DÉSACCORDES – In C (Terry Riley)

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DÉSACCORDES – In C (Terry Riley)
(Muséa/Gazul)

L’ensemble DÉSACCORDES est dirigé par Erik BARON, qui avec sa basse électrique, explore autant les musiques improvisées (il a collaboré avec Noël AKCHOTE, Jac BERROCAL, Charles TYLER…) que la musique contemporaine (STOCKHAUSEN, KURTAG…). Il a aussi joué aux côtés de l’inclassable Kasper TOEPLITZ. DÉSACCORDES compte aussi dans ses rangs Philippe CAUVIN, illustre guitariste de UPPSALA dans les années 70/80 et auteur du très réputé Climage (1982), récemment réédité par Muséa.

Le premier album de l’ensemble, Cordeyades (CIP Audio / Orkhêstra, 2004), a été comparé à la fois aux travaux de Robert FRIPP, Kasper TOEPLITZ, Steve REICH, Brian ENO et Glenn BRANCA. Avec un pedigree pareil, DÉSACCORDES pouvait s’estimer prêt à attaquer In C, l’une des œuvres fondatrices de la musique minimaliste répétitive, écrite par Terry RILEY en 1964.

En effet, In C s’impose aujourd’hui comme l’une des œuvres les plus appréciées et les plus jouées de la musique contemporaine américaine. Les différentes interprétations disponibles sur disque se font aussi tous les ans un peu plus nombreuses. La version “étalon”, la première à avoir été gravée sur disque, date de 1968 pour CBS, une major alors ouverte à l’innovation qui avait engagé David BEHRMAN comme producteur !

La version de 1989, In C with the Shanghai Film Orchestra, pour instruments traditionnels chinois, mixée par Brian ENO, Jon HASSELL et Terry RILEY lui-même, a aussi eu un certain retentissement. Notons aussi celle plus récente du BANG ON A CAN ALL STARS, publiée en 2001 sur leur label Cantaloupe. L’ensemble DÉSACCORDES a d’ailleurs en commun avec le BANG ON A CAN une volonté de métissage entre musique contemporaine et rock. Et ça fait un bien fou de savoir que l’on peut maintenant compter sur eux dans notre hexagone un peu cloisonné !

Mais revenons à notre “en do” (traduction française de “in C”). La partition d’In C ne comporte qu’une seule page comportant 53 motifs. Deux pages d’instructions l’accompagnent. Les motifs doivent être joués et répétés par chaque musicien dans l’ordre qui lui convient et autant de fois qu’il le désire. Chaque musicien a la liberté de choix de son instrument. Les motifs répétés doivent être accompagnés d’une pulsation rythmique régulière en do majeur.

Ce mélange d’indétermination et de liberté laissée aux musiciens (Terry RILEY est lui-même un improvisateur), appuyé par une pulsation rythmique (un repère appréciable pour le public, averti ou non), a réussi à réunir l’avant-garde et le grand public autour d’une même pièce. Pour son interprétation, l’ensemble DÉSACCORDES est composé de 22 guitaristes (acoustiques, électriques et basses), 2 violoncellistes, une harpiste, un percussionniste et un batteur. Le tout est dirigé par Erik BARON, saisissant lui-même sa basse au moment jugé opportun, puisque de toute façon, l’harmonie de l’ensemble doit se faire plus ou moins naturellement, les participants devant s’écouter les uns les autres. Et ça fonctionne parfaitement !

Leur version montre une fois de plus la formidable adaptabilité de cette composition de Terry RILEY, ainsi que la richesse de timbres et de sensations qu’elle peut engendrer. Du fait des instruments utilisés un certain dépouillement transparaît. C’est plutôt appréciable, les versions enregistrées par le passé souffraient justement d’une certaine surcharge. Et puis ce dépouillement est très relatif. Les notes des quelques 25 instruments à cordes fusent, s’entrecroisent et s’accumulent en strates successives, soutenues au final par la batterie.

In C par DÉSACCORDES se passe en boucle, chaque écoute révélant de nouvelles sensations acoustiques. L’un des objectifs premiers de la musique minimaliste répétitive est donc atteint : exploser la notion de temps et jouer la musique pour l’éternité !

Eric Deshayes

Label : www.musearecords.com

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°19 – mars 2006)

 

 

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