DENEZ – Stur an Avel

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DENEZ – Stur an Avel
(Coop Breizh)

Depuis son retour en 2015 après plus d’une décennie de quasi-silence discographique, Denez PRIGENT, ou simplement DENEZ, comme il se fait désormais appeler, est devenu très prolifique. Stur an avel (Le Gouvernail du vent) est en effet le troisième album studio à paraitre depuis 2015 et même le cinquième album si l’on prend en compte les deux enregistrements publics. DENEZ avait surpris en 2020 en publiant le CD Trañs, issu du concert donné quelques mois plus tôt au Festival Yaouank de Rennes. Il s’agissait alors d’un spectacle ouvertement électro donné sous le nom de DENEZ TEKNOZ PROJEKT. On se demandait donc vers quel paysage musical DENEZ allait bien pouvoir nous entrainer ensuite. Cette fois, l’artiste revient à un projet moins connoté et de facture plus classique? même s’il réserve une part de surprises.

C’est bien sûr dans sa langue, le breton, que s’exprime DENEZ tout au long de cet album. Les paroles reflètent souvent la douleur, le désenchantement sans que l’ensemble ne sombre néanmoins dans l’accablement. DENEZ a d’abord enregistré les voix, et l’habillage sonore est ensuite venu se bâtir autour de ces voix.

Toujours modelé par James DIGGER, l’électro est très présent, quasiment tout au long de l’opus, lui donnant son atmosphère générale, mais il n’en est pas le but ultime. Le chanteur a à nouveau pu compter sur la participation de nombreux intervenants que ce soit au chant ou aux instruments. Qui plus est, il est également l’auteur du magnifique dessin, représentant un vaisseau mi-navire mi-arbre, qui orne la pochette du CD.

Le premier titre dévoilé a été le surprenant Waltz of Life. S’agissant comme son nom l’indique d’une valse, l’artiste s’éloigne là de son répertoire traditionnel. La chanson démarre par un duo bilingue breton-anglais entre DENEZ et la chanteuse de country bretonne Aziliz MANROW, accompagné de violons et soutenu par une rythmique électro percutante sans être trop lourde. Puis une cassure s’opère lorsque qu’intervient, en solo, un invité insolite, le rappeur Oxmo PUCCINO. Ensuite, le final instrumental est étourdissant. Ce mélange des genres étonnant et détonnant sied finalement bien à la philosophie à laquelle nous a habitué DENEZ depuis trente ans. Sur An avel a-benn (Dans le vent contraire), la tension va crescendo jusqu’à son paroxysme lorsque surgit la KEVRENN ALRE, le bagad d’Auray.

Nouveaux venus, Youn KAMM fait résonner sa trompette sur Pennoù kelc’hiet (Têtes auréolées) tandis que Jean-Baptiste HENRY apporte les sonorités du bandonéon sur C’hwervoni (Amertume). Tous deux se retrouvent ensuite sur le final de Kraoñenn Kerzaonet (Le Noyer de Kerzaonet).

Déjà présent sur Mil hent, le précédent album studio en 2018, Yann TIERSEN récidive à la composition et, entre autres, au piano sur Kantreadenn (Errance) et Gant ar red (À la dérive). Ar rouanez ganibal (La Reine cannibale) est un long titre sur lequel claviers et machines instaurent une atmosphère dramatique sur les parties chantées tandis que bombardes et cornemuses désamorcent cette gravité sur les ponts uniquement musicaux.

Si DENEZ est le hérault de la gwerz, cette complainte emblématique de la culture bretonne, il n’en oublie pas pour autant les titres dansants. Sur ce point, An hentou-tro (Les Chemins de détour) ne manque pas de piquant, grâce notamment à la guitare de Jean-Charles GUICHEN et la cornemuse irlandaise de Ronan LE BARS. Avec Ar grampouezhenn-nij (Le Vol des crêpes) sur un thème que l’on pourrait qualifier sans jeu de mot de léger, on retrouve les musiciens qui officiaient pour le DENEZ TEKNOZ PROJEKT, à savoir  James DIGGER, Fred GUICHEN (accordéon diatonique) et Antoine LAHAY (guitare).

Stur en avel est un disque sans doute plus sombre que les précédents. Il n’en demeure pas moins un album excellemment produit et aux arrangements très travaillés.

Didier Le Goff

Site : www.denezprigent.com

Label : www.coop-breizh.fr

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