Anthony PHILLIPS – Private Parts & Pieces IX – XI

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Anthony PHILLIPS – Private Parts & Pieces IX – XI
(Esoteric Recordings)

Dans le cadre de la politique de rééditions des albums du compositeur anglais par le label Esoteric Recordings, une  nouvelle box de quatre CD vient de sortir. Il regroupe les trois derniers volumes de la superbe série Private Parts & Pieces, parus entre 1996 et 2001, un CD d’inédits, Private Parts & Extra Pieces III, plus un livret proposant un fantastique essai rédigé par Jonathan DANN.

Depuis plus de quatre décennies, P.P.& P. a dévoilé des albums d’une grande beauté esthétique, imprégnés de mélancolie et de rêverie, diffusant des ambiances néo-classiques ou plus synthétiques. Ces trois albums continuent de révéler les différentes facettes de sa musique, hautement émotionnelle et jamais simpliste, qu’elle soit interprétée à la guitare 6 ou 12 cordes, au grand piano ou aux synthés.

Dans son œuvre et plus particulièrement avec cette série, Ant a toujours eu le souci de varier les plaisirs et surtout de ne jamais lasser l’auditeur en proposant des albums toujours différents. Ces disques montrent aussi qu’il est un musicien accompli, un grand guitariste et un grand pianiste en plus d’être un compositeur vraiment doué à la très grande sensibilité.

Dans la carrière d’Anthony PHILLIPS, nous sommes à une époque de véritables changements. Le dernier disque de P.P. & P. était sorti via le label Venture de Virgin Records. Suite au rachat de Virgin en 1992 par EMI, il se retrouve sans contrat… Même si EMI garde le contrôle des droits de tout son catalogue, alors que la plupart de ses disques n’était à ce moment-là plus disponible.

En 1994, il s’associe avec le label indépendant Voiceprint. Cette nouvelle collaboration va être marquée par les parutions des albums Sail the World et The Sky Roads, le deuxième volume de Missing Links.

Il va travailler à la préparation d’un nouveau disque dès le printemps de l’année 1995, alors que Voiceprint va commencer à négocier la récupération de ses droits avec EMI. Un accord sera trouvé et ses disques vont pouvoir ressortir durant les six premiers mois de l’année 1996 (sauf trois albums, The Geese, Wise after the Event et 1984). Le 6 novembre de cette même année, Dragonfly Dreams, le neuvième volume de la série,  paraît enfin. Il propose dix huit titres, répartis en deux parties (pour souligner les différentes ambiances du disque), mélangeant des nouvelles compositions des années 1990 et des pièces plus anciennes datant des années 1980-1986, retravaillées et complétées pour l’occasion. Ainsi, cet album renoue avec la tradition d’anciens volumes de la série comme Back to the Pavillion et Slow Waves, Soft Stars qui regroupaient également des pièces aux styles variés et composées à différentes époques.

Disque instrumental, à l’exception de l’émouvante chanson She’ll be Waiting, Dragonfly Dreams permet d’apprécier ses talents à la guitare. Que ce soit à la guitare 6 ou 12 cordes, à la guitare classique, à la stratocaster, seul ou en duo avec son complice Quique BERRO GARCIA (avec trois titres issus de sessions durant l’été 1994), nous avons droit à des moments vraiment exquis : Chinese Walls de 1986, hymne de 17’30 à la guitare 12 cordes, reste un morceau impressionnant. Il y a aussi quelques curiosités dont l’origine remonte aux années 1980-1983 (In the Valleys, Something Blue composé avec Richard SCOTT, Quango) et qui ont été enregistrées douze ans après. Comme perdues au milieu de ces flots mélodiques de cordes, quelques pièces atmosphériques et synthétiques de 1992 déversent leurs sonorités fragiles et new-age : Lostwithiel (une composition écartée de New England), Under the Ice qui se situe dans la lignée de Ice Flight (P.P. & .P. VII), et Lost and Found (une variation de Lostwithiel au Dynacord ADS Sampler) illuminent un disque merveilleux dont la pochette à elle seule est une invitation à rêver.

Le disque suivant, Soirée, est paru le 22 novembre 1999. Il s’agit d’un album pour piano solo. C’est le deuxième de la série après Ivory Moon en 1986, faisant suite à une forte demande de la part des fans.

Même si, au départ, il avait quelques réserves pour enregistrer un album au piano, trop limité au niveau du timbre, il se lança dans le projet. Ivory Moon proposait de vieilles musiques des années 1970 et selon lui, il était temps d’en composer de nouvelles. C’est ce qu’il fit en ce début d’année 1998, accumulant diverses idées, composant au piano de nouvelles pièces et revisitant un trésor oublié à savoir le titre Creation. Datant de novembre 1968, il avait été composé à la même période que Let Us Now Make Love, mais avait été écarté par les autres membres de GENESIS.

Les sessions d’enregistrement eurent lieu entre mai et juillet 1998 puis entre novembre et décembre de la même année (en parallèle à des projets de musiques pour la télé), à Vic’s Place, Clapham – Londres. L’album fut ensuite mixé en juin 1999. La pochette, ici plus monotone que celle de la première version, est inspirée du Paris de la grande époque, celle de RAVEL et de DEBUSSY, de l’atmosphère des salons parisiens de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

L’album en lui-même n’est pas le meilleur de la série, même s’il reste très émouvant parce qu’il donne l’impression d’appartenir à un passé à tout jamais perdu. Il y a en effet beaucoup de nostalgie. Un album uniquement au piano n’est pas facile, à la limite trop déprimant surtout lorsque les beaux jours commencent à arriver (c’est davantage une musique automnale ou hivernale) mais il a le mérite de proposer des pièces, certes inégales mais suffisamment variées pour l’écouter jusqu’au bout. Parmi les réussites intemporelles, il y a le très poignant Sad Ballerina ou l’hommage à Lady Diana, Fallen Flower.

Ce Private Parts & Pieces IX n’a pas trop souffert du temps qui passe et conserve encore aujourd’hui un charme passéiste délicieux entre néo-classicisme, romantisme et poésie mélancolique.

Après ce disque, Ant a été sollicité en tant que compositeur de musique pour la télé et les projets de “library music”. Pendant cette période, il a surtout joué du synthé, en accumulant beaucoup de matériel ; entre 2001 et 2005, il s’est permis tout de même une petite escapade en retournant à la guitare pour le double album Field Day.

City of Dreams revient sur ces années synthétiques, avec 31 nouvelles compositions instrumentales, mises de côté parce qu’elles ne convenaient pas à sa “library music”. Ce nouveau disque est paru le 3 décembre 2012 sur Voiceprint. Pour Anthony PHILLIPS, cet album marque l’ouverture vers une certaine modernité modifiant sa méthode de travail. En effet, ce disque a été entièrement enregistré sur ordinateur (via “Digital audio workstation software”) ; l’utilisation d’un tel équipement lui permettant de travailler plus facilement, en assemblant ou rajoutant les différentes parties enregistrées, pour former des pièces définitives et finaliser un album cohérent.

Ant souhaitait vivement un nouveau disque synthétique dans sa collection des P.P. & P.  : c’est un retour vers une musique électronique, atmosphérique et moderne étroitement liée à la thématique recherchée, celle révélée par la pochette au décor urbain et irréel (une peinture de Caio LOCKE intitulée Citadel) et le titre du disque City of Dreams (également une suite en quatre parties), reliant les univers des cités et des rêves.

Ant explore le monde des synthés de fort belle manière, avec par exemple King of the Montains, où la présence supplémentaire d’une guitare électrique ne nous laisse pas indifférent. Son savoir-faire inégalable se manifeste par des mélodies simples, des musiques irréelles et dramatiques, propices à la rêverie et au voyage. Elles font parfois penser à ce qu’a été capable de faire TANGERINE DREAM dans la deuxième partie des années 1980.

Private Parts & Extra Pieces III est le dernier CD de cette box et propose une multitude de raretés entre compositions inédites et versions alternatives. Malgré une pochette très quelconque par rapport à ce que cette série propose habituellement, le contenu de ce CD est passionnant.

Pour commencer, nous découvrons un titre joué à la stratocaster, High Roller (1992) datant des sessions de New England, le volume 8 de la série. Piano Drama est une magnifique pièce au piano de 1997; ce devait être une longue pièce en trois mouvements prévue pour ce même New England mais qui, à cause de sa complexité, a été hélas  abandonnée au profit d’autres titres au piano (Last Goodbyes, Cathedral Woods, Now They’ve all Gone). Durant la préparation de ce CD spécial, l’enregistrement complet du premier mouvement a été retrouvé et va bénéficier pour l’occasion d’un nouveau mixage.

Sunset Drifter est un morceau très intense, avec cette fusion entre la guitare 12 cordes et la guitare électrique. C’est une de ces pépites que nous devons au duo PHILLIPS – BERRO GARCIA. De ces sessions de 1994, le CD propose d’autres titres : Pablo Dries Out (guitare 12 cordes et guitare classique) et Constellation of Hope (claviers et guitare classique). Nous découvrons ensuite une version instrumentale d’une chanson de 1983, Roads in Between : de ces compositions oubliées des années 1980, certaines étaient déjà apparues sur Dragonfly Dreams.

Comme nous l’avons dit précédemment pour City of Dreams, il y a eu cette période où Ant a essentiellement composé aux claviers. De ces années (2008-2012), quatre pièces figurent ici : Shimmering Peaks, Ocean of Stars, Lost Monolith et Heaven’s Gate.

Les autres inédits couvrent les années 1990-1995 : il y a toujours des pièces au piano (dont Piano Drama Movement III, qui n’a finalement pas trouvé sa place sur Dragonfly Dreams), ou à la guitare 12 cordes (notamment ce Brand New Cadillac qui a vu le jour en 1995 pendant l’enregistrement de She’ll be Waiting). Pour finir, ce CD contient deux versions alternatives de morceaux issus de Dragonfly Dreams : Night Song où il joue du Roland JD 800 (1994), une version spéciale pour un programme de BBC Radio 4 (A Venture too far), et Lost & Found (1992) qui est rappelons-le,  une variation aux claviers de Lostwithiel et la conclusion de Dragonfly Dreams.

Comme vous pouvez l’imaginer, cet objet est indispensable pour les fans ; les nombreux bonus étant la raison principale à son acquisition. Il en était de même avec les box précédentes d’ailleurs. Il  permet aussi et surtout de nous remémorer d’anciens albums somptueux, et de conclure parfaitement une série assez marquante dans l’œuvre d’un musicien discret mais important depuis la fin du XXe siècle.

Cédrick Pesqué

Label : http://esotericrecordings.com/

 

 

 

 

 

 

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