plutôt affaire à une pépite rare susceptible de faire baver tout fan de musique d’obédience zeuhl. Le fait que les labels « autorisés » dans ce style ne l’aient pas publié auparavant ne doit pas présager de son inintérêt. On n’ira pas jusqu’à dire que la musique de ZIGZAG est parfaitement inédite. Elle s’inscrit délibérément dans le sillon ouvert par MAGMA, ce qui n’a rien d’étonnant quand on sait que ZIGZAG a joué en première partie de la formation de Christian VANDER et que Claude LE PÉRON, le bassiste de ZIGZAG, a joué avec VANDER avant que celui-ci ne crée MAGMA. Par retour de boomerang, le compositeur-arrangeur de ZIGZAG a fini par intégrer MAGMA de 1977 à 1983. Oui, on parle bien de Jean-Luc CHEVALIER, alias « GORGO », en personne ! C’est donc une affaire de famille, à la fois généalogique et musicale.

Mais si MAGMA a servi de modèle à ZIGZAG, ce n’est pas tant pour ce dernier ne devienne un clone servile, mais pour qu’il trouve son identité dans le champ encore en friche ouvert par le porte-parole de Kobaïa. Il y a certes chez ZIGZAG un son et des figures de construction familiers à tout Zeuhlien : un piano (Philippe GRANDVOINET), une basse (Claude LE PÉRON), une guitare (Jean-Luc CHEVALIER), une batterie (Alain CHAGNON), des atmosphères très martiales alternant avec des « relâches » fulgurantes au sein de compositions à tiroirs et à détours.

On notera que ZIG ZAG tend cependant plus vers l’acoustique, avec des interventions de saxophones soprano, ténor et baryton (Nobby CLARKE et Nicolas CARVER), une clarinette basse, une flûte, des percussions (jouées par l’autre CHEVALIER, à savoir Jean « Popoff », bien connu de la scène jazz nantaise et disparu il y a peu), mais aussi une guitare acoustique (toujours Jean-Luc CHEVALIER) à l’empreinte affirmée. ZIGZAG avait opté au départ pour une expression instrumentale mais, en 1975, a intégré la chanteuse Michelle SARNA, dont l’expression vocale sans paroles rappelle évidemment celle de Mauricia PLATON au sein d’une autre célèbre excroissance magmaïenne, le groupe ZAO.

Sauf que les compositions de ZIGZAG sont sans doute plus proches d’un certain rock progressif 70’s que du jazz. On y trouvera quelques reflets « canterburyens » (An Teir Peder, Heitor) et vaguement symphoniques par endroits (Variations). Et ZIGZAG se démarque de ZAO quand le chant de Michelle SARNA est contrebalancé par des chœurs masculins solennels et sépulcraux. Leur combinaison confère un sens dramaturgique imparable à la musique de ZIG ZAG, qui cultive l’envoûtement sombre (Complainte, Ballade) et la transe fébrile (Hypnose) avec maîtrise et inventivité, n’hésitant pas à verser dans le rite sauvage, comme en témoigne le fracas de percussions dans Tibet.

Ce que démontre Pièces manquantes 1976, c’est que ZIGZAG, était pleinement acquis à une cause stylistique bien identifiable, typiquement d’époque, mais était déterminé à se faire une place un tant soi peu distincte de son modèle de base. L’histoire ne lui a pas laissé le temps de se faire un nom, mais il eut été réellement dommage de laisser ce disque croupir dans les oubliettes de la mémoire musicale française.

Saluons donc Vapeur Mauve Productions pour son initiative de réédition sous forme de LP contenant aussi un CD (contenu identique), et qui a été possible après un notable nettoyage des bandes et un travail biographique et illustratif scrupuleux et attentionné. Quand on voit l’excellence de finalisation de l’objet, on réalise combien il serait dommage de se contenter d’écouter ces Pièces manquantes sous forme de fichiers compressés…

Label : www.vapeurmauveproductions.fr

Stéphane Fougère

 

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