ARIA PRIMITIVA – Work in Progress

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ARIA PRIMITIVA – Work in Progress
(Booster / WTPL Music)

 

Les anniversaires sont généralement l’occasion de revoir la famille ou les vieux potes, mais aussi de faire de nouvelles rencontres inattendues. La seconde représentation live de la création rétrospectiviste 44 1/2 d’ART ZOYD, en décembre 2016 au Phénix de Valenciennes, a ainsi offert l’opportunité à son ancien membre historique Thierry ZABOITZEFF de faire connaissance avec deux jeunes recrues du laboratoire « artzoydien », Nadia RATSIMANDRESY et Cécile THEVENOT, en charge des claviers et autres samplers, et même des ondes Martenot pour la première, bref le nec plus ultra instrumental d’une certaine avant-garde musicale. Avec sa basse, son violoncelle électrique, ses samples et sa voix de goule d’outre-tombe, le « Dr. ZAB » représente l’ancienne génération, qui joue encore sur une lutherie traditionnelle même si adaptée aux élans électriques et aux textures électroniques, mais plutôt « old school » face aux méthodes modernes de travail des deux claviéristes. Qui eut pu penser que ces personnalités avaient des choses à se dire ? Ce fut pourtant le cas, et c’est ainsi qu’a germé dans la tête de Thierry ZABOITZEFF l’idée d’un nouveau projet sous la forme d’un trio, ARIA PRIMITIVA.

À peine un an après la création du groupe, si les choses sont allées vite pour ARIA PRIMITIVA, puisqu’un album est déjà en cours de gestation, et cet EP en est la carte de visite, pour ne pas dire le faire-part de mariage. Sa publication atteste de la frénésie créatrice et de la bonne forme de l’inspiration de Thierry ZABOITZEFF, compositeur attitré des trois morceaux présentés sur cet EP, humblement titré Work in Progress, ce qui sous-entend que les compositions en question sont appelées à évoluer encore d’ici leur gravure sur le futur album proprement dit. Mais pour des « versions de travail », elles sont déjà très présentables, éminemment écoutables et, surtout, fortement goûteuses ! Et ce qui frappe à leur écoute, c’est le lien quasi-ombilical qu’elles entretiennent avec l’univers artzoydien des années 1980-90, mais sans nostalgie aucune dans le traitement.

À l’écoute du morceau d’ouverture, Maidaykali, on retrouve cette même aspiration à mêler des éléments musicaux d’univers distincts dans une même marmite, à enchaîner textures ambient, riff métalliques, programmations industrielles, rythmiques tribales, chant sépulcral et autres « extra-terrestralités » pour engendrer un hybride dense et fiévreux qui en impose à l’oreille. Oui, il y a du ART ZOYD là-dedans, mais pas sur un mode plagiaire, plutôt dans une perspective évolutive, confirmée par le choix d’un son neuf, renouvelé, remodelé, et qui simultanément rappelle certaines heures de gloire tout en faisant montre d’une énergie inédite.

Aria Primitiva, le morceau éponyme, enfonce le clou. Cette pièce à tiroirs déploie ses tentacules structurelles sur près de 14 minutes, prenant moult détours labyrinthiques tout en jouant de la répétition d’un motif mélodique qui pourrait passer pour un chant de travail dans le monde des Munchkinds ou des Schtroumpfs, mais qui révèle bientôt des tentations plus obscures, des sensations plus abstraites, des mirages sonores (des cordes, un accordéon, des chœurs sortis de nulle part…) des doutes hyperboliques aptes à planter l’auditeur au milieu d’un vide ou d’un maelström, avant de reprendre gaillardement son chemin.

Enfin, la troisième pièce prouve que, lorsqu’on parlait de lien ombilical, on n’exagérait pas puisqu’il s’agit d’un nouvelle version de Sleep No More (dont la version originale clôturait le CD Nosferatu), plus épurée mais aussi dûment rhabillée, avec un ZABOITZEFF plus habité que jamais au chant « pythique ». Cette reprise a double fonction : elle évoque un ancrage dans un certain passé tout en s’en servant comme jalon pour tracer une nouvelle route. ARIA PRIMITIVA ne crée pas en faisant table rase, mais cultive un champs immense en combinant anciens et nouveaux procédés d’écriture, de construction.

Ce Work in Progress taille une matière forte, viscérale, et la sertit d’ambiances diversifiées, de contrastes fulgurants, d’articulations tortueuses et de souffles incandescents. Pour capter le « cri » d’ARIA PRIMITIVA, l’auditeur est averti qu’il lui faudra toute son attention. Et à son écoute, il pourra lui aussi se demander : why are we sleeping ?

C’est en tout cas ce qu’on appelle un « starter » gonflé à bloc !

Stéphane Fougère

Site : http://www.zaboitzeff.org/actualite.html

 

 

 

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