BAND OF DOGS – Band of Dogs

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BAND OF DOGS – Band of Dogs
(Le Triton / L’Autre Distribution)

 

L’histoire de BAND OF DOGS, un duo rythmique, et du Triton, fameux club francilien dédié au jazz de pointe et aux musiques progressives, aurait pu donner lieu à une comédie-soap du genre « Un lieu, un groupe ». Mais la route commune tracée a donné lieu à une production qui tient davantage du film d’aventure en technicolor. Ça a déjà plus de gueule, non ? Je vous vois venir alors je vais vous la faire, comme ça on en parle plus : oui, ça a du chien ! Et même deux chiens ! Mais l’énergie qu’ils dégagent donnent l’impression d’avoir affaire à une meute entière ! BAND OF DOGS, donc. Et comme bon chien chasse de race, il n’est pas inutile de rappeler que les deux clebs en question, Philippe GLEIZES le batteur et Jean-Philippe MOREL, le bassiste (et « effecteur spécial » !), s’accomplissent, se soutiennent, s’émulent et se dépassent hors des niches stylistiques depuis pas mal de temps, ayant déjà rongé leurs moelles jusqu’à l’os dans plein de projets époustouflants (KNOCK, UNITED COLORS OF SODOM, KHOLKHOZE PRINTANIUM…). Cette BAND OF DOGS n’étant pas du genre à se contenter des petites promenades pi-pisses avec la laisse en main avant de faire cou-couche-panier, le Triton a opté pour le « lâcher de chiens » !

C’est ainsi que, durant l’année 2015, la salle des Lilas a donné « quarte blanche » à ce duo « drums et basse », lui permettant d’effectuer plusieurs concerts durant lesquelles il pouvait exhiber à loisir ses esprits canins. Ce disque se veut un résumé en même temps qu’une synthèse de cette aventure. Mais ne vous attendez pas pour autant à écouter un disque didactique d’exercices purement rythmiques, du genre « voyez comme on est balaises, faites-en autant, tiens ! » Ce n’est pas le propos. Comme écrit plus haut, ce disque raconte une histoire, une saga presque, et avec plein de rebondissements s’il vous plaît, et autant d’invités.

Car le BAND OF DOGS a profité de cette quarte blanche « tritonale » pour inviter à chaque concert un soliste différent, auquel il a offert son tapis mouvant de trames rythmiques enragées, tendues, flottantes, grogneuses ou survoltées, et surtout improvisées. Comme on peut s’en douter, GLEIZES et MOREL ont convié des chiens fous aux canines longues qui leur ressemblent : Bruno RUDER au Fender Rhodes, Émile PARISIEN au saxophone soprano, Marc DUCRET à la guitare, Hugues MAYOT au saxophone ténor, Vincent PEIRANI à l’accordéon, Aymeric AVICE à la trompette et au bugle, Médéric COLLIGNON au cornet, au clavier et aux vocaux, et Thomas De POURQUERY au saxophone alto et aux élucubrations verbales ont ainsi partagé leur goût pour l’aventure buissonnière, la verve exploratoire, la démence énergétique et l’envolée vibratoire.

Ce disque ne s’écoute cependant pas comme un simple « best of » de ces soirées orgiaques pour ménages à trois même si, à la base, il est effectivement constitué d’extraits de chacun de ces concerts. Mais à partir des bandes enregistrées par le Triton, BAND OF DOGS a conçu une énorme fresque de plus d’une heure qui enchaîne ces extraits de frasques spontanées – c’est donc une fresque de frasques ! – de manière quasi ininterrompue, sauf peut-être au beau milieu du CD, après Restless Times 2, recréant l’illusion de deux « sets » dans lesquels les invités seraient venus ajouter leurs sons et leurs marques à tour de rôle.

Du coup, le disque donne à écouter un concert qui n’a jamais eu lieu, un « fantasme de concert » qui, rassurez-vous, restitue pleinement l’expérience musicale qui a été donnée à vivre aux auditeurs présents. Sauf qu’on transcende ici le simple phénomène du « bœuf improvisé » pour aboutir à une épopée certes montée et étagée a posteriori, mais qui transpose l’intensité et la densité du ou des moments vécus dans une dimension narrative qui en prolonge et en métamorphose l’écho d’une manière bien plus pérenne en plus d’être cohérente. C’est dire si on n’a pas le temps de s’ennuyer en suivant ces 19 fragments d’une faïence musicale (oui, oui, des chiens de faïence, bien sûr, bien sûr…) qui dope une proposition de base jazz à coups de jets métalliques, de transes « drum n’ bassiques », d’hallucinations « zeuhliennes » et de vaticinations poétiques.

Et pour renforcer ce côté « conceptuel », les séquences assemblées ont été affublées de titres à doubles fonds, sortes de duplications ou variantes sur le nom du groupe qui débouchent sur des clins d’œils cinématographiquement ou télévisuellement référentiels (Game of Gods, Gang of Gods, Gang Bang of Gods, Last Dog on Earth, Thunderdogs… – il manque juste Reservoir Dogs !), confinant presque à la réflexion biaisée sur le thème du double et du multiple (Cosmic Three, Cosmic Twins, Cosmic Tree…). Bref, on s’amuse bien entre chiens, mais quand on invite de surcroît des cochons et des singes, on vous laisse imaginer l’état de la ferme (ou du zoo) en fin de nuit… Vous préférez ne pas le voir ? C’est dommage, cela risque de vous laisser sans voix (d’où sans doute la référence au Silencio lyn…chien !).

Avec BAND OF DOGS, on écoute bien plus qu’un disque de jazz français « pantouflardement » calibré, mais plutôt une force motrice qui brouille les radars et pulvérise les codes. Ce disque permet en outre de sortir en BAND tout en restant chez soi. De toute façon, sur Terre, il y a deux sortes de disques : des disques à chier, et des disques… à chiens ! Au moins, avec celui-là, vous ne risquez pas de tomber sur un os.

Stéphane Fougère

Label : www.letriton.com

 

 

 

 

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