FAMILHA ARTÚS – Òmi

28 vues
Print Friendly, PDF & Email
FAMILHA ARTÚS – Òmi
(Modal Pleinjeu / L’Autre Distribution)

Impossible de découvrir de quelle planète venait la FAMILHA ARTÚS, avant que leur vaisseau atterrisse dans un champ à l’insu de tous près d’un petit village de Gascogne… Il y a sûrement longtemps que la “Familha” est installée sur Terre, puisque ses jeunes enfants chantent à merveille dans la langue gasconne et ont rapidement adopté la musique traditionnelle du pays et ses instruments : la flabuta (petite flûte traditionnelle à trois trous de la chaîne pyrénéenne), la sonsaina (vielle à roue), la boha (cornemuse landaise), les percussions gasconnes. Ils ont de plus intégré à leur musique une basse, un vinaigrier (pas en plastique, non, un vrai pot à vinaigre en grès) et un accordéon diatonique.

Les jeunes membres de la Familha connaissent également le support CD, puisqu’ils ont conçu et enregistré eux-mêmes Òmi, leur premier opus sorti sur Terre, qui invente un nouveau genre baptisé “Cosmotrad”, une musique cosmique traditionnelle. Une chose est sûre : ils étaient déjà sur Terre à l’ère du 33 tours qui crachouille, à en croire le premier morceau de leur CD, un chant cosmique qui a dû être enregistré sur vinyle à leur arrivée. La voix n’a d’ailleurs pas vieilli depuis. De ce fait, leur jeune âge (ils ont tous moins de 30 ans) nous permet d’affirmer que l’Artúsan vieillit beaucoup moins vite que l’Humain.

Leur parfaite connaissance de la culture gasconne ne les a pas empêchés de garder en mémoire leur culture extra-terrestre et d’utiliser ses instruments, dont on n’a toujours pas déterminé l’origine, qu’ils mêlent aux instruments terriens : des machines discrètes et non identifiées, qui ajoutent des effets discrets mais redoutables à leur musique, le rendant ainsi plus belle et plus mystérieuse, dont un petit boîtier qui déforme parfois la voix (ou au contraire qui rend la voix humaine, l’Artúsan ne laissant peut-être entendre sa véritable voix qu’en de rares occasions).

Nés probablement dans une civilisation plus avancée que la nôtre, ils sont même inventeurs de deux instruments : l’artusofona, fusion d’une épinette des Vosges, d’un psaltérion et d’un cymbalum, et le besson, longue caisse de résonances à cordes qui accompagne la flûte. Les effets électro-acoustiques, loin de couvrir les instruments, les mettent en valeur et ajoutent des ambiances poétiques et surprenantes sans jamais surcharger les morceaux, et se marient parfaitement à l’ensemble, présenté très justement comme un « produit non folksifié à forte concentration ethnillique » (sic) !

Le disque, Òmi, qui regroupe des morceaux traditionnels et des compositions, est une petite merveille qui ne peut pas laisser indifférent, tant chaque morceau véhicule une émotion particulière, créative et nouvelle. Tour à tour, les atmosphères des morceaux, tous enchaînés, donnent des frissons avec les grincements des vielles et les effets électroniques, hypnotisent avec le chant, le tambour, une vielle ou la cornemuse, et deviennent plus joyeuses et dansantes avec la flûte, l’accordéon, les percussions et les effets.

Sur scène, tels que nous avons pu les découvrir en novembre 2003 au Festival Planètes Musiques à Paris, l’accordéon a disparu, mais Toton (chant, flûte, besson, vielle à roue), Cosia (vielle à roue, artusofona), Mamair (boha, chant, percussions, vinaigrier) et Pairbon (basses, vinaigrier) ont su le remplacer en laissant davantage de place à la vielle et au chant de Mamair. Le quatuor ne manque pas d’humour non plus, mais ça on s’en doutait déjà à l’écoute du disque, et plus particulièrement du final. Voir FAMILHA ARTÚS en concert est une occasion également de découvrir leurs visages humains, qui ont tout de même un air de famille avec leurs vrais visages figurant dans le livret du CD.

Nul doute que FAMILHA ARTÚS compte parmi les groupes traditionnels novateurs à découvrir et à suivre avec beaucoup d’attention.

Sylvie Hamon

Site : http://familha.artus.free.fr/

Page : https://pagans.bandcamp.com/album/mi

(Chronique originale publié dans
ETHNOTEMPOS n°14 – mars 2004)

 

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.