DUO MONTANARO – Ki

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DUO MONTANARO – Ki
(In/Ex Music)

Ki est le genre de disque qui pousse à se demander si la musique est vraiment faite par des musiciens ou si ces derniers ne sont pas plutôt « faits » par les musiques qu’ils croisent, rencontrent, assimilent, digèrent et s’imprègnent. La question est d’autant plus rémanente dans le cas du DUO MONTANARO que le père et le fils sont connus pour être des âmes pérégrines, des sculpteurs de sons nomades, bien qu’issus de musiques fortement enracinées. Mais là où certains voient les racines comme des chaînes et passent leur temps à se demander quelle serait la meilleure façon de s’enchaîner, eux voient dans ces racines des fluides véhiculant une sève créatrice qui les poussent sur les chemins de la liberté.

Aux antipodes de la vaste confrérie musicale que représente le collectif VENTS D’EST, qui les a assurément révélés à un plus grand public, Baltazar et Miqueù MONTANARO ont choisi de s’exprimer ici en toute intimité, avec leurs instruments respectifs : le violon et le violon baryton pour le premier, et les flûtes (notamment la fujara slovaque et la dvojnica serbe et hongroise), le galoubet-tambourin et la guimbarde. (L’accordéon, pourtant présent dans le premier opus du duo – sorti en Hongrie en 2009 – n’a cependant pas été retenu pour Ki.)

À l’économie de personnel fait donc écho une économie de moyens pour voyager à la fois plus léger et plus loin. Le lien familial, porteur d’une complicité distinctive, entre les deux musiciens ajoute un grain particulier à l’identité artistique de ce recueil de pièces instrumentales qui a des allures de quête existentielle. « Ki », mot hongrois, désigne en français l’extérieur, désignant ainsi un rapport, un questionnement face au monde environnant, celui-là même dont les inconstances saupoudrent de sel et de poivre les petites vies humaines dans des proportions jamais égales d’un individu à l’autre. En retour, c’est ce rapport au monde extérieur qui dessine les évolutions intérieures et amènent les porteurs d’âmes à se demander « ki » ils sont… Sauf que, dans le DUO MONTANARO, le discours philosophique se déleste des mots et se noue et se résorbe en une suite de notes musicales, de sons ouvragés, d’approches de jeu serties au contact de différentes partitions… ou à l’abandon de toute partition !

Ainsi les dix pièces de Ki sont-elles scrupuleusement composées, mais non « bunkerisées ». Les MONTANARO ne cherchent pas à rentrer dans un moule traditionnel ou folklorique préfabriqué (ont-ils jamais cherché à le faire ?). Mais les empreintes, les saveurs, les fragrances, les centres névralgiques de ces musiques provençales, méditerranéennes et est-européennes pour Miqueù et de la musique classique et hongroise pour Baltazar (et encore, on schématise !) sont indéniablement présentes dans ces compositions épurées dont la nature poreuse autorise les divagations spontanées, les écarts inventifs, les à-côtés aventureux…

De mélodies étagées en couleurs visionnaires, de contes exhumés d’une culture lointaine en danses pétulantes ou meurtries, de murmures en arabesques, de lignes de fuite en cris de lutte, de soupirs continus en points d’exclamations, Ki raconte les inflexions d’une mémoire vive duelle en forme de passage, de passerelle entre les histoires et les géographies, les lieux et les gens, les ancrages et les envols. Imaginogène, toujours…

Site : www.compagnie-montanaro.com

Stéphane Fougère

 

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