ZISKAKAN – Banjara

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ZISKAKAN – Banjara
(Autoproduction)

ZISKAKAN est une véritable institution à La Réunion. C’est l’une des formations musicales les plus populaires et respectées pour ses qualités artistiques, mais aussi, et surtout, pour son humanité à fleur de peau et son engagement citoyen jamais démenti. Dans le cœur des Réunionnais, le groupe emmené par son leader charismatique Gilbert POUNIA occupe une place toute singulière. Et cette histoire d’amour demeure intacte depuis maintenant plus de vingt-cinq années, période durant laquelle ZISKAKAN a produit une dizaine d’albums, sous diverses formations et dans des contextes géographiques différents, de La Réunion à l’Inde en passant par le Sénégal.

Banjara est le tout nouvel opus autoproduit par le groupe, et il s’inscrit dans la droite continuité musicale et thématique de Rimayer, enregistré à Bombay en 2001. C’est alors que le grand “malbar” Gilbert POUNIA renoua enfin avec la Terre de ses ancêtres, lui qui avait un jour déclaré que ce serait la musique qui le conduirait jusqu’en Inde. Mission accomplie, puisqu’il finalisera là-bas quelques morceaux préparés par ses soins à La Réunion, en y ajoutant le son du sarod, du shehnai, des tablas et de la flûte bansuri, avec la contribution de Rupak KULKARNI, brillant élève de l’illustre Hari Prasad CHAURASIA, un musicien qu’on ne présente plus, même en Occident.

Très marqués par cette enrichissante expérience, Gilbert POUNIA et ses acolytes retourneront en Inde, plus précisément au Rajasthan, pour tourner le vidéo clip du titre qui donne son nom à l’album, ce fameux Banjara placé sous le signe du voyage et de la rencontre. Ce terme illustre d’ailleurs parfaitement la démarche du groupe, puisqu’il s’agit du nom d’un peuple nomade indien à qui le Mahatma GANDHI en personne a un jour confié une terre dans la région de Karnataka, au sud du pays.

Banjara fait donc référence à ces gitans rencontrés par Gilbert POUNIA lors de ses voyages à Goa (ancienne colonie portugaise située sur la côte sud-ouest de l’Inde), et auxquels le chanteur créole s’est toujours senti très attaché. La musique de ZISKAKAN, métissée, teintée de couleurs folk, latino et orientales, nous convie en effet à cet esprit bohémien et migrateur.

Si la rythmique ternaire du maloya reste un élément fondateur et incontournable de Banjara, l’album, une fois n’est pas coutume, se voit enrichi de diverses sonorités venues de d’horizons divers.

À travers treize nouvelles compositions se côtoient ainsi tout un panel d’instruments traditionnels, qu’ils soient originaires de La Réunion (roulèr, kayanm), du Brésil (cuica, caxixis, pandero) du monde arabe (oud, derbouka, daf, tampur) ou d’ailleurs. Une orchestration plus moderne, propre au genre pop-rock, répond également présente à l’appel, avec les désormais incontournables guitares aériennes de Pascal MANGLOU (un fan inspiré de PINK FLOYD ?), la basse extraordinaire du musicien d’origine sénégalaise Mishko M’BA, les claviers de Jean RASSIGA et la batterie de Gérard PARAME.

Les voix sont également à l’honneur autour de celle, omniprésente, de Gilbert POUNIA, servies par des chœurs féminins de toute beauté. On découvrira même dans l’album du chant diphonique pour introduire et conclure l’excellent Bal Boukan, un titre que ne renierait pas un Peter GABRIEL au meilleur de sa forme !

L’écriture de Banjara est partagée entre Gilbert POUNIA (qui signe sept chansons au total), le poète Bernard PAYET, l’un des membres fondateurs du groupe, et enfin Serge ULENTIN, un ancien footballeur professionnel qui nous livre avec Syklone Valval un texte très poignant et très imagé sur l’insupportable souffrance des femmes battues.

À ce sujet, Gilbert POUNIA dira de Banjara qu’il est « un disque très féminin, pour ne pas dire féministe. Quoi qu’il en soit, c’est un album qui rend hommage aux femmes ».

Pour conclure, j’accorderai une mention toute particulière à la chanson Akshaï, qui ouvre l’album avec un rare brio. Ce morceau superbement produit est une véritable merveille, un petit chef-d’œuvre brut d’émotion qui nous parle des enfants terrassés chaque jour par le sida à travers le monde, dans l’indifférence générale. Ce titre percutant dans tous les sens du terme, avec sa partie finale “slamée” et déchirante, a toutes les qualités pour devenir un hymne à part entière lâché à la face de l’injustice planétaire, un hymne que tout le monde devrait pouvoir entendre et reprendre, et pas seulement à La Réunion.

Philippe Vallin

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°30 – mars 2007)

 

 

 

 

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