FEIZ NOZ MOC’H – Feiz Noz Moc’h

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FEIZ NOZ MOC’H – Feiz Noz Moc’h
(Pagans)

À ma gauche, deux musiciens bretons ; à ma droite deux musiciens béarnais. Ça aurait pu être présenté comme une rencontre musicale entre deux cultures régionales de l’Hexagone, avec tout le discours savant de rigueur, les explications du pourquoi et du comment, ou tout simplement comme « une invitation à la danse », afin de viser un public plus large et éviter de le rebuter avec des exégèses ethno-musicologiques incompréhensibles.

Au lieu de tout cela, on est accueilli en recto de pochette par une sorte de drapeau pirate d’un nouveau genre : une tête de mort qui aurait chourré son casque à Dark Vador et l’aurait taggé de motifs et de couleurs pétaradants suite à une prise de substances qui ont fait les beaux jours de l’ère psychédélique. À l’intérieur du digisleeve, une rose pixellisée en gros plan… presque du Andy WHAROL ! Les titres des morceaux et les crédits et remerciements de rigueur sont comme écrits à la main, tout en majuscules. Les noms des musiciens ? Nada…

Ce parti-pris esthétique est assez rare dans le milieu des musiques d’inspirations trad’, et déconcertera forcément. Alors, ce FEIZ NOZ MOC’H, Kezaco ?

Entourant le mandala du verso de la pochette, deux phrases se suivent : « On n’est pas pas le produit d’un sol, on est le produit de l’action que l’on y mène. » C’est une citation du penseur militant Félix-Marcel CASTAN, à laquelle FEIZ NOZ MOC’H ajoute : « Nous sommes le produit d’un sol non tempéré. » Et paf !

Pas de tempérance chez FEIZ NOZ MOC’H donc, et il n’y a pas non plus de concessions aux discours et démarches mercantiles en vogue sur le marché de la world music comme dans celui du folk/trad’. Ce FEIZ NOZ MOC’H se contente de jouer ce qu’il est, comme une certaine FAMILHA «artùsienne » gasconne dont on retrouve – et ce n’est pas un hasard – deux membres ici : Matèu (votz, flabuta, tamborin, vriulon, percussions) et Roman BAUDOIN (sonsaina).

Pour faire face à la radicalité éthique et esthétique des frères gascons et faire entendre la voix de la Bretagne à égale audace que celle de Matèu BAUDOIN pour la Gascogne, il fallait bien quelqu’un de la trempe de Lors LANDAT (ARSA, KAOUAD, ALAMBIK ELEKTRIK). Quant au meneur de ce rassemblement (initié en 2008 au festival Yaouank de Rennes), il s’agit du guitariste Roland CONQ.

FEIZ NOZ MOC’H est donc avant tout et surtout une affaire de personnalités fortes, réunies non pas pour se confronter et s’opposer, mais pour afficher ensemble l’irréductibilité de leurs identités culturelles, musicales. FEIZ NOZ MOC’H est le fruit d’une entente bien plus franche que seulement cordiale. Il en résulte un son épais et rustique, conjuguant toutes les combinaisons possibles entre vielle à roue, tambourin à cordes, flûte, guitare acoustique, percussions, et bien sûr les chants gascon et breton, qui se réapproprient des textes traditionnels ou des œuvres de poètes (Géry HERBERT, Pèire BOISSIERE, Serj Ar FALC’HER…).

Ça groove, ça transe, ça grince, ça frotte, ça tourne, ça tuile et ça se prend « dans ta face » comme une volée de bois vert. Bon, les gars, à quand une version « étendue » de FEIZ NOZ MOC’H avec, par exemple, les gens de HEDNINGARNA ? Parce que là, il y a des affinités sérieuses…

Stéphane Fougère

Page : www.pagansmusica.net/album/feiz-noz-moch

Label : www.pagansmusica.net

 

 

 

 

 

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