ARZ NEVEZ – Canntaireachd

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ARZ NEVEZ – Canntaireachd
(Marzelle)

Que de chemin parcouru pour ARZ NEVEZ, le quatuor à cordes dirigé par le guitariste et compositeur lorientais Yves RIBIS (Alan STIVELL, GLAZ…), depuis sa création en 1998 ! Après un premier album (Pevar en Avel) en 2000, où le quatuor apparaissait « à nu » pour présenter un répertoire de musiques celtiques arrangées pour des cordes, le suivant, Kejadenn (2002), faisait déjà état des métissages entrepris par le groupe, avec introduction d’autres instruments pas forcément à cordes et du chant. Enfin, il y a eu, en 2006, So Close, So Far, fruit d’une audacieuse, inédite et très belle rencontre avec des musiciens népalais, dont le sitariste Bijaya VAIDYA (ex-SUR SUDHA). Depuis, on avait bien cru qu’ARZ NEVEZ avait fait une sortie de route et s’était retrouvé… dans les cordes ! Que nenni, puisque le groupe continuait à se produire sur scène ici et là (en Bretagne, s’entend).

Et voici que débarque Canntaireachd, six ans après son prédécesseur ! Dans ce disque scellant sa renaissance discographique, ARZ NEVEZ cultive toujours les rencontres et les métissages tout en faisant montre d’un extraordinaire et palpitant travail d’arrangement et d’écriture dans son approche des musiques celtiques.

Mais cette fois, outre la guitare d’Yves RIBIS, le violon de Grégoire HENNEBELLE, l’alto de Christophe PELOIL et le violoncelle d’Eric NEDELLEC, le groupe intègre officiellement le percussionniste et spécialiste des tablas Jérôme KERIHUEL et la chanteuse Faustine AUDEBERT, autre valeur montante de la jeune génération bretonne (déjà entendue chez BAYATI, SIN ANTESIA, dans la KREIZ BREIZH AKADEMI, etc.). Elle se fait à nouveau remarquer dans cet album avec ses interprétations d’An Heol A Sav, de Meetig (jeu de mots sur un titre déjà repris par Alan STIVELL) et celle, vraiment magistrale, d’Er Mestr Bambocher.

Tout comme Kejadenn, Canntaireachd est un disque-taverne, où de nombreux amis et même d’anciens membres du groupe (Maud CARON et Gaël LE BOZEC) sont conviés à partager le banquet concocté par Yves RIBIS à partir des modes harmoniques typiques des musiques celtiques, majoritairement bretonne et écossaise. (Le terme « Canntaireachd » désigne du reste l’apprentissage du pibroch, la musique classique de cornemuse.) C’est ainsi que l’on retrouve le violoniste écossais Gavin MARWICK, qui incruste un superbe thème au beau milieu de Kimiad to the Luthier, chanson traditionnelle bretonne popularisée une fois encore par Alan STIVELL, et ici magistralement interprétée par Bleunwenn MEVEL.

Signalons de même le retour de Ross KENNEDY (IRON HORSE, TANAHILL WEAVERS, JURA CEILIDH BAND…), qui avait lui aussi participé à Kejadenn et dont le timbre vocal chaleureux domine la splendide berceuse A Smile in Your Sleep. C’est à lui qu’Yves RIBIS dédie la Suite for Cantereac’h, où s’enchaînent avec brio un lament, un strathspey et un semblant de reel.

Sur l’unique morceau d’inspiration irlandaise, Caslean Na N’Or, ARZ NEVEZ est accompagné par le harpiste et joueur de doudouk italien Vincenzo ZITELLO.

Un disque d’ARZ NEVEZ ne serait pas vraiment complet s’il ne s’ouvrait pas à des musiques autres que celtiques. Ainsi, à partir de thèmes de gavottes empruntés à l’accordéoniste Yves MENEZ (le maître de la « gavotte qui swingue »), ARZ NEVEZ aborde sans broncher les rives du jazz manouche dans Menez. Et enfin, le « Grand Orient » n’est pas oublié avec Lela, sur lequel on retrouve les complices népalais Bijaya VAIDYA (sitar), Rubin Kumar SHESTRA (flûte) et Rajendra Lal KARNA (percussions) pour une nouvelle démonstration de métissage celto-hindouisant du plus bel effet.

En bref, on ne s’ennuie pas un seul instant avec ce quatrième album d’ARZ NEVEZ truffé de surprises ornementales et de trouvailles harmoniques et rythmiques. Canntaireachd confirme la légitimité et l’excellence de la démarche d’Yves RIBIS, lequel a donné naissance à une musique bretonne « de chambre », c’est-à-dire qui s’accommode fort bien d’une écoute domestique sans forcément cesser de taper du pied et d’esquisser quelques pas, et qui rabiboche mélomanes et danseurs.

Stéphane Fougère

Site : http://arznevez.com

 

 

 

 

 

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