Festival Interceltique de Lorient 2013

FESTIVAL INTERCELTIQUE 2013

Année des Asturies

festival-interceltique-2013Le Festival Interceltique de Lorient (FIL) a mis cette année à l’honneur la province espagnole des Asturies. Cette quarante-troisième édition était particulière pour la région ibérique. D’une part, le Directeur général du Festival, Lisardo LOMBARDIA, est asturien et depuis son investiture, c’est la première fois que son pays était ainsi célébré. D’autre part, la crise économique qui sévit en Espagne pouvait laisser augurer un manque d’investissement de la province autant humain que financier. Les Asturies ont malgré tout tenu et, au final, réussi à honorer leur rang.

L’édition 2012 avait laissé derrière elle un lourd déficit qui a obligé les organisateurs à tout remette à plat. Le but était de proposer une rupture en douceur sans trop toucher au volet artistique. Avec une subvention du Ministère de la Culture de seulement 50 000 €, la donne n’était pas évidente.

En raison d’un coup de maintenance trop élevé, le Dôme Interceltique qui trônait Place de l’Hôtel de Ville depuis 2011 n’a pas été monté. Le grand concert du premier soir (la traditionnelle soirée rock) et celui du dernier jour ont été supprimés. La gratuité a elle-aussi été revue à la baisse. On n’y pense pas toujours mais derrière cette gratuité se cache un coût important. Pour accéder à certains sites, il fallait posséder le badge de soutien qui avait été initié en 2011. La vente de ce badge (3 € cette année soit… 0,30 € par jour) a donc été étendue. Les responsables souhaitaient atteindre le nombre de 40 000 badges vendus. Avant la fin du festival, on en était proche (37 150) et la vente n’est pas terminée.

Mais le changement le plus retentissent aura été la modification du parcours de la Grande Parade des Nations Celtes. En effet, cette dernière quittait le centre-ville. Elle partait du Stade du Moustoir et prenait la direction du Port de Pêche pour se terminer au Slipway, le chantier de réparations navales. Pour entrer sur ce dernier site, il fallait posséder le badge alors que le Stade était lui toujours payant. Plus de soixante mille personnes (dont 1 000 au Stade et 4 000 au Slipway) ont une nouvelle fois assisté à ce défilé dont on ne se lasse décidément pas.

La baisse de la fréquentation a pu être enrayée. L’Espace Marine a même connu une hausse de trente-quatre pour cent par rapport à l’an dernier. De nombreux spectacles ont affiché complet, I MUVRINI, Nolwenn LEROY, Sinead O’CONNOR auxquels on peut rajouter Titi ROBIN au Grand Théâtre. Les autres soirs, la fréquentation restait très correcte. Même le fest-noz géant, la Dans Noz Vraz, a attiré en masse les danseurs.

Au printemps dernier, la première manche du Championnat des Bagadou avait donné lieu à un imbroglio. Auray avait été donné vainqueur devant Cap Caval (Plomeur) avant qu’une rectification ne vienne inverser le résultat. Finalement, à Lorient, c’est le Bagad Kemper (Quimper) qui a remis tout le monde d’accord en remportant, comme en 2012 et pour la vingt et unième fois, le trophée.

L’excellente météo bretonne de l’été 2013 a ramené les touristes dans la région et on estime l’affluence générale à environ 700 000 personnes sur les dix jours.

En 2014, Le Festival Interceltique met le cap au nord. L’Irlande sera en effet l’invité d’honneur.

LES TETES D’AFFICHE

* I MUVRINI

Les corses d’I MUVRINI étaient les premières grosses têtes d’affiche à se produire pour cette quarante-troisième édition et inauguraient du même coup la série de concerts de l’Espace Marine. Entre I MUVRINI et l’Interceltique, c’est une histoire d’amour qui dure depuis vingt ans. C’est en effet la quatrième fois que le groupe se produisait à Lorient dans le cadre du Festival et en 2003, il y avait eu également la Nuit Celtique au Stade de France pour laquelle les corses avaient été l’un des invités majeurs. Preuve de cette affection, le groupe n’a pas hésité à interrompre une tournée sur l’Ile de Beauté pour venir à Lorient.

Le public n’a pas mis longtemps avant d’être conquis. Il est vrai que Jean-François BERNARDINI, le principal chanteur, n’a pas son pareil pour séduire son auditoire. Avec humour, il a d’abord remercié les spectateurs d’être venus « tuer » deux heures avec des Corses. Il a surtout mis en avant les valeurs partagées entre la Corse et la Bretagne, rappelant au passage que si leurs langues ne sont parlées que par quelques milliers de personnes, elles sont aimées par des millions de gens à travers le monde.

Le concert était composé des titres du dernier album en date, Imagina (Hazia), et de nouvelles chansons qui figureront sur le nouveau CD à paraître l’an prochain. La défense des peuples, des racines (Planet Spring) et de la nature (Lurra) étaient des thèmes souvent mis en avant. Les voix, malgré un accompagnement puissant (guitare acoustique ou électrique, basse, claviers, batterie, accordéon) n’étaient jamais couvertes et donnaient toujours le frisson, que l’on comprenne ou pas les paroles des chansons. A la flûte et la cornemuse, on retrouvait Loïc TAILLEBREST, un des anciens sonneurs de SOLDAT LOUIS.

Les chansons les plus connues n’ont pas été oubliées. On a ainsi pu réentendre Fields of Gold/Terra d’Oru qui était à l’origine un duo avec STING et en fin de concert, l’incontournable A Voce Rivolta.

Pour ceux qui pouvaient s’interroger sur la présence d’I MUVRINI au Festival Interceltique, Jean-François BERNARDINI a su rappeler que dans le mot « interceltique », il y avait le terme « inter » et ce qui rapproche les deux cultures est plus important que ce qui les sépare.

CD : Imagina
Site : www.muvrini.com

* NOLWENN LEROY

S’il est un concert qui était très attendu, c’était certainement celui de Nolwenn LEROY. Après les rendez-vous manqués de 2011 et 2012, l’annonce de sa programmation avait semé l’émoi chez les fans de la chanteuse tout comme chez ses détracteurs qui se posaient la question de la pertinence à convier l’ancienne gagnante de la Star Academy à la manifestation lorientaise. Il n’y a pourtant aucun mal à profiter d’un phénomène sachant que la venue de Nolwenn était susceptible d’attirer un public qui ne se serait autrement pas déplacé sur le Festival.

Preuve de cet engouement, le chapiteau de l’Espace Marine était copieusement garni et surchauffé. Nolwenn LEROY était visiblement très heureuse d’être là et n’a cessé de le répéter tout au long de la soirée, expliquant que cette invitation était très importante pour elle.

Elle a égrené les titres de ses deux derniers albums à consonance celtique, Bretonne et O filles de l’eau. On a ainsi pu entendre quelques titres originaux, Davy Jones, Juste pour me souvenir, Sixième continent, Ahès, mais aussi beaucoup de reprises, Suite Sud Armoricaine, Tri Martolod, La Jument de Michao, Brest (MIOSSEC), Moonlight Shadow (Mike OLDFIELD), Scarborough Fair (popularisée par SIMON and GARFUNKEL). Suivre une étoile était le seul morceau issu du répertoire précédent.

Le problème ne vient pas de la qualité des chansons qui, il faut être juste et honnête, sont loin d’être mauvaises. Mais les arrangements des reprises d’Alan STIVELL ou de TRI YANN ne se distinguaient pas des modèles. Ce sont pourtant pour la plupart des chansons traditionnelles, il y avait donc moyen de les personnaliser. Tout était interprété sur le même tempo. Il y avait un aspect beaucoup trop lisse, voire plat. Qui plus est, Nolwenn ne tenait pas en place et esquivait des mimiques qui rendaient le spectacle fatigant. On sentait bien que tout cela était formaté pour plaire au plus grand nombre

La fin du concert fut cependant plus posée. D’émeraude a été interprétée plus sobrement. Mais c’est surtout l’hymne breton Bro gozh ma Zadou que Nolwenn LEROY est venue chantée a capella durant les rappels et que le public reprenait en chœur (chose très rare car le chant n’est paradoxalement pas très connu du grand public). Les larmes de la chanteuse n’étaient alors pas feintes et elle a eu bien du mal à quitter la scène.

CD : O filles de l’eau
Site : www.nolwenn.org

* GRANDE NUIT DES ASTURIES :
TUENDA, HEVIA et LLARIEGU

Le but du grand concert du pays invité est de mettre en avant des artistes caractéristiques de la variété musicale de la région. En 2003, les Asturies avaient offert un magnifique spectacle qui s’intitulait Concierto de Asturias. Cette fois-ci, trois groupes ont été proposés, aux styles radicalement différents, mais représentatifs de la diversité asturienne.

TUENDA est un trio composé d’un chanteur et de deux musiciens aux flûtes et au bouzouki. Les trois membres ont déjà officié au sein d’autres formations plus évolutives musicalement (LLAN DE CUBEL, LA BANDINA’L TOMBO). Avec TUENDA, ils ont voulu se recentrer sur une musique plus traditionnelle dans un style épuré. Les chansons qu’ils ont interprétées étaient issues pour une bonne part de collectages. Il est clair que le fait de ne pas comprendre l’asturien faisait perdre une part de charme à ce répertoire. Le groupe ne se cachant derrière des artifices, le chant était mise en avant. Mais par leur complicité, les trois complices ont réussi à faire entrer le public dans leur univers.

On connaît HEVIA pour ses albums et ses spectacles alliant la musique asturienne à des arrangements électro. En 2011 pourtant, le sonneur avait proposé un concert original rendant hommage à son compatriote et modèle REMIS. En cette année consacrée à sa région, il paraissait logique que le musicien asturien le plus connu soit de nouveau convié. Cette fois encore, c’est à un spectacle original qu’HEVIA nous a conviés puisqu’il était simplement accompagné d’une pianiste et d’une percussionniste. Ce relatif dépouillement ne nuisait en rien à la musique, même si les fans les plus assidus d’HEVIA pouvaient s’en trouver déboussolés. La musique prenait même par moment des accents jazzy très agréables. HEVIA en a profité pour faire découvrir sa cornemuse électronique en expliquant les divers sons qu’il pouvait en tirer (cornemuses écossaise, irlandaise, gaïta ou même pipe-band et, plus étonnant, accordéon).

Mais le moment le plus poignant du concert fut l’interprétation seul à la gaïta du célèbre air Asturias, du compositeur espagnol Isaac ALBENIZ. Le chapiteau a alors retenu son souffle avant d’ovationner le sonneur à la hauteur de son mérite.

La soirée s’est clôturée par la prestation de la Banda de gaïtas LLARIEGU. Celle-ci a été créée en 1996 et est considérée comme l’une des meilleures formations des Asturies, réputation qui n’est pas usurpée au vu de la prestation livrée ce soir-là. LLAREGU se démarque des bandas de gaïtas traditionnelles car elle compte dans ses rangs une section de différentes percussions ainsi qu’un ensemble de bombardes. De nombreux musiciens (guitare électrique, basse, claviers, batterie complète ainsi qu’une section de cuivres comprenant trompette, trombone et saxophone) viennent compléter le groupe, offrant une palette sonore riche et variée. A Lorient, comme cela s’est déjà produit, des musiciens invités sont également venus se joindre à la banda. Parmi eux, on a pu retrouver un habitué du Festival en la personne de Kepa JUNKERA, l’accordéoniste basque bien connu.

Loin de tomber dans la cacophonie, c’est au contraire à un spectacle complètement maîtrisé que l’on a pu assister. C’est par le titre très enlevé Habermus Intro qui servait de fond musical au film de présentation de l’édition 2013 que LARIEGU a commencé son concert. La suite fut variée passant par différents styles (rock, reggae, jazz), différents influences (musiques basque, bretonne et évidemment asturienne) sans oublier toutefois de revenir aux sources de la banda de gaitas. Le collectif s’est même laissé aller à reprendre quelques tube de la variété internationale pas toujours du meilleur goût (The Rose de Bette MIDLER, Mamma Mia de ABBA, Gloria d’Umberto TOZZI, Sarà perché ti amo de RICCHI E POVERI).

On pouvait s’attendre à ce que les musiciens de TUENDA et de HEVIA TRIO rejoignent LLARIEGU pour un final en commun dans lequel on aurait pu entendre le titre le plus connu d’HEVIA, Busindre Reel, mais il n’en a rien été. C’est cependant sur un an-dro explosif que le concert s’est clôturé.

CD :

TUENDA : Tuenda
HEVIA : Lo mejor
LLARIEGU : 100 % Directo

Sites :

TUENDA : sur FacebookHEVIA : www.hevia.es
LLARIEGU : www.llariegu.com

* RONAN LE BARS

Cela fait déjà plus de vingt ans que l’on croise Ronan LE BARS sur scène ou sur disque. Durant toute cette période, le musicien est devenu un des maîtres de la cornemuse irlandaise en Bretagne. Il a ainsi eu l’occasion de collaborer avec des grands noms de la musique bretonne (Gilles SERVAT, Didier SQUIBAN, RED CARDELL) et même au-delà (Johnny HALLYDAY, Claude NOUGARO, Stephan EICHER). Il est aussi un des accompagnateurs attitrés de Dan AR BRAZ (l’Héritage des Celtes, Celebration). Curieusement, Ronan n’a jamais sorti d’albums sous son nom. Il y a certes bien eu le groupe GLAZ dans les années 90 dans lequel il était partie prenante sur les deux premiers CD, ou encore le duo avec Nicolas QUEMENER, mais l’aventure en solo ne l’avait pas encore tenté.

C’est suite à une demande du Festival Kan Al Loar de Landerneau fin 2011 pour une création autour de la cornemuse irlandaise et de son interprète que le projet a pris corps, d’abord sous la forme d’un spectacle joué en 2012 puis enfin d’un CD paru durant l’été 2013. C’est donc cet album que Ronan est venu défendre en première partie de CLANNAD, accompagné par des habitués des scènes bretonnes, Pierre STEPHAN (violon), Pierrick TARDIVEL (contrebasse) Jean-Marc ILLIEN (claviers) et son complice de longue date Nicolas QUEMENER (guitare).

L’originalité du répertoire venait du fait qu’il était quasi exclusivement consacré à la musique bretonne avec pour élément central la cornemuse irlandaise. Une fois la complexité technique maîtrisée, ce qui pouvait au départ passé pour une gageure se révélait finalement somme toute logique et évident, Ronan faisant partie des musiciens ayant démocratisé l’instrument en Bretagne. Le sonneur savait aussi rester discret et donner de la place à ses musiciens formant ainsi une véritable cohésion de groupe. Il suffisait alors de fermer les yeux et de se laisser transporter, jusqu‘à se laisser surprendre lorsque la prestation prit fin.

CD : Lammdour
Site : http://ronanlebarsgroup.wix.com/ronanlebarsgroup

* CLANNAD

C’est le retour que l’on attendait plus. Après des années de sommeil, les membres de CLANNAD se sont retrouvés en février 2011 pour un concert donné dans l’enceinte de la Christ Church Cathedral de Dublin. Un CD et un DVD ont ensuite vu le jour. On pouvait penser qu’il s’agissait là d’un événement unique, mais les musiciens se sont de nouveau réunis et se sont remis au travail afin de préparer un nouvel album sorti à la rentrée 2013. En prélude à cette parution, CLANNAD a également effectué son grand retour au Festival Interceltique.

Dans une salle bien remplie, mais qui aurait dû l’être davantage, les Irlandais ont livré une prestation grandiose à l’image des souvenirs qu’ils avaient pu laisser dans les mémoires depuis leurs débuts au prélude des années 70 jusqu’à la fin des années 90. Les musiciens étaient toujours aussi bons et la voix de Moya BRENNAN, toujours aussi cristalline, donnait le frisson.

Le concert a été appréhendé de manière très traditionnelle, rappelant ainsi ce que fut CLANNAD durant sa première décennie. La musique était acoustique (guitare, flûte, harpe, violon) à l’image de l’instrumental Eleanor Plunkett et les chansons étaient interprétées en gaélique (Dtigeas a damhsa, Crann hull).

Puis, les claviers ont émergé, la batterie a fait son apparition et une musique plus évolutive, plus progressive a alors alterné avec des moments acoustiques, désorientant certains spectateurs qui ne connaissaient pas le groupe et qui s’attendaient simplement à du folk. CLANNAD a alors présenté les morceaux les plus connus et aujourd’hui incontournables, Theme for Harry’s game, In a lifetime, I will find you (que l’on a pu entendre dans le film Le dernier des Mohicans). Le titre qui finalement synthétisait le plus les différentes périodes du groupe a été le magnifique Dulaman. C’est après d’autres grands moments, Down by the sally gardens et le relevé Teidhir abhaile riu que la cession a pris fin.

Avec un tel concert, on se serait presque cru à un grand spectacle de l’année de l’Irlande avant l’heure.

CD : Christ Church Cathedral
Site : www.clannad.ie

* DALLA

Les groupes originaires des Cornouailles ne sont pas très nombreux et surtout restent très peu médiatisés. Depuis sa formation en 1999, DALLA est certainement un des meilleurs représentants musicaux de son pays. La formation, qui connaît bien le Festival Interceltique, venait présenter son cinquième album fraîchement paru, K5. DALLA est composé de cinq musiciens offrant une palette instrumentale entièrement acoustique (accordéon, saxo-clarinette, percussions, violon, mandoline-violon) à laquelle s’ajoute la voix, utilisée elle aussi parfois comme un instrument. Un sixième membre présent comme invité à la gaïta sur le CD avait également fait le voyage jusque Lorient.

Le but de DALLA était de faire connaître la tradition musicale des Cornouailles à travers des chansons, majoritairement en anglais mais aussi parfois en cornique, et des titres à danser. Lors d’une jig effrénée (Porthlystry / Off She Goes / An Culyek Hos) la percussionniste Bec APPLEBEE, n’a d’ailleurs pas hésité à donner de sa personne en exécutant quelques pas de danse. Les climats étaient variés (le groupe utilisait parfois deux violons) et tendaient par moments vers le folk progressif (Esten/Belong to me). De plus, les musiciens faisaient l’effort de présenter les différents titres en français.

En conférence de presse, le groupe a déclaré qu’il considérait sa présence au Festival comme une reconnaissance de son travail depuis ses débuts. Alors qu’une année des Cornouailles, en association avec l’Ile de Man, est en gestation, DALLA pourrait en être un des éléments moteurs.

CD : K5
Site : www.dalla.co.uk

* CAPERCAILLIE

S’il est un groupe qui peut se prévaloir d’être un des tout meilleurs représentants de la musique traditionnelle en Écosse, c’est bien CAPERCAILLIE. Pour son retour à Lorient, trois ans après son dernier passage, la formation venait présenter son nouvel album qui sortait juste à cette occasion. Mais la véritable raison de sa présence, c’est qu’elle venait surtout célébrer son trentième anniversaire.

Depuis ses débuts, CAPERCAILLIE a vu passer dans ses rangs nombres de musiciens qui font aujourd’hui partie de la crème des artistes écossais. Karen MATHESON et Donald SHAW qui ont créé le groupe en sont restés les piliers. La musique a elle aussi évolué au gré des départs et des arrivées.

CAPERCAILLIE n’a eu qu’à piocher dans la quinzaine d’albums qui ont été produits depuis Cascade (hélas jamais réédité en CD) paru en 1984. Depuis trente ans, tout en innovant, le groupe, est resté fidèle à ses racines. Le répertoire est à la fois composé des chansons traditionnelles écossaises interprétées en gaélique et de créations originales en anglais. La voix de Karen, est toujours aussi cristalline et ce qu’elle soit accompagnée par le groupe au complet ou simplement de quelques nappes de claviers. Les musiciens (guitare-bouzouki, basse, batterie, claviers-accordéons, violon, cornemuse-flûtes) ne sont pas en reste question talent et les instrumentaux qui venaient ponctuer le concert le prouvaient.

Un anniversaire ne se célèbre pas sans invités et de nombreux amis sont venus souffler les bougies sur la scène de l’Espace Marine, le flûtiste, Jean-Michel VEILLON, le BAGAD DE LORIENT (superbe Alasdair Mhic Colla Ghasda) ou encore le bouzoukiste et chanteur écossais Jamie MCMENEMY. Dan AR BRAZ qui avait convié Karen et Donald à participer à l’HÉRITAGE DES CELTES est venu revisiter avec le groupe un classique de cette épopée Language of the Gaels. Le bagad, qui célébrait lui-aussi ses trente ans a interprété seul un rond de Loudéac et Jamie MCMENEMY la célèbre chanson Wild mountain thyme.

Après cette belle soirée, on n’avait plus qu’à se donner rendez-vous pour les quarante ans.

CD : At the heart of it all
Site : www.capercaillie.co.uk

* JAMIE SMITH’S MABON

MABON a commencé il y a dix ans et a depuis changé plusieurs fois de musiciens, jusqu’à se restructurer en 2011 sous l’égide de son accordéoniste et chanteur Jamie SMITH, qui a alors ajouté son nom à celui du groupe. Cela pourrait laisser entendre qu’il existe un autre groupe MABON issu de la première mouture mais pour le moment celui dont il est question dans cet article et bien le seul et unique. MABON a au départ démarré dans le OFF, ce qui lui a permis d’être connu du public, et est ensuite passé dans le IN en 2010. Pour son retour au FIL, le groupe s’est produit au Palais des Congrès ou encore au Pavillon Gallois. Il a même assuré au pied levé le remplacement de l’ensemble THE MAGNETIC NORTH sur la scène du Grand Théâtre, suscitant l’enthousiasme d’un public qui n’était pas venu pour lui.

La musique de MABON n’est pas spécifiquement galloise. Elle peut plutôt être qualifiée d’interceltique, puisque les musiciens puisent à différentes sources pour créer leur style que l’on pourrait presque dénommer comme « mabonesque ». On a d’ailleurs pu entendre le célèbre air asturien, De la Pandiellina a Galway que l’on a plus l’habitude de voir jouer par des ensembles de gaïtas. L’accordéon était bien sur l’instrument central, mais à ses côtés le violon ou parfois le banjo ne restaient pas jouer les faire-valoir, tandis que guitare, basse et batterie garantissaient une rythmique efficace sans être assourdissante et sans couvrir les voix durant les parties chantées.

En 2012, Jamie SMITH avait joué au sein d’un groupe originaire de l’Ile de Man, BARRULE dans lequel figure également son complice de MABON, Adam RHODES. Il a depuis formé un autre groupe, plus spécialisé dans la musique galloise, ALAW dans lequel on retrouve aussi le violoniste, Oli WILSON-DICKSON. 2014 sera peut-être l’occasion de découvrir cette nouvelle formation.

CD : Windblood
Site : www.jamiesmithsmabon.com

* IMELDA MAY

Même si elle a pu constituer une découverte pour nombre de personnes, c’est bien en authentique tête d’affiche qu’Imelda MAY s’est produite à Lorient. Il faut dire que c’est à un véritable phénomène que l’on avait affaire-là. Depuis plusieurs années en effet, Imelda MAY connaît une notoriété et un succès fulgurant dans son pays, l’Irlande et depuis 2012, le succès commence à poindre également en France. En cela, Imelda aura bien été aidée par le duo qu’elle a produit avec Thomas DUTRONC pour la chanson Clint.

Même si elle utilise parfois un bodhran et qu’elle s’est déjà produite avec des artistes de musique traditionnelle irlandaise (THE DUBLINERS entre autres), ce n’est pas dans ce créneau qu’Imelda MAY officie. On se retrouve ici plongé dans un style proche du rockabilly des années 50 et 60 mâtiné d’influences jazzy. A cela s’ajoute également un look très étudié.

L’ensemble n’a cependant pas entièrement convaincu. On ne pouvait pas reprocher à la chanteuse de ne pas se donner à fond. L’énergie qu’elle dégageait sur scène faisait carrément transpirer le chapiteau de l’Espace Marine. Les musiciens de son groupe (guitares, contrebasse, batterie et trompette) n’étaient pas en reste non plus. S’il ne s’agissait pas de musique traditionnelle ou de folk, il fallait reconnaître que le style était intéressant, même s’il n’avait rien de novateur. Les titres étaient en grande partie issus du dernier album en date, More Mayem (Pulling the rug, Mayem, Psycho dans lequel on reconnaissait le célèbre thème de James Bond). Bien évidemment, le désormais presque classique Johnny got a Boom Boom, n’a pas été oublié. Le problème venait d’un son pas toujours maîtrisé et la pluie de décibels desservaient régulièrement le spectacle. Il faudrait que les musiciens apprennent à canaliser leur énergie et à doser, surtout le batteur. Une musique peut-être dynamique sans obligatoirement être bruyante.

CD : More Mayem
Site : http://imeldamay.co.uk

* TITI ROBIN

Titi ROBIN fait partie des musiciens régulièrement chroniqués dans RYTHMES CROISÉS. Il faut dire que chacun de ses albums est une authentique invitation aux voyages musicaux et culturels, ainsi qu’un véritable message de tolérance. Fin 2011 est paru un triple album intitulé Les rives qui est en fait un coffret réunissant des CD publiés en Inde, en Turquie et au Maroc et enregistrés avec des musiciens de chacun de ces pays.

Le Festival Interceltique, qui garde toujours une porte ouverte vers d’autres musiques, a proposé à Titi ROBIN de venir jouer le CD indien Laal Asmaan (le ciel cuivré). Quand on sait que la ville de Lorient est née de l’activité de la Compagnie des Indes au 17e siècle, il n’avait là qu’un pas à franchir.

Le concert était exceptionnel car il n’avait jusque-là jamais été présenté en Europe et n’avait été joué qu’en Inde. Autour de Titi ROBIN (guitare, oud, bousouq), on a d’ailleurs pu retrouver trois des musiciens du disque et de la tournée indienne, qui ont fait le voyage jusque Lorient spécialement pour le concert, Vinay MISHRA (harmonium), Vinayak NETKE (tablas) et Murad ALI KHAN (sarangi). Assis sur une petite scène posée au milieu de celle du Grand Théâtre, les quatre virtuoses, dont la complicité était évidente, nous ont proposé une musique méditative, loin du bruit et de la fureur de certaines salles, pouvant amener jusqu’à un état de transe. Le répertoire suivait les grandes lignes de l’album, mais les musiciens se permettaient parfois quelques digressions en se livrant à des improvisations de haute tenue sans toutefois tomber dans la démonstration.

Titi ROBIN a une fois de plus prouvé toute l’étendue et la cohérence de son œuvre et ce concert restera comme un des grands moments du Festival 2013.

CD : Les rives
Site : www.thierrytitirobin.com

* SINEAD O’ CONNOR

Même si Sinead O’ CONNOR n’est plus autant médiatisée aujourd’hui, elle n’en demeure pas moins une icône du rock de ces vingt-cinq dernières années et ses albums restent toujours très attendus. C’est pourquoi sa venue à Lorient, comme ce fut le cas en 1997 et en 2007, était un événement. Pourtant les propos tenus quelques jours plus tôt dans un hebdomadaire national avaient eu de quoi refroidir l’ambiance. Sinead O’ CONNOR avait en effet déclaré détester la musique traditionnelle irlandaise et, même si la suite des propos étaient plus nuancés, cela pouvait surprendre dix ans après son album Sean-nos nua. Mais l’artiste est une habituée des comportements percutants et des déclarations fracassantes.

C’est vêtue d’une longue robe semblant sortie d’une autre époque que Sinead O’ CONNOR s’est présentée devant le public lorientais. Accompagnée par un groupe résolument rock (guitares, basse, claviers, batterie), elle a égrené les titres extraits de ses différents albums (I am enough for myself, Jackie, 4th & Vine). Les grand succès, The Emperor’s new clothes et l’incontournable Nothing compares 2 U, n’ont pas été oubliés. Seulement les morceaux s’enchaînaient sans que l’artiste ne communique vraiment avec le public. La barrière de la langue n’explique pas tout. Le son était souvent trop fort et le déluge de décibels empêchait de profiter pleinement de la prestation de la chanteuse et de son groupe.

In this heart que Sinead a interprété a capella avec sa choriste et sa guitariste fut en cela une bonne surprise. On pouvait également regretter l’absence de Tree babies et surtout de quelques titres traditionnels, comme si l’artiste irlandaise cherchait à faire oublier cette partie de sa carrière.

Après seulement une heure et vingt minutes de concert, Sinead O’ CONNOR s’en est allé laissant des fans certes conquis mais avec un sentiment de trop peu.

CD : How about I be me (and you be you)
Site : http://www.sinead-oconnor.com/

LES DÉCOUVERTES

* REALTA

REALTA est un quatuor originaire de Belfast. Les jeunes membres se connaissent depuis longtemps mais travaillent ensemble depuis seulement deux ans. Ils ont néanmoins déjà fait paraître un premier album en 2012, Open the door for three (en studio, ils n’étaient encore que trois musiciens). S’agissant d’un groupe irlandais, la question se pose de savoir si là encore, il ne va pas falloir s’attendre à trouver un nouvel avatar de tout ce que l’Irlande a pu produire depuis quarante ans. Fort heureusement, la réponse est négative. Certes, REALTA est un groupe acoustique (flûte, cornemuses irlandaises, guitare, bouzouki et parfois bodhran) qui ne révolutionne pas la musique traditionnelle irlandaise, mais qui sait faire preuve d’inventivité.

Le répertoire proposé était traditionnel. Les marches, jigs et autres reels constituaient une large part des airs. L’originalité venait de l’utilisation de deux cornemuses pour porter certaines mélodies. La chose est plutôt rare et pourtant la combinaison du duo sonnait parfaitement sans tomber dans une quelconque cacophonie.

Quelques titres chantés portés par la jolie voix de Deirdre GALWAY venaient s’immiscer dans un ensemble réellement agréable à écouter. L’humour n’était pas non plus absent, puisque pour présenter le groupe, le bouzoukiste Micky MCCLUSKEY a interprété, en la modifiant, la chanson enfantine Bonjour, salut, comment t’appelles-tu ?.

Malgré leur jeune âge, les musiciens de REALTA faisaient preuve d’une maturité musicale et d’un savoir-faire impressionnant.

CD : Open the door for three
Site : www.realtamusic.com

* SKIPPER’S ALLEY

L’an dernier, dans le cadre des découvertes du Festival Interceltique 2012, nous avions évoqué le groupe irlandais THE BONNY MEN en insistant sur le fait que la volonté des musiciens n’était pas d’innover mais de proposer leur vision propre de la musique traditionnelle. Cela se vérifie une fois encore avec SKIPPER’S ALLEY. Mais le manque d’innovation ne signifie en rien manque d’intérêt ou copiage. La formation irlandaise s’en tirait même très bien.

Le groupe existe début le début 2012 et a sorti un CD quatre titres juste avant le démarrage du Festival. Tout comme THE BONNY MEN, SKIPPER’S ALLEY est formé de sept jeunes membres, avec également six garçons et une fille. Le groupe utilisait un large éventail d’instruments (cornemuse irlandaise, harpe, accordéon, flûtes, banjo, violon, guitare et bodhran). Deux des musiciens alternaient également au chant, en gaélique et en anglais. Ils reprenaient des mélodies traditionnelles dans lesquelles venaient s’insérer leurs propres compositions, en passant d’airs entraînants à des moments plus calmes.

Les prestations, qui ont tant plu au public, ont aussi su séduire le jury du trophée Loïc Raison. SKIPPER’S ALLEY a ainsi remporté le concours qui récompense chaque année un jeune groupe de musique celtique.

CD : Skipper’s Alley
Site : https://skippersalley.bandcamp.com

* CHERRYGROVE

CHERRYGROVE est un quintet écossais qui existe depuis 2011. Les musiciens ont étudié la musique ensemble à l’Université et ont décidé de mettre leurs acquis à profit en montant ensuite un groupe. A la différence de nombreuses formations qui sont en majorité masculine et qui ne compte qu’une fille dans leur effectif, CHERRYGROVE inverse la tendance. On y compte quatre filles (chant-guitare, violon, harpe, claviers) pour un garçon (accordéon). Le nom du groupe n’est autre que celui de la maison d’un de leurs professeurs. Comme cela sonnait bien, les musiciens ont choisi de prénommé le groupe ainsi.

On avait affaire, là, à une interprétation traditionnelle de la musique écossaise. Cela ne rimait cependant pas avec ennui et il faut reconnaître que la musique proposée par le groupe était très agréable à écouter. Entre compositions et traditionnels, les cinq musiciens ont ravi leur auditoire. Avant d’interpréter le classique Black is the colour, le groupe n’a pas manqué de le dédier à Michel TONNERRE qui l’avait adapté en français. En fin de concert, CHERRYGROVE s’est permis de reprendre What’s up, un morceau des FOUR NON BLONDES datant de 1993. Si musicalement, l’originalité était de mise, la chanteuse Marianne FRASER n’a pas encore assez de coffre et le chant manquait sur ce point légèrement de justesse.

Lors de leur passage à L’Espace Bretagne le jeudi 8 août, les musiciens se sont également frottés à la musique bretonne puisqu’à minuit, ils ont animé l’Andro the world en invitant les spectateurs à danser.

CD : CherryGrove
Site : http://cherrygrovemusic.com

* CAARJYN COOIDJAGH

Dans les comptes rendus du Festival Interceltique, nous nous attachons plus volontiers à relater les concerts de groupes musicaux dont le chant n’est qu’une composante. Il existe pourtant d’autres ensembles, dont les prestations étaient plus discrètes, mais qui n’en demeuraient cependant pas moins intéressantes. Ce fut le cas de CAARJYN COOIDJAGH.

Derrière ce nom gaélique, qui signifie « Amis ensembles », se cache une chorale mixte originaire de l’Ile de Man. Le répertoire de CAARJYN COOIDJAGH était composé d’une sélection de chansons traditionnelles ou originales, ces dernières étant entre autres issues de la plume de la directrice de la chorale Annie KISSACK. Ces chansons, qu’elles soient religieuses ou non, étaient toutes interprétées en gaélique mannois. Durant le FIL, CAARJYN COOIDJAGH s’est produit dans différents endroits. Le Chapiteau de l’Espace Marine semblait un peu grand pour apprécier pleinement leur performance. L’Église Saint-Louis était certainement le lieu qui leur seyait le mieux. Mais le site le plus insolite dans lequel on a pu l’écouter aura été la voûte de l’ancien réservoir d’eau de la Marine, à l’acoustique exceptionnelle, devant un auditoire certes restreint mais réceptif et captivé.

CD : Skellyn
Site : https://www.facebook.com/CaarjynCooidjagh

* TARANUS

Le rock celtique asturien compte parmi les styles les plus évolutifs du monde celtique. Même si ce genre s’est fait discret durant la dizaine lorientaise, un groupe aura néanmoins réussi à retenir l’attention du public. TARANUS ne se produisait cependant pas sur les grandes scènes, mais seulement sur celle du Pavillon Asturien.

La formation existe depuis 2009 et est composée de six membres offrant une palette instrumentale variée (guitares acoustiques et électriques, basse, batterie, flûtes, gaïta, bombarde, mandoline) à laquelle s’ajoute le chant. Ce qui attisait la curiosité, c’est le mélange des genres. TARANUS officie dans ce qu’on appelle le folk-métal, mais les références du groupe ne se limitent pas à cela. Des moments plus acoustiques venaient ponctuer le répertoire. Le combo compte dans ses rangs une chanteuse soprano, dont la voix, associée à la vigueur instrumentale du métal et aux voix plus rugueuses des autres chanteurs, donnaient une impression d’opéra hard-rock.

Si la plupart des titres étaient des compositions originales interprétées en langue asturienne, le groupe se risquait également à faire des reprises. Parmi celles-ci, on pouvait entendre une énergique interprétation du traditionnel suédois Herr Mannelig. Ce titre fait partie du répertoire du groupe allemand de folk métal IN EXTREMO, une formation qui compte parmi les références de TARANUS.

Si certains groupes qui se produisent durant le Festival manquent parfois de singularité, ce n’était pas le cas de TARANUS et on ne peut qu’espérer revoir le groupe sur une scène plus exposée.

CD : Taranus
Site : https://es-es.facebook.com/pages/Taranus/274343290612

* SCAMMYLT

SCAMMYLT est un trio originaire de l’Ile de Man qui s’est constitué en 2011 à l’initiative de la violoniste Katie LAWRENCE. Elle s’est alors adjointe les services de Mike REANEY à la guitare et de Russell COWIN à la contrebasse (et parfois au bodhran). Ce dernier n’est pas un inconnu puisqu’il a officié auparavant au sein d’une autre formation mannoise, KING CHIAULLEE.

La musique proposée par SCAMMYLT est donc entièrement acoustique et composé uniquement d’instruments à cordes. Elle est nettement influencée par le jazz et ne de dépareillerait pas dans un festival consacré à ce style. La musique celtique n’est cependant pas oubliée et reste la source d’inspiration principale du groupe. Le violon était bien mis en avant et portait en grande partie les mélodies, tandis que guitare et contrebasse assuraient la rythmique

La formule aurait pu laisser craindre une uniformité, voire un aspect ennuyeux. Mais les trois artistes connaissant parfaitement leur élément et face aux déluges de décibels de certains spectacles, la musique de SCAMMYLT avait un côté reposant et relaxant qui procurait énormément de bien-être.

CD : She eynt
Site : www.scammylt.com

* PRENEZ GARDE !

Que leur pays soit mis à l’honneur ou pas, les Acadiens ont depuis dix ans l’habitude de prendre leurs quartiers d’été dans la cité morbihannaise. L’accueil qui leur est réservé est d’ailleurs à la hauteur de l’investissement déployé par nos « cousins » d’outre atlantique. Chaque année, un groupe émerge et réussi à se faire remarquer. PRENEZ GARDE aura été la grande révélation acadienne de l’édition 2013. Le groupe s’est produit lors de la deuxième cotriade au Port de Pêche, mais ce sont surtout ses prestations au Pavillon Acadien qui auront touché un maximum de public. Les musiciens n’ont en effet pas ménagé leurs efforts pour proposer des concerts que l’on peut pacifiquement qualifier d’explosifs.

A l’origine du groupe, on trouvait au chant Dominique BREAU qui est un conteur (ou plutôt conteux) réputé en Acadie. A ses côtés, on pouvait croiser quatre musiciens, Nicolas (guitare, chant), Julien (contrebasse), Elisabeth (percussions, chant) et Marie-Andrée (violon). Bien que les instruments fussent entièrement acoustiques, l’ambiance qui régnait sous le chapiteau virait vite à l’électrique. Entre chansons à l’humour ravageur et reels irlandais redoutables, le groupe n’a pas lésiner sur les efforts pour faire bouillonner un public qui de son côté assurait volontiers les chœurs.

CD : Prenez Garde !
Site : www.prenezgarde.ca

* ARNEO

Nouveau venu sur les scènes bretonnes, ARNEO n’a pas mis longtemps à se faire remarquer du Directeur du Festival. Ce dernier n’a pas hésité à programmer le groupe alors que sa création remontait à moins d’un an. ARNEO est un trio composé de trois fortes personnalités qui se sont rencontrées en septembre 2012, mais qui avaient ont déjà une solide expérience derrière elles. On y retrouve Gwenael KERLEO à la harpe, Marielle HERVE (qui a composé pour Johnny HALLIDAY et fut la voix de STONE AGE) au chant et Yann CORTELLA (qui fut membre d’INDOCHINE à la fin des années 90) à la basse, aux claviers et aux samples

L’eau était le point de départ du projet. Dans un répertoire partagé à parts égales entre breton et anglais, on la retrouvait distillée sous différents thèmes, l’eau qui apaise, le manque d’eau, la pluie ou simplement la goutte d’eau (qui se traduit en breton par Takenn dour, le titre phare du groupe). Le nom ARNEO est d’ailleurs issu de cette thématique puisqu’il signifie « orage » en breton. La harpe coulait de source, sans jeu de mot. Des sons aquatiques provenant de différentes origines s’immisçaient au côté de l’instrument et se mélangeaient aux programmations électroniques. La voix charmeuse de Marielle HERVE parachevait d’envoûter le public. Au-delà de l’aspect purement musical, il faut reconnaître qu’il y avait là un travail d’expérimentation et de recherche qui avait de quoi surprendre.

L’album ne verra le jour qu’au printemps 2014. Il va donc falloir patienter encore un peu.

Site : www.arneomusic.com

* COLLINE HILL

Avec son nom, on pouvait s’attendre à ce que Colline HILL soit une artiste irlandaise ou écossaise, mais il s’agit en réalité du pseudonyme d’une chanteuse et musicienne bretonne. Après être passé par l’Irlande, Colline vit actuellement en Belgique. C’est là qu’elle a commencé à se faire repérer sur internet dès 2009. Depuis, elle a vécu une ascension qui lui a permis de sortir un album remarqué, Whishes et d’assurer entre autres la première partie du groupe AMERICA. à Lorient, c’est la première partie d’Imelda MAY que Coline devait assurer.

Autour d’un groupe basique (guitare, basse, batterie) et s’accompagnant elle-même à la guitare, Colline HILL a offert au public un répertoire issu de son album et essentiellement interprété en anglais.

Le son était hélas trop fort. Les arrangements restaient sans grandes variations d’un titre à l’autre et la musique, plus rock que folk, couvrait régulièrement une voix pourtant puissante et assurée. Coline s’est permis de reprendre Ring of Fire, un classique de Johnny CASH qui est une de ses références. Sous cette pluie de décibels, il a fallu un peu de temps avant de reconnaître la mélodie. Finalement Colline était plus convaincante durant les prestations en solo voix-guitare qu’elle a pu faire avant son concert. Ceci étant dit, le concert restait intéressant et il a visiblement plu au public qui ne s’est pas privé pour reprendre en chœur le titre phare du CD, Someone Left Before Me.

Pour se rendre vraiment compte du potentiel de l’artiste, l’écoute de l’album qui est pourtant très électrique, se révèle indispensable.

CD : Whishes
Site : www.collinehill.com

LE OFF

Cette fois encore, nous ne pourrons pas parler d’un relèvement du niveau du OFF. Depuis des années, nous évoquons sa lente chute et l’édition 2013 n’a pas failli à cette donne.

Jamie SMITH, l’accordéoniste de MABON, a déclaré en conférence de presse que la musique que le groupe proposait il y a dix ans ne correspondait plus du tout à ce qu’est devenu le OFF et le groupe n’y aurait plus sa place aujourd’hui.

Les responsables des bars et des cafés s’étaient pourtant engagés à revoir leur programmation en invitant à se produire des musiciens plus en rapport avec la musique celtique. Il n’en a hélas rien été et divers courant musicaux n’ayant rien ce celtique se sont vu proposer.

Cependant et fort heureusement, plusieurs groupes présents depuis des années ou pour la première fois ont su réjouir les oreilles des promeneurs qui voulaient bien s’arrêter pour les écouter.

* THE DRUNKEN LAZY BASTARDS

THE DRUNKEN LAZY BASTARDS est un groupe originaire de la région parisienne qui s’est formé à l’occasion de la Saint Patrick 2008. Il était au départ composé de quatre membres, Maximilien (chant, guitare, ukulélé), Louis-Joseph (flûtes), Sylvain (accordéon) et Jérémy (percussions) et a été rejoint en 2012 par Ludivine (violon). La formation tient son nom d’une chanson du groupe canadien de punk celtique THE MAHONES. C’est d’ailleurs dans ce registre musical que THE DRUNKEN LAZY BASTARDS officie, au carrefour du punk celtique acoustique et du folk irlandais. Les influences vont des POGUES aux DUBLINERS en passant par les américains de FLOGGING MOLLY.

A la différence de nombreux groupes passés dans le OFF qui associaient énergie musicale et bruit, les franciliens ont livré des prestations plus que correctes, sachant que jouer dans la rue n’est pas toujours un exercice facile. Ils connaissaient bien leur sujet et n’avait pas besoin de surenchère pour électriser la petite scène sur laquelle ils se produisaient. Les cinq compères sont de vrais bons musiciens. De plus, THE DRUNKEN LAZY BASTARDS ne se contentait de livrer un set comprenant essentiellement des reprises. Leurs propres compositions (Peter Love, Fucking town) s’intercalaient parfaitement dans un ensemble pleinement maîtrisé. Parmi les reprises, on a pu néanmoins pu entente des classiques, Whisky in the Jar, Morrisson jig, Erin shore (popularisé par THE CORRS), ou encore If I should fall from grace with God des POGUES.

Dans un OFF bien terne, THE DRUNKEN LAZY BASTARDS constituait une heureuse découverte. Pour l’année de l’Irlande en 2014, le groupe y aura à nouveau toute sa place.

CD : Drunk or alive
Site : www.drunken.fr

* TARAN CELT

Dans le compte-rendu du Festival OFF 2010, nous avions eu l’occasion de parler du groupe TARAN. La formation s’est à nouveau produite les années suivantes, mais en 2013, elle nous est revenue sous un nouveau nom. C’est désormais sous l’appellation TARAN CELT qu’il faut l’aborder. La physionomie du groupe a elle aussi changé. Les claviers ont cédé la place à un violon, renforçant l’habillage traditionnel de la musique qui malgré tout reste du rock celtique dynamique (guitare, basse, batterie, bombardes, flûtes, cornemuse). La violoniste n‘est autre que Mélanie GORON, la fille de Gérard GORON, le batteur des TRI YANN.

La prestation était composée d’anciens titres réarrangés et de nouveaux morceaux (Entre deux mers, qui est une reprise du traditionnel irlandais The Water is wide ou encore Lorient Celt, une chanson à la gloire du Festival Interceltique). Le titre le plus percutant restait néanmoins l’Andro. Les danseurs ne se privaient d’ailleurs pas pour esquisser quelques pas malgré l’exiguïté devant la scène.

Le rock celtique ayant tendance à disparaître du OFF, TARAN CELT en est finalement devenu un des fers de lance.

CD : Metalenn
Site : http://groupe-taran.fr

* DOOLIN’

Au fil des ans, les toulousains de DOOLIN’ sont devenus des piliers du Festival OFF. Preuve de leur attachement pour le Festival, les musiciens sont revenus cette année avec un nouvel album, enregistré en public durant leur passage à Lorient en 2012. Avec à son actif cinq CD (trois studios et deux live) et un DVD, DOOLIN’ est aujourd’hui un des meilleurs représentants hexagonaux de la musique irlandaise. L’occasion était donc toute trouvée d’aller à la rencontre du groupe. Deux des musiciens (*), Jacob FOURNEL (flûtes), Nicolas BESSE (guitare) et le manager Stéphane BESSE ont bien voulu répondre à nos questions.

(*) Les autres membres sont Josselin FOURNEL (bodhran), Guilhem CAVAILLE (Violon), Wilfried BESSE (accordéon, chant) et Sébastien SAUNIE (basse)

CD : Live in Lorient
Site : www.doolin.fr

ENTRETIEN AVEC DOOLIN

Bonjour DOOLIN’. Vous êtes un groupe de musique irlandaise, originaire de Toulouse, ce qui peut surprendre. Comment avez-vous découvert la musique irlandaise et comment êtes-vous arrivé à en jouer ?

Nicolas : Il est difficile de répondre à cette question puisque c’est un parcours individuel. On est six et chacun a rencontré la musique irlandaise de façon différente. Jacob et son frère, c’est au travers des voyages qu’ils ont fait en Irlande. Nous qui sommes plus âgés et qui avons un parcours musical un peu plus antérieur. Cela vient de certains artistes qui ne sont pas forcément des artistes de musique irlandaise. Je pense par exemple au guitariste et compositeur anglais Mike OLDFIELD, qui est d’ailleurs d’origine irlandaise et qui a travaillé avec de grands musiciens comme Paddy MOLLONAY, le flûtiste des CHIEFTAINS. Il y a aussi les POGUES, des groupes de la scène rock et pop qui nous ont donné cette sensibilité. Ensuite, ce fut l’opportunité de jouer dans un groupe de folk irlandais, de s’intéresser à tous les thèmes irlandais, d’essayer de rentrer dans la tradition. Enfin, ce fut la démarche de faire des stages avec des grands musiciens irlandais de manière à plus s’immerger dans la musique traditionnelle. Une fois qu’on a été en contact avec cette musique, on a rencontré les musiciens qui comptent dans le Sud, c’est-à-dire Guilhem CAVAILLE le violoniste et les frères FOURNEL, qui étaient trois musiciens incontournables de la scène traditionnelle du sud.

Jacob : C’est vraiment personnel. Je vais parler en mon nom. J’ai découvert la musique irlandaise lors d’un voyage en Irlande tout simplement. L’anecdote était que juste avant de partir en Irlande, j’avais entendu sur France Inter Jean-Jacques MILTEAU qui interprétait un reel irlandais à l’harmonica, c’était Glass of Beer pour ceux qui connaissent l’air et ça m’a vraiment accroché l’oreille. Je me suis dit que la musique irlandaise, c’était bien ! Je partais en vacances dans la foulée en Irlande. Je me suis acheté une flûte, un petit bouquin de partitions et j’ai commencé à potasser.

Nicolas : À travers le rock ! Je ne sais pas si c’est le destin qui voulait ça, mais on a été amené un jour de Saint-Patrick à remplacer au pied levé un groupe qui jouait de la musique irlandaise dans un pub. Ils étaient vraiment paniqués parce que ce groupe s’était désisté trois semaines avant. Cela nous laissait donc trois semaines pour monter un petit répertoire irlandais. On était déjà musicien professionnel, on avait déjà une certaine expérience mais dans d’autres domaines. Du coup, on a monté ce répertoire, acheté des partitions, écouté des albums. E puis voilà, on a été contaminé à ce moment-là et ça ne s’est jamais arrêté.

Justement, n’étant pas irlandais et jouant de la musique irlandaise dans le sud de la France, comment êtes-vous perçus ? Est-ce facile de se produire, de trouver des scènes ?

Jacob : Au départ, pas forcément ! Mais petit à petit, le public et surtout les programmateurs se rendent compte que c’est une musique qui n’a pas de frontières et le fait d’être toulousain n’a rien d’ handicapant. On joue la musique irlandaise à notre manière et c’est peut-être justement le fait que nous soyons toulousains, du sud, avec ce sang un peu chaud, qui colore notre musique.

Avec l’envie d’être parfois irrévérencieux envers cette musique. Dans le bon sens du terme !

Jacob : En fait, on arrive à sortir un peu des codes et à faire des choses que des Irlandais eux-mêmes n’oseraient pas faire.

Nicolas : C’est d’ailleurs ce qui plaît aux irlandais. Ils sont un petit peu bloqués. Ils nous voient passer les limites et cela leur plaît.

Pour le choix des titres, il y a des traditionnels, mais vous composez aussi.

Jacob : On a toujours composé. Dans chacun de nos albums, on trouve à peu près autant de compositions que de reprises de traditionnels que l’on a réarrangées. C’est une démarche que l’on a depuis le début et qui est naturelle pour nous.

Nicolas : C’est un point qui est vraiment constant. C’est du 50-50 jusqu’à présent dans les albums. Cela se fait naturellement. On n’a pas de quota. La tendance va peut-être s’inverser dans un sens ou dans l’autre, mais pour l’instant, c’est comme ça.

Vous vous produisez depuis des années dans le OFF à Lorient. L’accueil qui vous est fait est toujours enthousiaste. N’éprouvez pas de la lassitude ? Revenez-vous toujours avec plaisir ?

Jacob : Oui, d’autant plus que l’engouement va grandissant. On est à chaque fois plus motivé pour se produire ici. L’an dernier, on a eu la chance de capter ces moments particuliers avec l’enregistrement de notre Live in Lorient dont on est assez fier et qui retrace toutes les années qu’on a passées ici. C’est un peu un document.

Nicolas : Il concrétise un petit peu cette aventure qui est pour nous importante depuis sept ans. Il fallait qu’il y ait une trace. Ce qui nous motive, c’est que chaque année, on essaie de proposer des choses nouvelles, que ce soient des albums ou des morceaux dans notre répertoire. Du coup, il y a moins de lassitude, puisque c’était la question au départ.

La transition est toute faite. Vous verra-t-on, ou du moins peut-on caresser l’espoir de vous voir, dans le Festival IN. Avez-vous eu des contacts ?

Nicolas : Oui, on l’espère d’autant plus que l’année prochaine, c’est l’année de l’Irlande. On aimerait vraiment, ce serait un aboutissement pour nous. Ce n’est pas nous qui en décidons, évidemment. Ce que je peux dire par contre, c’est que le public nous le demande. Les gens aimeraient vraiment nous voir dans le IN.

Stéphane : Notamment les lorientais. Sur Lorient, DOOLIN’ acquiert de plus en plus de fans, ce qui fait que nous sommes toujours présents dans le OFF. Après, au niveau des contacts, nous avons fait le nécessaire auprès du Directeur, Lisardo LOMBARDIA, notamment. Même au sein des permanents et des techniciens qui travaillent dans le IN, tout le monde connaît DOOLIN’. Tout le monde espère que nous y serons un jour programmés.

Je reviens sur le CD Live in Lorient, on a obtenu un accord avec Coop Breizh qui va le distribuer. C’est un atout de plus pour participer au IN.

Justement, puisqu’on parle de reconnaissance, votre premier album avait été distribué d’entrée par Keltia Musique. C’était déjà une forme de reconnaissance.

Stéphane : Oui. Il est sorti en 2006. En fait DOOLIN’ joue dans toute la France et dans toute l’Europe. Une tournée s’est mise en place fin octobre, début novembre qui va passer par l’Angleterre, l’Irlande, le Pays de Galles. Une tournée en Allemagne se tisse pour 2014.

Et dans le reste de la Bretagne ?

Stéphane : On a fait quelques festivals. En mai, on a joué à la Semaine du Golfe (du Morbihan). On a joué aussi dans un très joli village qui s’appelle Penmarc’h, à Guingamp pour le Festival de la Saint Loup. On a fait plusieurs dates à Saint Brieuc. Le public breton est superbe, c’est un grand plaisir de se produire devant lui.

Nicolas : On était un peu craintif au tout début quand on était un jeune groupe. Certains groupes qu’on rencontrait nous disaient qu’en Bretagne il y avait déjà beaucoup de formations celtiques, que les groupes irlandais marchaient moins bien, que les gens préféraient la musique bretonne et qu’en plus, nous sommes de Toulouse. On se disait que c’était mal parti pour nous. Puis finalement, on s’aperçoit qu’en fait il n’y a qu’une chose qui compte, c’est la musique. Les gens sont conquis ou pas, mais quand ils le sont, ils se fichent de savoir si vous êtes toulousain ou de n’importe quelle nationalité. On pourrait être de Papouasie !

Il faut arrêter de mettre des barrières à cette musique celtique en disant « ils sont toulousains, ils ne sont ni bretons, ni irlandais ».

Stéphane : Je crois qu’il faut arrêter de mettre des barrières à tout, au-delà de la musique irlandaise. D’ailleurs, suite à la programmation 2013 de l’Interceltique, on s’est bien rendu compte qu’il y a cette demande du public vers l’ouverture. Quand on sait que Titi ROBIN a été programmé et qu’il a fait un carton. La salle était comble. Titi ROBIN, ce n’est pas un celte !

DOOLIN’ est un groupe acoustique, pourtant quand on vous écoute, il y a beaucoup d’électricité.

Jacob : Oui, c’est ça aussi la particularité du groupe, d’arriver à produire une énergie rock avec des instruments acoustiques. C’est un peu notre touche très personnelle. Cela vient de la façon de jouer individuellement. On a tous cette énergie qui vient du rock pour beaucoup. Cela vient aussi de la façon de jouer de Josselin aux percussions qui est vraiment très… percussive (rires) pour le coup. Le bodhran apporte une sacrée énergie de ce côté-là.

Nicolas : Effectivement, c’est ça ! Quels que soient les instruments avec lesquels on joue, qu’ils soient électriques, acoustiques ou électroniques, on peut arriver, si vraiment on a de l’énergie en soit, à la transmettre. Je ne suis pas un grand fan de musique électronique, mais je sais qu’il y a des grands maîtres qui arrivent, avec des programmations, à dégager une énergie. Je pense que l’énergie est ou n’est pas dans les musiciens. Que ce soit acoustique, électrique ou électronique, on peut arriver à la donner au public.

Vous avez déjà été tenté par rajouter des effets ou avoir des invités sur vos albums studios ?

Nicolas : Sur les albums, il y a quelques guitares électriques.

Stéphane : Elles sont là plutôt comme des effets sonores.

Jacob : Sur les albums, on rajoute parfois des pistes, mais par petites touches. C’est vraiment discret et ce n’est pas mettre un effet pour mettre un effet. C’est parce qu’on ressent une nécessité à ce moment-là. On aime bien faire des effets, mais de manière acoustique, avec une guimbarde, en doublant des flûtes, avec un piano.

Nicolas : On a deux pianistes dans le groupe, Wilfrid le chanteur et accordéoniste et Jacob qui est un ancien pianiste de jazz. Le piano a sa place dans nos albums studios. Nous sommes d’ailleurs parfois frustrés de ne pas pouvoir l’emmener sur scène. Il y a aussi les percussions diverses. En studio, on en profite. C’est pour cela qu’on incite les gens, non pas pour des raisons pécuniaires, à découvrir en plus de nos albums live, nos albums studios parce qu’il y a une démarche assez différente où on se permet d’étoffer nos orchestrations, nos arrangements. Ce qu’on ne peut pas faire sur scène, sachant qu’on ne peut jouer que d’un instrument à la fois. Il y a une autre facette sur nos albums studios et c’est cela qui est passionnant pour nous quand on les enregistre. Ce n’est pas juste dire qu’on va faire un album. C’est une autre aventure que celle de la scène. On a la chance de pouvoir avoir d’un côté la scène et de l’autre côté, cette possibilité de produire des albums en se faisant plaisir, en expérimentant, en asseyant toute sorte de mélanges, de métissages sonores.

Beaucoup de groupes tentent des ouvertures vers d’autres musiques. Avez-vous déjà été tenté, tout en restant dans la musique celtique, des airs bretons, galiciens ou asturiens ?

Jacob : Pas encore, mais pourquoi pas ! Si, on a quand même interprété une valse québécoise. On a aussi des morceaux d’origine écossaise. C’est assez proche de l’Irlande. On pourrait jouer de la musique bretonne. Certains d’entre nous en jouent d’ailleurs déjà un peu.

Nicolas : Là, c’est pareil. C’est une démarche naturelle. On joue les airs qui nous plaisent. On ne se dit pas qu’un tel est breton, on ne va surtout pas en jouer. Mais il est vrai que notre sensibilité se porte vraiment vers la musique irlandaise qui nous touche particulièrement. C’est une affaire de goût. Mais on n’est pas du tout fermé à quoi que ce soit. Pourquoi pas de la musique indienne ! Josselin, le percussionniste, joue des tablas indiens. Cela peut être très intéressant. Jacob connaît très bien la Roumanie. Il y a de très belles mélodies dans les musiques de l’Est. Je pense que cela se fera forcément un jour ou l’autre.

Vous dites que vous êtes un groupe professionnel, donc vous vivez de votre musique.

Jacob : Oui exactement, on vit de notre musique. On est tous professionnel donc on avance tous en même temps Je pense que c’est important dans un groupe d’avoir tous le même objectif.

Dans un contexte difficile, vous arrivez quand même à trouver des contrats pour vous produire ? Avec la crise du disque, vous arrivez à en vendre ?

Jacob : Oui, par exemple pour ce dernier album, Live in Lorient, on va être distribué par Coop Breizh. On vend aussi énormément de disques à la fin des concerts et on n’a pas vraiment trop senti de chute.

Nicolas : Même si DOOLIN’ est notre priorité, comme on est des musiciens professionnels, il nous arrive, chacun de notre côté, d’être amené à jouer avec d’autres groupes ou pour d’autres projets qui sont satellites et qui ne sont pas de la même importance que DOOLIN’, mais qui nous permettent de vivre en tant que musiciens. On a la chance surtout au fil des années d’avoir de plus en plus de dates avec DOOLIN’, ce qu’on espère voir se développer encore plus, bien sûr. On espère pouvoir remplir notre année uniquement avec DOOLIN’. C’est l’objectif et le projet prioritaire. Tout cela permet la vente des albums. On est aussi professeur de musique, ce qui est intéressant car ça nous permet de transmettre le savoir qu’on a acquis sur notre instrument. Enseigner est une bonne méthode pour progresser.

Dernière question : en Suisse, un groupe porte le même nom que vous. Les connaissez-vous et les avez-vous déjà rencontrés ?

Jacob : On ne les a jamais rencontrés, on ne les connaît pas ! Mais, on a échangé quelques e-mails il y a quelques années. On n’est plus en contact avec eux depuis longtemps. Je ne sais pas qui a pris ce nom en premier. La différence, c’est que nous on a une apostrophe à la fin du nom. (Rires).

Nicolas : Je ne sais même pas si ce groupe existe encore. Maintenant, sur internet, quand on tape DOOLIN, on tombe sur nous. Au tout début ce n’était pas le cas.

Merci beaucoup. On espère vous revoir en 2014, d’abord dans le OFF et pourquoi pas dans le IN.

Dossier : Didier Le Goff

Site du Festival Interceltique de Lorient :

www.festival-interceltique.com

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