COSTES et KAD – Trompettes

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COSTES et KAD – Trompettes
(Eretic Art)

Au sein de la prolifique discographie de Jean-Louis COSTES (plus de 100 sorties à ce jour), les albums de collaboration sont finalement peu nombreux. Outre la demi-douzaine publiée avec sa comparse américaine, Lisa SUCKDOG, à la fin des années 1980, on en dénombre uniquement une petite dizaine depuis lors.

Sur Trompettes, sorti en 2016, c’est avec le joueur de cuivres KAD (trompette, saxhorn baryton, clairon, bugle et cornet à pistons) que COSTES a composé l’album. Cette collaboration musicale fut relativement équilibrée, puisque chacun a composé des musiques sur lesquelles l’autre à rajouter ses propres éléments. Les morceaux à l’initiative de COSTES conservent leur côté pop minimaliste, mais en moins noise que sur certains de ses albums solo, tandis que ceux composés par KAD amènent une touche acoustique et orchestrale tout à fait singulière. Le tout demeure pourtant très homogène, lié par les parties vocales si caractéristiques de COSTES, chantées, parlées ou braillées.

Pour ce qui est des paroles, si COSTES explore souvent de long en large un thème précis au fil d’un album, sur Trompettes les sujets abordés sont plus variés, même s’ils demeurent typiquement “costiens”. On n’échappe donc pas à quelques délires scatologiques, au sexe forcément, mais l’enfance est aussi évoquée sur plusieurs morceaux, ainsi que la lutte entre le bien et le mal et, évidemment, l’amour et les femmes.

Comme le diable se cache dans les détails, je propose de céder au plaisir d’un art qui se perd : l’analyse titre par titre. 

Dans mon pays introduit l’opus avec une composition de COSTES, tout en nappes électroniques et piano enveloppés par les cuivres légers de KAD, pour un hymne sensible à la famille et la patrie : « Dans mon pays, les femmes enceintes sont jolies. Dans mon pays, les enfants joyeux se multiplient. Dans mon pays, les vieillards sont respectés, et sourient. Dans mon pays, les hommes ont des pioches et des fusils. »

La Chanson des solitaires est une ritournelle joviale qui prône l’union de tous les onanistes face à l’isolement : « Ne t’en fais pas, je suis comme toi. Je vis tout seul, j’me branle tout seul. Surtout ne crois pas qu’on est les seuls. On est des milliards, tout seul dans le noir. » Personnellement, ce morceau me donne tout simplement envie de danser la ronde avec mes copains, plutôt que de me branler tout seul dans mon coin.

Madame Zizi et Monsieur Vagin est une composition de KAD, où tous ses cuivres sont à l’honneur, et sur laquelle COSTES nous délivre une chansonnette en forme de récit anal et ludique : « Oh ! Quel beau caca ! Qui a fait ce beau caca ? C’est Monsieur Vagin et Madame Pipi. » Madame Zizi est devenue Madame Pipi car, oui, les voies de COSTES sont impénétrables. Seul un autre élément musical intervient en fin de morceau, une mélodie au vocoder qui, alliée à la rythmique cuivrée, me remplit de félicité à chaque écoute.

Ambiance sonore de manifestation et slogans de cortège entourent la fanfare de KAD sur Fausses Révolutions. L’esprit militant emmerde COSTES plus qu’autre chose : « Ah putain ! Ils font chier, j’vais être en retard pour baiser ma meuf. Ah putain ! Ils font chier, j’ai pas tiré mon coup, ils méritent des coups. » Pour COSTES, la révolution n’est qu’une manipulation, et il préfère garder pour lui sa solidarité, se moquant des contestataires de tout poil. On est tous des salauds individualistes, voilà la morale de cette chanson.

Le plus fort est le plus gentil commence mal : vol, agression, viol. Cette fable, au rythme entraînant mais à la mélodie teintée de spleen, se termine bien malgré tout, car au pays de COSTES « l’enfant joyeux est bien plus fort que le tueur vicieux ».

Comptine de chambre, Le bien vaincra le mal est un de ces morceaux où COSTES se pose en authentique artisan de chanson française : « Ok y’a les guerres, ok y’a les misères, mais y’a aussi les enfants qui sourient. Ok y’a les guerres, ok y’a les misères, mais y’a aussi les amants qui jouissent. » Son réalisme premier degré est salutaire, car nous sommes seulement des humains que l’injustice rend souvent fous.

Vite un Viagra ! nous pousse à une danse endiablée avec le petit feeling jazzy qu’apporte l’instrumentation de KAD. COSTES implore : « À chaque fois c’est pareil… Je bande dur pour elle, mais dès qu’elle se fout à poil, je débande. Merde… vite un Viagra ! » Dans le genre, les paroles crues de ce titre sont simplement un millésime.

La Vengeance des enfants raconte le cauchemar d’un enfant témoin du meurtre de ses parents et sa soif de revanche. Quand la colère s’empare de l’enfant, COSTES hurle, et la marche funèbre se fait plus noise : « Quand je serais grand, je me vengerai. La Vengeance des enfants, promis juré ! »

La Chatte de mémé est de ses chansons qui n’en sont pas. Sketch sonore théâtralisé, COSTES a enfin trouvé ce qui l’a traumatisé pour en arriver à faire ce qu’il fait : c’est la chatte mal rasée de sa mémé, dont les poils sortaient du maillot à la plage en été. Cette composition de KAD est en partie déconstruite par COSTES, les cuivres sont parfois hachés et dupliqués, et le rendu final est assez expérimental, mais totalement jubilatoire.

L’introduction au clavecin lancinant de La Princesse nue ramène un peu de quiétude après la loufoquerie du titre précédent, et les cuivres confortent l’ambiance médiévale de ce morceau. Cette ode étrange à la féminité met en valeur la poésie délicate et provocante dont seul COSTES a le secret : « Il paraît que la femme moderne, ouverte à tous les spermes, est bien plus heureuse que ma grand-mère très pieuse. La princesse nue pleure dans le lit sanglant. »

Comme Gaspard Noé, mais mieux est un autre morceau-sketch ou COSTES délire sur une sorte de musique de film imaginaire. Débloquant de plus en plus, il éructe : « Y’a même des meufs à poil, sans déconner ! Y’a même des gros plans de chattes dedans ! J’te jure, c’est grave trash ! C’est comme dans le film de Gaspard NOÉ, mais c’est mieux fait putain ! » L’hystérie progressive de ce titre évoque indéniablement l’énergie de ses opéras porno-sociaux.

Je bande pour ton cul démarre tout en ambiance de cuivres indolents, avec un COSTES qui s’épanche avec délicatesse : « J’sais pas comment dire tu vois… j’l’ai vue, puis voilà quoi. Elle m’a plu, j’sais pas pourquoi. Genre son cul, ok, un truc quoi. Son sourire, j’sais pas… Enfin bon, j’ai eu l’impression qu’elle avait un truc spécial quoi. » Rêvons-nous ? Enfin du lyrisme, enfin de l’introspection amoureuse sincère ! Mais non : « Enfin tu me diras, le truc spécial d’une meuf, c’est sa chatte en fait. » Ah ! Quelle déception… La frustre lucidité de COSTES aura encore une fois eu raison de l’éternel féminin…

Avec sa rythmique guillerette et ses cuivres dansants, Martine philosophe avec légèreté sur le délitement du désir et de l’amour : « Tu traînes en tongs entre le lit et l’ordi. Plus jamais tu ne souris, et tu te fous bien de ce que je dis. » COSTES, psychothérapeute trash de son propre couple finira seul, terrassé par une crise cardiaque en se branlant une ultime fois, pendant que Martine le trompe avec son amant : « Personne pour appeler les pompiers… J’entends les enfants pleurer. » COSTES a complètement renouvelé le concept même de la chanson d’amour, c’est pour ça que c’est un génie.

Y’a une fille, sur un fond de cuivres sautillants mais développant un thème musical plutôt mélancolique, relate une histoire d’amour oubliée. COSTES s’interroge sur des messages que cette ancienne amoureuse lui envoie : « Peut-être qu’avec son mec ça a pas marché. Peut-être que finalement elle regrette. » COSTES trouve ça bizarre malgré tout : « Elle regrette le temps où on s’aimait. Le premier baiser. La première queue dans la chatte. Le sang sur l’oreiller. L’alcool vomi sur les draps. » Non, COSTES n’y croit pas, car il se rappelle les moqueries de son ancienne dulcinée. COSTES le puceau impuissant ne nous épargne rien de ses mauvais souvenirs. La chanson ne dit pas s’il a rappelé cette fille qui l’aurait en fait toujours aimé en secret : « Flippant de retourner dans le passé. »

COSTES a mal partout et se sent déprimé sur le très déstructuré Plus envie de smilis. Électronique claudicante, notes de piano éparses et saillies de cuivres disparates portent les cris de COSTES : « Arrêtez de liker ! Arrêtez de m’aimer ! Arrêtez de liker ! Je sais que vous mentez ! »

La musique militaire enjouée de Allons marchons nous entraîne, la fleur au fusil, jusqu’à la fin de l’album : « Au milieu de la nuit, on voudrait mourir. Mais vient le matin, du soleil sur le lit. Et on s’lève. Un slip, un café et c’est r’parti. » Des cuivres fringants et un petit effet d’arpeggiator suffisent à faire de cette chanson faussement insouciante la parfaite conclusion de ce disque.

Avec Trompettes, COSTES et KAD nous proposent un disque varié et mélodieux, qui invite à rire autant qu’à réfléchir. Certes, il ne faut pas avoir les oreilles trop chastes pour pouvoir endurer certains des textes les plus explicites de COSTES mais, pour tout amateur de curiosités musicales, cet album est indéniablement à découvrir.

Cyril Adam
Remerciements à Kad et Éric Duboys

Site : http://www.costes.org/

Label : http://shop.eretic-art.com/

 

 

 

 

 

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