Christian VANDER – Les Cygnes et les Corbeaux

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Christian VANDER – Les Cygnes et les Corbeaux
(Seventh Records)

Au début des années 2000, l’heure est à l’achèvement des grandes œuvres sur Kobaia. Alors que MAGMA a enfin gravé l’intégralité de la trilogie Theusz Hamtaahk et a commencé à revisiter des pièces d’Ëmëhntëht-Rê, Christian VANDER a mis la dernière touche à un opus qu’il lui a fallu une quinzaine d’années pour écrire (de 1982 à 1997) et quatre ans pour enregistrer : Les Cygnes et les Corbeaux.

Cette œuvre s’inscrit dans le prolongement de Purificatem, un morceau-phare du répertoire d’OFFERING. C’est du reste avec ce groupe que Christian VANDER a déjà joué Les Cygnes et les Corbeaux, qui n’a cessé d’évoluer du fait des ouvertures que cette fresque suscite. Il fallait cependant bien se fixer certaines limites pour en graver une version, qui n’est cependant qu’une proposition parmi d’autres. Preuve en est que ce disque a failli sortir sous le nom MAGMA, ce qui démontre bien que, dans l’esprit de VANDER, cet opus se prête à plusieurs configurations et peut revêtir des couleurs différentes.

L’album est finalement sorti sous le seul nom de Christian, en toute légitimité puisque c’est lui qui a assuré le chant, le piano acoustique et le Fender, le tambourin, les programmations et le mixage, grandement secondé par Stella VANDER (voix, choeurs, programmations, mixage) et Francis LINON (enregistrement, montage, mixage).

On notera çà et là la participation de membres des VOIX DE MAGMA aux chœurs (Isabelle FEUILLEBOIS, Julie VANDER, Bénédicte RAGU, Virginie COUTIN, Bertrand CARDIET, Alex FERRAND) et aux claviers (Pierre-Michel SIVADIER). Chants, chœurs et claviers prédominent.  Il était question de faire intervenir un orchestre symphonique, qui, faute de moyens, a été reconstitué virtuellement par les claviers. C’est donc en fait une multitude de « voix » qui se donnent à entendre dans cet opus étalé sur 65 minutes. Par contre, pas de batterie. (Ça y est, je viens de perdre une bonne moitié de lecteurs ! Tant pis, seuls les « intacts » subsisteront !) 

Divisé en quatre parties et chapitré en vingt-sept séquences enchaînées, Les Cygnes et les Corbeaux est donc un conte aérien dont le scénario est narré dans le livret, illustré par l’immense fresque picturale de Florence NANNONI, également auteur de l’étonnante pochette, à laquelle le format « vinyl réplica » du CD sied parfaitement. Cette œuvre se caractérise par sa teneur vibratoire, qui ne faiblit à aucun moment, et par la liberté de ses mouvements, qui s’épanouissent en autant de spires ascendantes et descendantes, chutes et envols, quiétudes et déchaînements, tous remarquablement maîtrisés.

Car en dépit de ses consonances free et de ses aspects un brin kitsch, Les Cygnes et les Corbeaux témoignent d’un titanesque travail d’écriture et d’arrangements. Et ses teintes n’oscillent pas seulement entre le noir et le blanc, comme peut le laisser penser son titre. Beaucoup d’oiseaux se sont joints à l’épopée… Certes, en raison de sa nature synthétique, l’orchestre fait de violons, contrebasses, flûtes, clarinettes, trompettes, harpes, xylophones, cloches , timbales, etc., n’a pas l’épaisseur sonore d’un réel orchestre, mais en revanche les parties de chants et de pianos de Christian et Stella VANDER sont extraordinaires de discipline, de relief et aussi de souffle. Il n’y a pas à craindre les excès d’auto-complaisance auxquels OFFERING ou son mentor pouvaient se laisser aller parfois.

Les Cygnes et les Corbeaux sont avant tout une histoire de respiration. Souffles et chants, boucles et cris, couleurs et spirales rythment cette tapisserie ailée qui exhorte à l’abandon total… Il ne faut pas ici chercher à comprendre, il faut seulement épouser les mouvements de cette ménagerie volatile, plonger dans ces horizons célestes aux suaves turbulences.

On peut l’écouter comme on se laisse raconter une histoire linéaire, ou l’écouter de l’intérieur, se mettre à l’écoute de ce qui anime cette épopée aux volumes chamarrés et diaphanes.

Stéphane Fougère

Label : https://www.seventhrecords.com/christian-vander-21/christian-vander-les-cygnes-et-95.html

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°12 – décembre 2002)

 

 

 

 

 

 

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