Ensemble KHAN BOGD – Ayalguu, Mongolian Impressions (Vol. 1) – Magtaal, Höömij (Vol. 2)

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Ensemble KHAN BOGD – Ayalguu, Mongolian Impressions (Vol. 1) –
Magtaal, Höömij (Vol. 2)
(Face Music)

Ça ne doit plus être un secret pour tout amateur de musiques traditionnelles asiatiques : le label suisse Face Music, dirigé par Albi, n’a pas son pareil pour dénicher des formations aux répertoires profondément enracinés, faisant montre d’une connaissance et d’une maîtrise artistique impressionnantes. C’est en l’occurrence en Mongolie que nous font voyager ces deux CD. Après les ensembles TUMBASH et TEMUZHIN, c’est au tour de l’Ensemble KHAN BOGD, originaire d’Oulan-Bator (capitale de la Mongolie), d’enregistrer pour Face Music.

Ce groupe ne doit pas être tout à fait un inconnu pour le public français, puisqu’il s’est déjà produit en tournée à l’été 2005 dans quelques lieux et festivals bien inspirés, dont Les Orientales de Saint-Florent-le-Vieil. Groupe à géométrie variable, KHAN BOGD peut, dans le meilleur des cas, compter jusqu’à 14 musiciens, chanteurs et danseurs (dont un contorsionniste).

Pour bien mettre en évidence l’étendue du répertoire et des talents de KHAN BOGD, Face Music nous propose deux CD sortis conjointement, chacun étant axé sur un aspect bien précis des formes musicales de la tradition mongole.

Le Vol.1 présente ainsi une sélection de chants courts (“bogino duu”) et de chants longs (“urtyn duu”) vantant, comme il est de coutume, les beautés et les mérites de la nature, des steppes mongoles, de ses fleurs et de ses rivières, mais aussi narrant la vie et le destin d’hommes, de femmes, de couples, ou évoquant des animaux, à commencer bien entendu par le cheval, principal moyen de locomotion des nomades pendant des siècles !

Ce que l’on nomme les chants courts se distinguent par leur caractère improvisé et satirique, et leur aspect strophique, syllabique, leur rythme fixe et leur absence d’ornementation. Les chants longs, pour leur part, se caractérisent par leurs mélismes, leurs tempi lents, leur mélodies étalées, leurs larges intervalles, leur ornementations profuses et leur absence de rythme fixe.

Histoire de compliquer un peu les choses, on va jusqu’à distinguer trois sous-catégories de chants longs : les chants “vraiment” longs, les chants longs usuels, plus courts, et les chants longs… très courts ! Ce premier volume met particulièrement en valeur la riche panoplie expressive de la chanteuse Duuren UURINNTUYA, dont la voix claire et haute projette toute l’immensité spatiale des steppes. Pas de doute, c’est une voix qui porte loin !

Selon les morceaux, elle est accompagnée par un ou plusieurs musiciens jouant la vièle à tête de cheval “morin-khuur”, le dulcimer “yoochin”, la flûte “limbe”, le hautbois “surnai”, la cithare “yatga” et la vièle “khuuchir”, bref une instrumentation 100 % acoustique et typiquement mongole.

Le Vol.2 fait la part belle aux chants de prières “magtaal”, qui sont généralement interprétés en l’honneur des dieux lamaïstes et des esprits de la nature, sous leur forme animale ou encore environnementale (montagnes, rivières…). Encore très pratiqués de nos jours à l’Ouest de la Mongolie, ces chants peuvent atteindre des durées fort généreuses, comme cette prière épique à Gengis Khan qui s’étale sur vingt minutes. Les séquences instrumentales y sont notablement plus développées que sur le premier volume, et l’on a droit à d’alertes envolées de morin-khuur.

On notera également l’usage de percussions type tambour chamanique “tuur”, crécelle “shigshuur”, cymbales “damar” et cloches “denshig” dans le morceau de clôture (Khan Bogd Magtaal) qui inclut des extraits de rituel chamanique. Et surtout, ce sont cette fois les timbres vocaux masculins qui sont privilégiés.

Outre ces chants de louanges, le CD contient également de belles performances de chant guttural «”höömij”, que l’on ne présente plus et qui est décliné ici sous de multiples variations toutes aussi éloquentes les unes que les autres.

Les néophytes auraient peut-être préféré découvrir l’Ensemble KHAN BOGD avec un seul disque compilant les différents aspects de leur vaste connaissance traditionnelle. La rigoureuse exposition thématique ainsi que la durée exhaustive de chaque CD les consacrent avant tout à un public déjà averti et érudit de ces musiques, qui trouvera là de quoi approfondir son exploration du décidément riche répertoire oral de Mongolie.

Cela dit, quitte à être exhaustif, l’intégration d’une piste CD-ROM ou la création d’un petit DVD montrant les danses exécutées par le groupe lors de ses spectacles aurait pu être également envisagé, car ces traditions musicales restent encore peu représentées en images.

Stéphane Fougère

Label : http://face-music.ch

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n° 20 – mars 2006)

 

 

 

 

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