Festival Interceltique de Lorient 2018 – Année du Pays de Galles

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FESTIVAL INTERCELTIQUE DE LORIENT 2018

Année du Pays de Galles

 

Après avoir mis l’Ecosse à l’honneur en 2017, le Festival Interceltique de Lorient (FIL) a accueilli cette année une autre nation britannique, le Pays de Galles.

Recevoir le Pays de Galles donne à chaque fois une saveur particulière à la manifestation lorientaise tant les liens qui unissent cette nation à la Bretagne sont forts. Les langues bretonne et galloise sont issues de la famille des langues brittoniques et les hymnes sont également communs (ce qui est d’ailleurs aussi le cas avec la Cornouailles Britannique).

De nombreuses transformations urbaines, en particulier à l’intérieur et autour des jardins Jules Ferry, ont considérablement modifié le paysage du centre-ville de Lorient. Le FIL a dû s’adapter à ces nouvelles configurations.

Une rambla nouvellement créée a accueilli différents exposants.

Une partie des chapiteaux des Pays Celtes a pris place derrière le Palais des Congrès, là où se trouvait ces dernières années le Village Celte. Ce dernier a été déplacé sur le Breizh Stade derrière le Stade du Moustoir.

Le dispositif sécuritaire, rendu obligatoire pour une manifestation de cette importante, a été de nouveau instauré et a été finalement bien accepté par les festivaliers.

La fréquentation a progressé et se situe au-delà de 750 000 visiteurs.

La vente du badge de soutien a connu une forte hausse pour atteindre les 93 500 unités

La Grande Parade des Nations Celtes a captivé 70 000 spectateurs sur son parcours urbain et environ 9 500 au Stade du Moustoir. La retransmission télévisée du défilé a également bien fonctionné tout comme la soirée consacrée à la Nuit Interceltique.

Le président, Guy GESTIN, ainsi que le directeur général, Lisardo LOMBARDIA, ont tenu à rappeler que l’impact économique du Festival Interceltique était importante pour Lorient et que la ville était connue internationalement grâce au FIL.

En 2019 Le Festival Interceltique mettra le cap au sud en conviant la Galice.

« La culture, c’est la mémoire du peuple, la conscience collective de la continuité historique, le mode de penser et de vivre » a écrit l’écrivain Milan KUNDERA. C’est ce à quoi s’attèle le Festival Interceltique de Lorient lors de chaque édition, faire vivre une culture et faire prendre conscience au peuple que cette culture est inscrite dans son histoire.

COMPTE-RENDU

CHAMPIONNAT DES BAGADOU

A l’instar de la Grande Parade des Nations Celtes et du Triomphe des Sonneurs, le Championnat des Bagadou fait partie des incontournables du Festival. A Lorient se déroulent la seconde épreuve des première, deuxième et quatrième B catégories, les bagadou se répartissant en cinq catégories.

L’épreuve qui retient le plus l’attention est celle de première catégorie qui représente l’élite des bagadou.

La première manche se déroule chaque année à Brest au mois de février. Le classement final se fait à l’issue des épreuves de Brest et de Lorient.

Cependant, cette année, une polémique est venue entacher le fameux concours. Il a en effet été reproché à certaines formations d’avoir utilisé des thèmes déposés, donc soumis à des droits d’auteurs, ce que le règlement interdit sous peine d’être déclassé.

SONERION, la fédération regroupant les bagadou, a dès lors décidé qu’il n’y aurait pas de champion en 2018 mais un vainqueur pour chacune des manches.

Le Bagad CAP CAVAL (Plomeur), déjà sacré champion en 2015, 2016 et 2017, s’était octroyé la première place à Brest et semblait bien partie pour remporter le titre pour une quatrième année consécutive. Il devançait KEVRENN ALRE (Auray), BAGAD ROÑSED-MOR (Locoal-Mendon) et BAGAD KEMPER (Quimper).

A Lorient, le même Bagad CAP CAVAL a terminé en tête devant les bagadou KEMPER, KEVRENN ALRE et RONSED-MOR.

Même s’il n’y aura pas eu de lauréat à proprement parler en 2018, ce titre pourrait néanmoins revenir au Bagad CAP CAVAL.

SONERION a en outre indiqué qu’aucun bagad ne descendrait en deuxième catégorie.

Les quatorze ensembles ayant concouru en 2018 seront rejoints l’an prochain par le Bagad KEMPERLE (Quimperlé) qui a fait une pause cette année et par les deux bagadou de deuxième catégorie qui rejoignent l’élite, le Bagad BOULVRIAG (Bourbriac) et BEUZEG AR C’HAB (Beuzec Cap Sizun), si bien que le concours 2019 verra s’affronter dix-sept formations.

Site : https://www.bodadeg-ar-sonerion.org/

LUNCH NOAZH

En 2015, LUNCH NOAZH faisait partie des lauréats du Grand Prix du disque Produit en Bretagne pour son album Breudeur ha c’hoarezed. C’est à ce titre que le groupe s’était retrouvé sur la scène du Quai de la Bretagne lors de l’ouverture du FIL la même année. Cette année, LUNCH NOAZH s’est à nouveau produit sur cette scène le premier vendredi.

La formation a évoluée depuis trois ans. Aline LE MATELOT a remplacé Maela LE BADEZET au chant. De fait, la harpe a disparu de l’habillage sonore. Les autres membres (guitare, basse, batterie, claviers et saxophone) n’ont eux pas changé.

L’ambiance oscillait entre musique pop et jazz. Le son rappelait parfois le groove et le funk africain de la fin des années 70. Victor SIMON proposait d’ailleurs quelques solos de basse étourdissants soutenu par une batterie incisive. Le claviériste délaissait ses touches pour le violon tandis que Julien VRIGNEAU alternait entre saxophones et flûtes. Pe get se retrouvait complètement transformée dans une version débridée et la prestation s’est terminée par l’entêtant Ti ma zud, le titre phare du nouvel album.

Il faisait chaud naturellement et les musiciens ont encore fait monter le thermomètre de plusieurs degrés.

CD : An Droed Naturel

Site : http://www.lunch-noazh.com/

SOLO

Sous ce nom mystérieux et en même temps clin d’œil se cache en fait deux des formations les plus en vue du folk québécois, LE VENT DU NORD et DE TEMPS ANTAN. Loin d’être concurrents, les deux groupes, qui officient dans des registres proches, se connaissent bien et se côtoient régulièrement. DE TEMPS ANTAN a d’ailleurs participé il y a une dizaine d’années au spectacle de LE VENT DU NORD, Mesdames et Messieurs !. André BRUNET fait le lien entre les deux formations puisque qu’il faisait partie du premier de ces groupes avant de rejoindre le second fin 2017. Il fut également membre de LA BOTTINE SOURIANTE, une des formations référentes des deux ensembles.

SOLO se produit depuis fin 2016 et a participé entre autres au Festival Celtic Connections à Glasgow en 2017.

Sur scène ce sont huit musiciens, multi-instrumentistes (violon, vielle, mandoline, guitare, bouzouki, claviers, accordéon, harmonica, guimbarde, percussions, podorythmie) et chanteurs d’un très haut niveau et fins connaisseurs de la musique traditionnelle québécoise, qui ont livré un spectacle chaleureux et haut en couleurs. Ils proposaient différentes combinaisons instrumentales (à trois violons parfois) sur des morceaux chantés ou non et entrainaient le public dans des histoires d’amours tourmentées ou vantant les mérites de certaines boissons.

Pour le final, les musiciens ont été rejoints par les membres de VISHTEN, qui assuraient la première partie, et par le talabarder (joueur de bombarde) du groupe HICKS, Gaël LEFEVERE, pour une sémillante version de Au bord de la fontaine.

Que cette alliance soit amenée à se prolonger ou pas, il faut reconnaitre qu’elle est déjà une belle réussite.

CD : Notre album SOLO

Sites : http://detempsantan.qc.ca/ – https://leventdunord.com/

YANN TIERSEN

YANN TIERSEN est connu du grand public pour la bande originale du film de Jean-Pierre JEUNET, Le fabuleux destin d’Amélie POULAIN. Si cette expérience a grandement contribué à la notoriété du musicien, elle a parfois occulté le reste de son œuvre. C’est donc avec un intérêt mêlé de curiosité que le public s’est déplacé en nombre, si bien que le spectacle affichait complet.

Ce n’était pas la première participation de Yann TIERSEN au FIL mais cette année, l’artiste se produisait sur la scène de l’Espace Marine. Le concert était la déclinaison scénique du dernier album en date paru en 2016, Eusa, du nom breton de l’ile sur laquelle il réside désormais, Ouessant

Comme sur le CD, Yann TIERSEN s’accompagnait uniquement de son piano. Exceptés des cris d’oiseaux ou le bruissement du vent, aucun autre son ne venait répondre à l’instrument. On se retrouvait dans une ambiance épurée, à l’instar des autres musiques de films qu’à composées Yann, Tabarly ou Goodbye Lenin !. D’ailleurs, l’ensemble pouvait s’apprécier comme la bande originale de l’ile, chacun des morceaux se rapportant à un nom de lieu. L’Espace Marine acquérait dans ces conditions un caractère insulaire en dehors de toute notion d’espace et de temps. On pouvait dès lors s’imaginer se projeter à Ouessant en compagnie du musicien. L’émotion découlait ainsi de cette relative simplicité musicale et incitait au lâcher-prise et à une forme de méditation.

Parfois, Yann délaissait son instrument pour utiliser un piano jouet comme a pu le faire à de nombreuses reprises Pascal COMELADE.

On pouvait aussi rapprocher ce travail de celui qu’à produit Didier SQUIBAN, en particulier lorsque ce dernier mettait en valeur l’ile voisine de Molène.

S’il n’y avait rien à dire sur l’interprétation impeccable et sur la qualité mélodique de la musique, il était dommage que le musicien ne communique pas avec le public. Des explications sur les différentes compositions auraient été bienvenues.

Ce n’est qu’à la toute fin du concert que Yann TIERSEN s’est libéré en se livrant à un véritable plaidoyer en faveur de la langue bretonne, expliquant que, année du Pays de Galles oblige, si on n’oublie pas l’anglais lorsque l’on parle le gallois, on n’oublie pas le français lorsque l’on parle le breton. Il a insisté sur le fait que les bretons avaient là un trésor entre leurs mains.

CD : Eusa

Site : http://yanntiersen.com/

PAVILLON ACADIEN

On le répète chaque année, le Pavillon Acadien est aujourd’hui un lieu emblématique du Festival tant par la vitalité des artistes qui s’y produisent que par la ferveur du public venu les applaudir, si bien qu’on a l’impression que l’Année de l’Acadie se déroule tous les ans.

Cette année, le Pavillon a connu une révolution en quittant les quais du port de plaisance et en prenant place derrière le Palais des Congrès, partageant ainsi l’espace avec les Pavillons Galicien et Écossais.

Un peu décontenancé au départ, le public s’est peu à peu approprié les lieux et le Pavillon Acadien a retrouvé son éclat.

Mylène COMEAU est une des chevilles ouvrières du Pavillon Acadien. Toujours disponible, Mylène est l’interlocutrice qui assure le lien entre les artistes qui se produisent sur le Pavillon Acadien et les journalistes.

* Entretien avec Mylène COMEAU

Quelles sont tes responsabilités au sein de la délégation acadienne ?

Mylène COMEAU : Cette année, je m’occupe principalement des communications, donc je m’assure que les artistes vont rencontrer les journalistes, qu’ils soient présents aux conférences de presse et que leur musique rayonne au Pavillon de l’Acadie.

Comment as-tu découvert la culture acadienne ? Tu as toujours vécu dans ce milieu ?

Mylène : J’ai des parents qui sont acadiens. J’habite dans une communauté acadienne en Nouvelle-Ecosse ou l’on parle français, on va à l’école en français. Donc, l’Acadie a toujours été une partie importante de ma vie.

Tu es toi-même musicienne ou simplement amatrice de musique acadienne ?

Mylène : Je suis très amatrice de musique mais je suis une danseuse professionnelle de claquettes.

Il est difficile de préparer le programme du Pavillon Acadien. Cela se fait-il longtemps à l’avance ?

Mylène : Oui ! Après qu’un festival se termine, on commence déjà la préparation du prochain pour l’année d’après.

Tu connaissais le Festival Interceltique ?

Mylène : Je n’avais aucune idée. Mais je participais souvent à la semaine acadienne en Normandie. J’ai fait ce festival-là pendant six ans. Après, j’ai rencontré François EMOND qui m’a invitée à venir pour la première fois il y a trois ans.

Depuis, c’est devenu une étape important pour toi chaque été ?

Mylène : Chaque été oui, c’est une étape importante de venir au Festival Interceltique (rires) !

Tu connaissais quand même un petit peu la Bretagne ou la culture bretonne ?

Mylène : Oui, je connaissais la Bretagne avant ! Je savais qu’il ne fallait peut-être pas dire aux bretons que le Mont Saint-Michel était en Normandie (rires).

Il y a des similitudes entre nos deux cultures.

Mylène : Il y a extrêmement de similitudes. On se dit qu’on a parfois moins de difficultés à se faire comprendre par les amis bretons que par nos voisins québécois.

Le fait d’être confondus parfois avec les québécois, c’est un problème ou ça reste anecdotique ?

Mylène : On est habitués de se faire confondre avec le Québec ! Les gens de la France connaissent la francophonie du Canada comme étant le Québec. C’est pour cela qu’on est là, avec le Pavillon de l’Acadie, pour sensibiliser les gens, qu’ils sachent qu’il n’y a pas qu’au Québec qu’on parle le français, mais qu’en Acadie aussi on le parle.

Musicalement, la programmation du Pavillon Acadien, même si elle était moins ample quantitativement, n’en demeurait pas moins intéressante qualitativement. On a ainsi pu découvrir des artistes dont on aura l’occasion de reparler lors de prochaines éditions, Raphael BUTLER et ses chansons navigant entre musique pop et folk-rock-country, ainsi que le groupe COMTE DE CLARE qui propose lui un mix entre musique traditionnelle et électro avec de percutantes envolées de violon. Nous avons également eu le plaisir de retrouver le groupe de folk progressif CY ainsi que Danny BOUDREAU.

Ce dernier propose également une musique oscillant entre folk, rock et country. On avait pu découvrir Danny en 2011. Il est ensuite revenu en 2014 et 2016 et vit depuis une histoire d’amour méritée avec le public lorientais. L’énergie déployée sur scène transcendait ce public qui portait les musiciens à donner le meilleur d’eux-mêmes.

* Entretien avec Danny BOUDREAU

Peux-tu te présenter ?

Danny BOUDREAU : Je suis auteur, compositeur, acadien du Nouveau Brunswick.

Comment peut-on qualifier ta musique ? Quelles sont tes diverses influences ?

Danny : J’ai beaucoup d’influences dont des influences de la Bretagne. Mon premier contact avec la Bretagne, ça a été SOLDAT LOUIS. Il y a vingt-cinq ans, j’avais fait la première partie du groupe en Acadie et ça avait été mon coup de cœur de la Bretagne. Ensuite, il y a beaucoup d’influences de la Louisiane, de l’Acadie et du Québec. Tout ça fait que c’est un son, je pense, qui est propre à nous et il y a des thèmes de ces régions. J’ai aussi grandi avec la musique country. Tout ça ensemble fait que ça donne le son qu’on entend.

Tu es musicien professionnel ?

Danny : Oui, tout à fait ! Mon premier disque est paru en 1994. Je faisais déjà de la musique avant, professionnellement aussi. Par contre, je fais beaucoup de choses pour arriver à bien gagner ma vie. Je donne des ateliers d’écriture aux jeunes, je suis choriste dans des émissions de variétés à la télévision, je fais de la direction artistique, j’écris des chansons pour les autres. Avec la tournée et mon neuvième album, je suis à fond dans tout ce qui est musique.

Comment as-tu démarré ?

Danny : Très jeune ! J’étais dans une formation avec mon père, ma sœur et mon frère, j’avais sept ans et on jouait dans les bars. Donc, ça a été ma première école. A ce moment-là, c’était surtout de la musique country, du Elvis PRESLEY que mon père chantait très bien à l’époque, du Johnny CASH. Tout ce qui était très américain comme musique ! Par la suite, quand j’ai eu treize-quatorze ans, j’ai découvert la musique de Francis CABREL et ça m’a emmené vers une direction plus folk. J’ai commencé à écrire mes chansons à ce moment-là.

Tu connaissais le Festival Interceltique avant de t’y produire ?

Danny : En fait, j’en entendais beaucoup parler chez moi puisque l’Acadie vient ici depuis 2004. Ma première présence, c’était en 2011. Tous les gens qui venaient trouvaient incroyable le lien qu’il pouvait y avoir avec les bretons. Quand on m’a proposé de faire l’édition 2011, je me suis préparé à bloc et on a beaucoup aimé. De là est née la formation que j’ai maintenant, qui tourne et qui s’appelle DANNY PARTY.

Tu peux nous parler des musiciens qui t’accompagnent ?

Danny : Certainement ! Au piano et à l’accordéon, j’ai un ami qui est avec moi depuis déjà seize ans qui s’appelle Jesse MEA et qui est aussi un très bon compositeur.

Il y a Justin DOUCET au violon. La première fois qu’il est venu ici avec moi, il avait quinze ou seize ans et il était déjà un très bon joueur de violon. Maintenant, il a une formation musicale universitaire donc c’est un grand joueur de violon. C’est son père, Sylvain, qui nous accompagne à la basse. Enfin, ici j’ai emprunté deux musiciens d’un collègue, Raphael BUTLER, son batteur Jason ARSENAULT et son guitariste Patrick DUGAST. On est six sur scène et ça bouge beaucoup.

Tu as écrit une chanson qui s’appelle Amis Bretons. Comment t’es venue cette idée ?

Danny : En fait, l’idée ne m’est pas venue, elle m’est tombée dessus ! C’était vraiment sans le vouloir. En 2011, après avoir participé pour la première fois ici, dans l’avion du retour, j’étais tellement touché par l’accueil qu’on avait reçu, le lien qui s’était tissé, que cette chanson-là est née tout simplement dans l’avion. Quand je suis revenu chez moi, tout était là, les paroles, la musique, dans ma tête. J’ai pris ma guitare et j’en ai fait une petite maquette. Quand je suis revenu par la suite en 2014, j’avais fait ce qu’on appelle un single avec juste cette chanson. Ça a été un beau succès tout de suite.

Cette chanson, tu la chantes aussi ailleurs ?

Danny : Oui tout à fait ! Je la chante chez moi, je la chante partout dans les festivals et les gens l’aiment beaucoup, oui.

Il y a aussi une autre chanson qui s’appelle Port Louis. C’est assez intrigant !

Danny : Oui mais pour moi c’était tout un même univers. Après avoir écrit Amis Bretons, il y a eu cet album qui n’était pas prévu. J’ai commencé à écrire des chansons et je me suis rendu compte que ces chansons avaient pris racine dans ma tête ici. Port Louis, évidemment, c’est d’ici ! Le vieux matelot complétait bien ça. Toutes les chansons sur l’album paru en 2015, Danny Party, sont vraiment parties à la base d’ici, de la Bretagne.

Tu es auteur-compositeur. Par contre, tu as fait paraitre le deuxième volet de ce que tu appelles un hommage aux poètes acadiens. Pourquoi cette envie de rendre hommage aux gens qui t’ont précédés et aussi à des auteurs contemporains ?

Danny : Cela faisait longtemps que je voulais faire ça. Le premier tome est paru en 2009 et dès sa parution, je savais qu’il y en aurait trois. Je ne savais pas quel espace il y aurait entre chaque album mais je savais qu’ils seraient différents. On a beaucoup de bons auteurs-compositeurs acadiens et je tenais à mettre en lumière beaucoup de ces chansons. Le premier était plus dénudé par contre, je voulais laisser place aux mots. L’album s’appelle Mes légendes. Pour le deuxième, j’avais gout de faire une suite à Danny Party donc je suis allé dans le côté plus festif. Par contre, j’ai inclus des bonus ou je reprends les mêmes chansons en version dénudée. Le troisième paraitra peut-être l’an prochain ou dans deux ans et se voudra surement symphonique. Cette fois j’irai puiser surtout dans les auteurs compositeurs pionniers qui nous ont précédés, je parle d’Angèle ARSENAULT, d’Edith BUTLER, de Calixte DUGUAY. Ce sera surtout la génération qui a pavé le chemin.

Quand on regarde les titres de cet album, on voit par exemple LES HAYS BABIES qui font une musique assez différente de la tienne et pourtant cette reprise sonne comme si c’était vraiment ta musique.

Danny : C’est ça le défi à chaque fois, rendre hommage en essayant de m’approprier ces chansons le plus possible, tout en respectant ce qui a été fait avant.

Tu tournes beaucoup en dehors de l’Acadie ?

Danny : Il y a eu quelques passages aux Etats Unis. Je dirais que c’est surtout au Québec et en Acadie et évidemment il y a des passages sporadiques en Europe.

Le concept de musique celtique, cela t’interpelle ?

Danny : Oui, ça m’interpelle, certainement ! Les références les plus proches que l’on ait, c’est la Nouvelle Ecosse où il y a beaucoup de musique celtique. Il y a quelques-uns de mes amis qui font de la musique celte donc c’est une musique que j’ai toujours aimée. Moi, je décale un peu de ça, c’est sûr. La parenté qu’on peut avoir, c’est le violon de Justin qui flirte un peu avec ce son.

Tu connaissais des musiciens bretons avant de venir à Lorient ?

Danny : A part SOLDAT LOUIS, non ! Ce sont vraiment eux qui ont été mon premier contact direct avec la Bretagne.

Mais à chaque fois que je viens ici, c’est toujours nourrissant. Ça nourrit l’âme et l’esprit et puis ça fait du bien. On se sent accueillis d’une belle façon à chaque fois et je retourne chez moi avec plein d’images en tête et dans le cœur.

CD : Mon été

Site : https://fr-fr.facebook.com/DannyBoudreauOfficiel/

SCENE GALLOISE

Chaque année, le pays invité se doit de proposer un panel d’artistes représentatifs de sa scène musicale, de sa vitalité, de son étendue.

En 2016 et 2017, l’Australie et l’Ecosse avait mis la barre très haut. Le Pays de Galles partait donc avec le challenge de faire aussi bien que ses prédécesseurs.

Que ce soit lors de la Soirée d’Ouverture, de la Grande Nuit, sur la scène du Pavillon Gallois ou sur les différentes scènes durant les dix jours, le Pays de Galles a su certes proposer des valeurs sures mais il a surtout misé sur la jeunesse.

NOGOOD BOYO est un quintet acoustique (accordéon-chant, violon, contrebasse-flûtes, guitare, batterie) proposant une musique folk très énergique. On y croise des musiciens issus d’autres formations telles que VRÏ, ou CALAN (Bethan RHIANNON). Le groupe tire son nom de l’un des personnages de la pièce de l’auteur et poète gallois Dylan THOMAS, Under milk wood (Au bois lacté).

Le trio VRÏ (deux violons et une contrebasse) a choisi une approche plus audacieuse et originale voire déconcertante de la musique traditionnelle en lorgnant vers la musique de chambre.

Tout aussi audacieux mais plus folk, le quartet OFELIA (trois guitares et une mandoline) a provoqué un déluge de cordes au sein du Pavillon Gallois.

Dans un autre registre, YR ODS (guitares électriques, basse, claviers, batterie), qui existe depuis 2006, s’inscrit dans la lignée des groupes de rock dont le chant est en langue galloise.

MANIC STREET PREACHERS a clôturé la session des concerts de l’Espace Marine. Le groupe fondé en 1986, contemporain de U2 ou de SIMPLE MINDS, est renommé au Royaume Uni mais demeure peu connu de l’autre côté de la Manche. Bien que le groupe soit originaire du Pays de Galles, les chansons sont en anglais.

Le combo venait défendre son dernier album en date, Resistance is futile, paru cette année. S’il interprétait principalement ses propres chansons, entre punk et rock alternatif qui fleuraient bon les années 80, il puisait aussi chez ses confrères, à l’instar d’une sympathique mouture de In between days de THE CURE. Plus sobrement, le chanteur James Dean BRADFIELD se présentait occasionnellement seul à la guitare, délivrant même Can’t take my eyes off you, chanson devenue un classique du disco, dans une version acoustique reprise en chœur par le public.

Mais l’évènement le plus attendu demeurait La Grande Nuit du Pays de Galles, qui s’est déroulée en deux temps.

La première partie, de facture classique, a vu se produire différentes formations.

CALAN est un habitué du FIL. En douze ans de carrière, le groupe est devenu l’un des représentants les plus importants de la musique folk galloise. Si l’ensemble était somme toute traditionnel (accordéon, guitare, violon, harpe, cornemuse), CALAN déployait une énergie communicative qui emportait vite l’adhésion du public. L’emblématique chanteuse et accordéoniste, Bethan RHIANNON n’hésitait pas à donner de sa personne en esquissant quelques pas de claquettes.

ALAW est également une formation assidue au FIL. Le trio mené par l’accordéoniste Jamie SMITH proposait lui aussi une formule relativement conventionnelle (guitare, violon, accordéon). L’interprétation était très solide mais peut-être un peu trop limpide et manquait parfois de piquant. Lorsque le trio a été rejoint par un batteur et un bassiste, ALAW est alors devenu MABON, une autre formation, elle aussi familière à Lorient. On a alors vécu une montée en puissance de la musique, propice à s’enflammer de par l’exaltation qui s’en dégageait.

Une soirée galloise ne serait pas vraiment authentique sans les chorales. Le pays ne possédant pas, à la différence de l’Ecosse, de l’Irlande ou de la Bretagne, des pipe-bands ou des bagadou, les chorales restent les formations emblématiques du Pays de Galles. Deux ensembles, CÔR MEIBION PENDYRUS et ONLY BOYS ALOUD étaient au programme. Le premier est une chorale classique de renommée internationale, créée il y a près d’un siècle, qui officie dans un style conventionnel. La seconde par contre, plus évolutive, se permettait quelques digressions. Comme son nom l’indique elle se compose de jeunes garçons et ces derniers chantaient accompagnés d’une bande enregistrée. L’interprétation restait classique exceptée lorsque le groupe a repris la chanson du musicien indien A.R. RAHMAN, Wedding qawwali song. Une communauté indienne y étant installée, c’était une manière de célébrer la diversité du Pays de Galles par un choix audacieux et durant lequel les membres de la chorale, dont certains s’accompagnaient cette fois d’instruments, se sont lâchés et ont livré une prestation débridée.

La deuxième partie du spectacle a vu se produire ce qui restera comme le grand coup de cœur de l’édition 2018, PENDEVIG. Derrière ce nom se cache non pas un simple groupe, mais un véritable collectif dont une grande partie des membres est issue de plusieurs formations se produisant par ailleurs sous leur nom durant les dix jours (CALAN, MABON, VRÏ).

Les prestations lorientaises du collectif constituaient un énorme challenge car il s’agissait des toutes premières représentations. Le but était de montrer que les musiciens gallois pouvaient faire aussi bien que les autres nations celtes et la performance fut à la hauteur du défi.

Aux instruments traditionnels (accordéons, violons, cornemuses, flutes, mandoline) s’intégraient des instruments venant du rock (guitares, basse, batterie), de la musique de chambre (contrebasse) ainsi qu’une section de cuivres (saxophone, trompette, trombone) pour former un ensemble qui pouvait sembler hétéroclite mais qui s’avérait finalement cohérent.

La démarche était résolument contemporaine et non conventionnelle. Elle mariait aussi bien le rap, le chant traditionnel ou encore la danse moderne ou les claquettes. Des moments plus calmes avec du chant accompagné simplement d’une flûte et d’un accordéon côtoyaient des passages pop-rock sur lesquelles des poèmes étaient récités. On a pu reconnaitre Le Branle des Chevaux, un morceau popularisé par MALICORNE au début des années 80, mais la musique présentait aussi des réminiscences de musiques bretonne ou irlandaise. L’avenir nous dira si cette rencontre était simplement ponctuelle ou si le collectif est voué à se pérenniser. Toujours est-il qu’il aura marqué le FIL de son empreinte.

Enfin, pour terminer la soirée, tous les protagonistes se sont retrouvés sur scène afin d’interpréter, en gallois, l’hymne des nations brittoniques, Hen Wlad Fy Nhadau.

NOGOOD BOYO CD : Nogood Boyo / Site : https://fr-fr.facebook.com/NoGoodBoyoBand/

VRÏ CD : Tŷ Ein Tadau / Site : https://www.vri.cymru/

OFELIA CD : Rue Brizeux / Site : https://ofeliaband.com/

YR ODS CD : Llithro / Site https://fr-fr.facebook.com/yrods/

MANIC STREET PREACHERS CD : Resistance is futile /
Site : https://www.manicstreetpreachers.com/

CALAN CD : Deg / 10 / Site : https://www.calan-band.com/

ALAW CD : Dead Man’s Dance / Site : http://www.alaw-band.com/

MABON CD : Twenty live ! / Site : http://www.jamiesmithsmabon.com/

CÔR MEIBION PENDYRUS CD : Portrait of Pendyrus / Site : http://pendyrus.org/

ONLY BOYS ALOUD CD : Only Boys Aloud / Site : https://fr-fr.facebook.com/OBAloud

PENDEVIG CD : Pendevig / Site : https://fr-fr.facebook.com/PendevigBand/

LUIS NUÑEZ Y LOS FOLGANZANES

Luis NUÑEZ a été une des vraies et bonnes découvertes du FIL 2018. L’artiste a derrière lui une solide expérience de musiciens mais aussi de technicien (il a enseigné l’éclairage et le son).

En 2017, Luis a publié son deuxième album et une des chansons de l’opus, La ñeve y la esmeralda, a remporté le concours Premiu al Meyor Cantar à Avilès en Asturies.

Sur des textes en langue asturienne de l’écrivaine et poétesse Susana SELA, Luis NUÑEZ et ses musiciens distillaient une musique possédant une solide base rock (guitares électrique et acoustique, basse, batterie, claviers) soutenue par des instruments traditionnels (gaïta et flûtes, violon).

Le violoniste du groupe dialoguait volontiers en français avec le public et expliquait le sens de certaines paroles.

* Entretien avec Luis NUÑEZ

Comment as-tu démarré ?

Luis NUÑEZ : J’ai commencé très tard à 21 ans. J’écoutais la musique des années 70, les EAGLES, la musique américaine en fait.

On ressent plusieurs influences, du rock, du jazz, de la musique latine. Comment qualifierais-tu ta musique ?

Luis : C’est du folk alternatif. Mon rôle est de faire la fusion entre la tradition et le folk.

Tu reprends des airs traditionnels ou tu composes également ?

Luis : J’adapte les textes des poètes asturiens pour en faire des chansons.

De quoi parlent ces chansons ?

Luis : Il y a une chanson qui s’appelle La eda la Inocencia. Le gouvernement essaie de vendre un paradis alors que ce n’est pas le cas. Il y a beaucoup de problèmes comme le chômage. On veut dénoncer cela.

Il y a des moments moins tendus. Il y a une chanson sur les portables, c’est du vécu ?

Luis : C’est une chanson qui s’appelle Nun lo veras na tele. Quand les gens assistent à un concert, ils le voient en général à travers le portable. Ils ne font pas vraiment attention à la musique parce qu’ils passent tout le temps à enregistrer le concert. Le portable fait partie de notre vie mais il faut vivre le moment dans intimité avec l’autre personne.

Le fait de chanter en asturien est une démarche importante ?

Luis : Il y a des avantages et des inconvénients ! L’avantage, c’est que l’asturien est une langue exotique. Par contre, il est très difficile de jouer en Espagne ailleurs qu’en Asturies. Nous avons quand même joué à Celtic Connexion à Glasgow, à Niort et à Lorient.

Tu connaissais le Festival Interceltique ?

Luis : Je connaissais mais comme nous jouons de la musique qui n’est pas vraiment de la musique traditionnelle, c’était difficile de nous y produire. Nous avons gagné un prix pour la meilleure chanson des Asturies et c’est pourquoi nous sommes venus parce que ça permet des possibilités. On a été invités.

Qui sont les musiciens qui se produisent avec toi ?

Luis : Le groupe n’est pas fixe. Il y a des variations. Il peut y avoir plus de percussions. Tout dépend du moment.

Que signifie le nom du groupe ?

Luis : Quand j’ai fait mon premier groupe, il était sous mon nom, Luis NUÑEZ. Quand je me suis produit à Celtic Connexion, je devais faire un groupe. Le pianiste jouait une chanson qui s’appelle El cantar del folganzan et il a proposé LOS FOLGANZANES. « Folganzan », c’est celui qui ne fait rien, le fainéant.

CD : Xuro non tornar

Site : https://www.luisnunezylosfolganzanes.com/

Un grand merci à Samira, interprète bénévole, pour sa disponibilité.

ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE BRETAGNE

L’ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE BRETAGNE (OSB) est un ensemble relativement jeune puisqu’il a été créé en 1989. S’il interprète, pour une large part, les œuvres du répertoire classique, incluant par ailleurs des compositeurs bretons (Joseph-Guy ROPARTZ, Paul LE FLEM, Paul LADMIRAULT), l’orchestre sait également sortir des chemins balisés pour s’aventurer vers d’autres styles comme le jazz ou la musique traditionnelle. Dans les années 2000, l’OSB a participé aux créations du pianiste Didier SQUIBAN, Symphonie Bretagne et Symphonie Iroise.

Depuis 2015, l’OSB se présente au Festival Interceltique en compagnie d’artistes de renom (Carlos NUNEZ, Dan AR BRAZ) et a même animé un Fest-noz Symphonique l’an dernier en compagnie du duo Erwan HAMON – Janick MARTIN et d’Annie EBREL.

A l’aube de son trentième anniversaire, l’ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE BRETAGNE s’est vu proposer la conduite de deux soirées, la première le mardi 7 aout en compagnie de Rhiannon GIDDENS puis de Denez PRIGENT, et le vendredi 10 aout avec le duo Catrin FINCH et Seckou KEITA.

Le nom de Rhiannon GIDDENS n’est pas encore familier du public hexagonal. La chanteuse et musicienne afro-américaine, qui possède aussi des racines irlandaises, a pourtant déjà une importante carrière, d’abord au sein du groupe CAROLINA CHOCOLATE DROPS et ensuite sous son propre nom.

Grant LLEWELLYN le directeur musical de L’OSB dirige également l’Orchestre Symphonique de Caroline du Nord, la région d’où est originaire Rhiannon et les deux personnages avaient déjà eu l’occasion de collaborer. L’idée de renouveler l’expérience a fait son chemin et en décembre 2017, Rhiannon GIDDENS et l’OSB ont donné une série de concerts intitulés Celtic blues.

Au départ, les concerts se concentraient sur l’orchestre et désormais c’est sur Rhiannon. Le spectacle s’articulait autour du son répertoire dans lequel se côtoient le blues, le bluegrass, le gospel mais aussi la musique irlandaise. Rhiannon s’accompagnait parfois d’un banjo ou d’un violon. Dans ce dernier cas, l’osmose entre son instrument et les violons de l’OSB était parfaite. Sa voix profonde, grave, puissante rivalisait avec l’énergie de l’orchestre sans qu’aucune des deux parties ne prenne l’ascendance sur l’autre. Rhiannon se laissait aller de temps à autre et esquissait quelques pas de danses.

Rhiannon est un prénom gallois qui peut se traduire par « grande reine ». Ce titre n’était pas usurpé et c’est debout que le public a réservé une ovation à l’artiste américaine ainsi qu’à OSB.

Il n’a dès lors pas été facile pour Denez PRIGENT de lui succéder. Rhiannon GIDDENS avait placé la barre très haut.

Se produire au côté d’un orchestre symphonique était quelque chose de nouveau pour l’artiste qui a répondu favorablement à la proposition de l’OSB et des concerts ont déjà eu lieu au printemps 2018 Quand on se souvient des débuts à capella de Denez, on était en droit de se demander ce que cette rencontre allait pouvoir donner. Mais le chanteur a su être à la hauteur de sa réputation.

Les arrangements pour orchestre ont été réalisés par la pianiste réputée Frédérique LORY qui est aussi à l’aise dans le monde du classique que dans celui de la musique traditionnelle.

Alors qu’un nouvel album, Mil Hent (mille chemins) venait de paraître, Denez a revisité ses classiques ainsi que les titres du précédent opus, Ul liozh vurzhudus (un jardin merveilleux), accompagné par ses musiciens et par les sections de cordes de l’OSB. Sur Kredin a raen, ces cordes s’orientalisaient. Gortoz a ran est déjà une chanson très prenante dans sa version d’origine. Sublimée par l’OSB, elle gagnait encore en intensité. Quant au final, il fut explosif avec cette interprétation remaniée de E Garnizon pour laquelle les deux ensembles se sont lâchés. Un petit regret est malgré tout à relever car Denez n’a pas retenu E ti Eliz Iza. Mais, pour paraphraser les titres de ces deux derniers opus, on pourrait dire que ce nouveau chemin dans son parcours à conduit les spectateurs dans un jardin merveilleux. Là encore, c’est un public debout et comblé qui a longuement applaudi les protagonistes.

On avait pu découvrir Catrin FINCH et Seckou KEITA en 2014 alors que le duo assurait la première partie d’Anoushka SHANKAR. Cette fois, c’est en tant que têtes d’affiche que les deux musiciens se retrouvaient programmés aux côtés de l’OSB.

Jouer avec un orchestre n’était pas chose nouvelle pour la harpiste galloise puisqu’elle est de formation classique et qu’elle a déjà eu l’occasion de se produire en compagnie de l’Orchestre de la BBC du Pays de Galles ou du LONDON PHILHARMONIA ORCHESTRA. Seckou a lui été formé au Sénégal par son grand-père.

Ses deux itinéraires pouvaient sembler antinomiques, voire incompatibles, et pourtant l’ensemble fonctionnait. Depuis cinq ans qu’ils travaillent ensemble, Catrin et Seckou ont appris à se connaitre et à se répondre. Ils se complétaient magistralement tant et si bien que la harpe et la kora se confondaient parfois.

On aurait résolument pu craindre que les deux harpes ne fussent quelque peu noyées face à la puissance de l’orchestre mais il n’en fut rien et paradoxalement, c’est l’orchestre qui semblait parfois se trouver en retrait.

Par rapport à la soirée précédente à laquelle participait l’OSB, la force du spectacle ne venait pas cette fois de la puissance vocale des intervenants mais plutôt d’une relative plénitude. Le son cristallin des harpes se mélangeant avec celui des cordes de l’orchestre apportaient un sentiment de sérénité et d’apaisement.

Les frontières musicales, qu’elles soient géographiques ou artistiques sont faites pour être abolies, à l’image du titre Clarach, qui signifie « le balbuzard », un oiseau migrateur qui séjourne aussi bien au Pays de Galles qu’au Sénégal.

Invité par le duo, le barde breton Alan STIVELL est monté sur scène pour interpréter, A-hed an nos un titre inédit extrait de son nouvel album, et, pour le final, l’hymne gallois et breton, Hen Wlad Fy Nhadau/Bro Gozh Ma Zadou.

ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE BRETAGNE : http://o-s-b.fr/

Rhiannon GIDDENS CD : Freedom highway / Site : http://www.rhiannongiddens.com/

Denez PRIGENT CD : Mil hent – Mille chemins / Site : https://www.denez.fr/

Catrin FINCH & Seckou KEITA CD : Soar /
Site : https://www.catrinfinchandseckoukeita.com/

Alan STIVELL CD : Human ~ Kelt / Site : http://www.alan-stivell.com/

GORDIE MACKEEMAN AND HIS RYTHM BOYS

GORDIE MACKEEMAN AND HIS RYTHM BOYS est un quatuor originaire de l’Île-du-Prince-Édouard au Canada. Il est formé de Gordie MACKEEMAN (violon, podorythmie, chant), Peter CANN (guitares, chant), Thomas WEBB (contrebasse, chant) et Jason BURBINE (percussions, chant). Depuis 2012, le groupe a publié trois albums et il se présentait pour la première fois au FIL.

La musique du combo puise ses sources dans différents styles comme le rockabilly, le bluegrass, le folk et bien évidemment la musique celtique. Le violon est l’élément moteur de la musique et Gordie en maitrise les rudiments à la perfection. Il le faisait chanter, en jouait les bras derrière le dos pour mieux revenir ensuite vers des chemins plus traditionnels. Loin d’être des faire-valoir, les trois RYTHM BOYS assuraient une rythmique à l’ardeur débridée.

Gordie MACKEEMAN est surnommé « jambes folles » et la prestation qu’il a livrée a prouvé que ce titre n’était pas usurpé. Il n’hésitait pas à donner de sa personne, tel un zébulon ou un personnage de cartoons d’une grande élasticité, esquissant quelques pas de claquettes, pour une démonstration frénétique à l’exubérance assumée, ou allant même jusqu’à jouer juché sur la contrebasse de son compère.

GORDIE MACKEEMAN AND HIS RYTHM BOYS ont apporté une bonne humeur communicative à l’Espace Marine.

CD : Laugh, Dance & Sing

Site : http://gordiemackeeman.com/

OUTSIDE DUO

OUTSIDE DUO est comme son nom l’indique, une formation composée de deux musiciens, Antoine SOLMIAC (violoniste/chanteur) et Julien GRIGNON (guitariste/chanteur). Les deux compères se sont rencontrés en 1998 et ont formé OUTSIDE DUO en 2006. Leur nom est une forme de clin d’œil et vient du fait qu’ils jouaient régulièrement en extérieur. Antoine et Julien ont créé ce qu’ils ont appelé le « Le Celtic-Two-Men-Show » et ont fait paraître trois albums dont un enregistrement en public. Ils ont également fait partie du projet CELTIC FANTAZY en 2014.

Suivi de près par le Festival Interceltique, OUTSIDE DUO avait jusqu’à présent seulement fait quelques interventions au Stade du Moustoir durant les Nuits Interceltiques.

2018 aura été l’année de la consécration avec cette invitation à se produire sur la scène de l’Espace Marine à l’occasion de la présentation de leur nouveau spectacle SYAJ. Pour leur cinquième participation, ils ont pu bénéficier cette fois d’un concert complet.

OUTSIDE DUO est renommé pour emmener le public dans des prestations époustouflantes et énergiques si bien qu’on a parfois l’impression qu’il y a plus de deux personnes sur scène. Le concert lorientais n’aura pas fait mentir cette notoriété. Les deux musiciens se sont donné corps et âmes, construisant pas à pas une synergie impressionnante entre le public et eux, dans un univers navigant entre musique pop et influences celtiques.

Des invités venaient prêter mains fortes au duo, les percussions du BAGAD KEMPER, le quatuor à cordes du Festival Interceltique ou encore le guitariste Pat O’MAY qui apportaient de cette manière ses sonorités rock voir métal.

Ils adoptaient différents schémas de jeu. Julien tenait et jouait de son violon et Antoine jouait sur le même instrument. Les deux amis s’enregistraient, puis diffusaient en boucle le résultat de cet enregistrement, abandonnant leurs instruments pour des percussions, soutenus par les caisses claires du bagad.

Il a juste manqué la petite flamme qui fait qu’un concert explose vraiment. Cette nouvelle création a simplement besoin de se bonifier mais elle démarre malgré tout sur de solides bases.

CD : Live

Site : http://www.outsideduo.com/

JIGGY

On le répète souvent, les groupes de musique traditionnelle irlandaise ne s’aventurent que très rarement vers des rivages évolutifs. C’est pourquoi l’arrivée de JIGGY vient combler un manque. JIGGY est apparu sur les scènes irlandaises en 2014 et un album est paru l’année dernière. Au sein du groupe on retrouve des musiciens chevronnés tels que Éamonn DE BARRA (SLIDE) ou encore Éamonn GALLDUBH qui officiait il y a vingt ans dans le groupe portant son nom de famille et dans lequel on pouvait déjà entendre des sonorités plus modernes.

La prestation a commencé par quelques notes de cornemuse irlandaise puis la machine JIGGY s’est mise en marche. Violon, flûte, basse, batterie et percussions traditionnelles et indiennes sont entrés en scène pour une prestation de haute volée. Alternant compositions et reprises de traditionnels (The king of the fairies), Les climats variaient passant de trad irlandais au reggae avec en prime une démonstration de beat box, cette technique consistant à reproduire le son de percussions avec la bouche. Les nombreux passages de diverses percussions et de batterie apportaient un aspect tribal à la musique conduisant le public vers la transe.

Si on devait chercher un parallèle avec d’autres groupes, on pourrait dire que JIGGY se situe dans la lignée de formations telles que AFRO CELT SOUND SYSTEM ou KILA

L’ensemble avait un côté brouillon, déglingué, pas toujours convaincant et parfois foutraque mais il était terriblement efficace et lumineux.

CD : Translate

Site : https://www.jiggy.ie/

A’ NISH

A’ NISH existe depuis près d’une dizaine d’année. Le groupe s’est déjà produit au Festival Interceltique et a même remporté le trophée Loïc RAISON en 2011. A l’époque, il officiait cependant sous le nom de NISH AS RICH.

Composé de cinq musiciens, Anna GOLDBECK-WOOD (violon chant), Ruth KEGGIN (chant, flutes), Vanessa MCWILLIAM (contrebasse), Karl KRAMER (guitare, mandoline, bodhran) et Dave PEARCE (guitare), A’ NISH propose une musique traditionnelle inventive aux influences jazz avouées.

Si le répertoire, en grande partie composé, était principalement instrumental, de belles parties vocales assurées par Ruth ou Anna étaient néanmoins présentes. Vanessa faisait elle faire corps avec sa contrebasse.

Le groupe a fait paraitre cette année un nouvel album, Way of the Gull (le chemin de la mouette). Un des titres de l’opus porte ce nom en gaëlique mannois, Raad ny Foillan. Bien qu’originaire de l’Ile de Man, A’ NISH ne souhaitait pas que le CD y soit trop enraciné et le choix d’un titre en anglais et d’une métaphore sur la mouette était une invitation aux voyages que leur musique propose.

* Entretien avec A’ NISH

Quand avez-vous commencé à jouer ?

Vanessa : Nous avons commencé à jouer quand nous étions à l’université. Nous avons démarré le groupe en 2009 pour un projet qui se passait entre amis mais nous avons continué à jouer après ça.

Vous êtes musiciens professionnels ?

Vanessa : Oui, nous sommes musiciens professionnels. Nous avons étudié la musique à l’Université de York et maintenant on travaille partout en Grande-Bretagne. Par exemple, David est compositeur de musiques de films, moi j’enseigne la contrebasse, Anna, Ruth et Karl font beaucoup de choses différentes.

Anna : En tant que musicienne professionnelle, je me suis intéressée au jeu des musiciens mais aussi au comportement scénique. Je travaille à aider les musiciens pour qu’ils aient une meilleure présence scénique, en associant les aspects du mouvement et du théâtre dans la performance des musiciens sur scène. Certains ont peut-être entendu parler de la Technique Alexandre. C’est à cela que je me réfère.

Vous sortez du cadre de la musique traditionnelle !

Anna : Je suis une chanteuse traditionnelle de l’ile de Man, c’est ma formation. En tant que groupe, on a différentes influences. Nous sommes aussi bien influencés par la musique baroque, le rock, le jazz ou d’autres musiques du monde. David et Karl composent aussi et prennent en compte ces influences. Celles-ci ne sont cependant pas conscientes, ça vient comme ça, par le savoir-faire et les expériences des uns et des autres.

Quel est la part de compositions et de traditionnels ?

Karl : J’ai beaucoup joué en session dans les pubs avec des influences de musique traditionnelle mais j’écoutais aussi LED ZEPPELIN. Ce sont des influences inconscientes. A l’arrivée, cela donne pour moitié des morceaux traditionnels et pour moitié des morceaux composés par David et moi.

Vanessa : Parfois, une chanson peut mêler un morceau traditionnel et une composition originale.

Vous reprenez aussi des morceaux norvégiens !

Vanessa : En 2015, nous avons fait un voyage en Norvège pour jouer dans le nord du pays. C’était super ! Nous avons beaucoup aimé la musique norvégienne et cela nous a influencé.

Vous tournez beaucoup ?

Vanessa : Outre la Norvège et Lorient, nous avons joué en Italie, en Angleterre, en Ecosse et sur L’Ile de Man. Mais nous voulons faire plus !

Le Festival Interceltique est une étape importante pour vous ?

David : Oui, le fait de venir à Lorient est un moment important. Quand nous sommes venus en 2011, nous avons participé au Trophée Loïc RAISON et nous l’avons gagné. C’est un très bon souvenir, aussi on est vraiment ravis de revenir. Après ce festival qui avait été superbe pour nous, on était tellement contents que cela nous a inspiré un morceau qui nous a permis d’évacuer le blues de la fin du festival. Il est sur le nouvel album et il s’appelle Out of the Orient.

Le nom du groupe a changé. Pour quelle raison ?

Vanessa : Oui, nous avons changé notre nom. Nous avons commencé avec le nom NISH AS RISH qui signifie « De temps en temps ». L’année dernière, nous avons décidé de changer car nous voulions quelque chose de plus contemporain, de plus moderne, alors A’ NISH, c’est plus court et c’est aussi bien. A’ NISH, ça veut dire « De maintenant », c’est mieux !

Ruth, tu mènes aussi une carrière sous ton propre nom. Comment différencies-tu les deux ?

Ruth : J’ai effectivement une carrière solo. Elle est différente car il s’agit plus de musique traditionnelle. Il n’y a pas de compositions originales même si les arrangements sont originaux et un peu du même style qu’avec A’ NISH. Ce n’est pas avec les mêmes musiciens puisque je joue avec des musiciens irlandais. Cela apporte un son différent.

CD : Way of the Gull

Site : https://www.facebook.com/anishmusic

Un grand merci à Bertrand, interprète bénévole, pour sa disponibilité.

NOLWENN KORBELL’S BAND

Nolwenn KORBELL est une artiste protéiforme dont l’œuvre s’est affranchie d’une quelconque monotonie et qui sait se présenter sous différentes facettes.

EN 2010, Nolwenn avait publié un album rock très direct, Noazh, enregistré simplement en trio (guitare, basse, batterie) qu’elle était venue défendre au FIL l’année suivante. Au printemps 2018, Nolwenn a récidivé avec un nouveau CD, Avel Azul, paru sous le nom de NOLWENN KORBELL’S BAND, fruit de la collaboration avec le guitariste Franck DARCEL (MARQUIS DE SADE, REPUBLIK).

Le NOLWENN KORBELL’S BAND s’est produit lors de la soirée rock, en première partie des gallois de MANIC STREET PREACHERS. Parmi les musiciens on pouvait reconnaître en autres les guitaristes Xavier GERONIMI et Brieg GUERVERNO. Franck DARCEL était par contre absent.

Il ne s’agissait pas là de musique traditionnelle, ni de rock celtique, mais d’une musique rock bien carrée jouée par un solide et convaincant groupe (guitares, basse, batterie, claviers) accompagnant le chant de Nolwenn. Les chansons étaient interprétées en anglais (Sometimes lovers don’t meet), en français, mais aussi, et c’est ce qui faisait justement l’originalité de la démarche, en breton (Luskell, Boud dieub).

Le son était par contre un peu trop fort si bien qu’on avait parfois du mal à distinguer la langue. Il manquait également un peu d’élan, on avait cette impression d’une juste et conforme réinterprétation de l’album sans le lâcher–prise que permet pertinemment la scène. Le fait que l’Espace Marine ne soit pas comble ne facilitait pas non plus la tâche.

CD : Avel Azul

Site : https://fr-fr.facebook.com/Nolwenn-Korbells-Band-1011558712330276/

RED CARDELL

En clôture du FIL 2018, juste avant le passage des incontournables DJIBOUDJEP, c’est le groupe RED CARDELL qui s’est attelé à la tâche. Les quimpérois sont des habitués de la manifestation. Il y a quatre ans, ils s’étaient produits à l’Espace Marine en compagnie du BAGAD KEMPER pour le spectacle Fest-rock. Cette fois-ci, la prestation faisait suite à la parution du vingtième album (en vingt-cinq ans de carrière) au printemps 2018.

Les mouvements de personnes ont souvent rythmé la vie du groupe. L’accordéoniste Jean-Michel MOAL ayant à nouveau du se mettre en retrait pour des raisons de santé, RED CARDELL s’est présenté sous une formule différente, Jean-Pierre RIOU (chant, guitares électrique et acoustique), Pierre SANGRA (violon, guitare électrique), Hibu CORBEL (batterie) et Fred LUCAS (basse, claviers).

Le groupe n’avait qu’une heure de concert à livrer, aussi, à l’image de Jean-Pierre RIOU qui n’a pas ménagé ses efforts, les musiciens, ont tout donné et ont aligné des morceaux récents ou anciens (Courir, Fantômes, A Montparnasse, Rock n’ roll comédie), terminant le concert par l’hymne « cardellien », We’ve got to be alone, repris en chœur par le public. La guitare électrique sur-vitaminée remplaçait avantageusement l’accordéon.

Fidèle aussi à ses habitudes, le groupe a aussi joué très fort, trop peut-être par moment. L’énergie dégagée par les musiciens ou par les titres entrainants suffisaient. Il n’y a pas toujours besoin d’une débauche de décibels.

CD : Courir

Site : http://www.redcardell.com/

HARMONICA CREAMS

La surprise du Festival cette année ne venait pas de Bretagne, d’une autre région, ni même d’un pays celtique. Elle débarquait tout droit du… Japon. D’ailleurs le groupe ne figurait pas dans la programmation officielle

HARMONICA CREAMS est un trio, Yoshito KIYONO (harmonica), Aiko OBUCHI (violon) et Koji NAGAO (guitare), qui existe depuis une dizaine d’années et qui a déjà produit cinq albums. Leur musique est empreinte de folk irlandais mais ils y apportent une touche de blues qui les différencie de bien des groupes et qui a certainement contribué à leur succès.

Au départ, les musiciens était simplement venus pour participer au Trophée Loïc RAISON, une célèbre compétition réservée aussi bien à des groupes professionnels qu’à des groupes amateurs dont les éliminatoires se déroulent durant la semaine. Qualifiés pour la finale, le trio a finalement remporté le trophée. Leur virtuosité, leur maitrise impeccable, a séduit le jury autant que le public.

Ce succès n’a pas échappé au président et au directeur général du FIL et HARMONICA CREAMS est d’ores et déjà invité pour l’édition 2019.

*Entretien avec Yoshito KIYONO

D’où venez-vous exactement ?

Yoshino KIYONO : Je viens de Yokohama, Aiko vient de Tokyo et Koji de Kawasaki.

Comment le groupe s’est-il formé ?

Yoshino : J’ai rencontré Koji à l’Université. Nous avons joué du blues ensemble.

Quelques années plus tard, j’étais à Paris pour jouer de l’afro et du blues pendant environ deux ans avec des musiciens comme Hilaire PENDA ou Boney FIELD.

Koji et Aiko avait déjà commencé à jouer de la musique irlandaise à Tokyo à cette époque.
Puis, quand je suis rentré au Japon, j’ai organisé un premier concert avec eux. C’était un concert de jam session dans lequel était joué de l’irlandais, du jazz, du blues, du funk. J’avais déjà une idée de la composition et de la possibilité de ce son unique.

Comment as-tu découvert la musique celtique ?

Yoshino : À dix-neuf ans, après avoir découvert le blues et le jazz, j’ai écouté toutes les musiques du monde (indienne, mongole, arabe, afro, salsa). Pour les écouter, la médiathèque de l’université m’a été très utile. Et j’ai ainsi pu découvrir les CHIEFTAINS, Sharon SHANNON et Kevin BURKE. Ils étaient liés à mes sentiments et je les respectais mais cette musique était difficile à jouer avec mon harmonica de style blues. J’ai donc commencé à composer et j’ai cherché un musicien capable de partager ce sentiment musical original.

Il y a des musiciens qui vous influencent en matière de musique celtique ?

Yoshino : Pour Aiko, il y a Eileen IVERS, pour Koji, John DOYLE et pour moi James COTTON, Martin FAY et KILA.

Même si votre musique peut être qualifiée de celtique, il y a plusieurs influences, dont un côté blues affirmé. Comment qualifieriez-vous votre style ?

Yoshino : Celt et Blues. Nous cherchons encore et toujours un meilleur mot.

Comment êtes-vous perçu au japon ?

Yoshino : Beaucoup de Japonais ne savent pas ce qu’est la « musique celtique », mais ils peuvent toujours en devenir de grands amateurs après un spectacle. Nous pouvons aussi bien jouer dans des festivals de rock ou de jazz que dans des festivals de musiques du monde. Nous avons justement joué au Fuji Rock Festival 2018 cet été. Il s’agit de l’un des plus grands festivals de musique au Japon.

Si on excepte Lorient, vous vous produisez en dehors du Japon et là encore comment le public vous perçoit-il ?

Yoshino : HARMONICA CREAMS a fait cinq tournées en Espagne après le premier prix du Lunas Project au Festival de Ortigueira en 2012 en Galice. A chaque visite, beaucoup de gens reviennent nous voir, et tout le monde danse avec nous !

Vous connaissiez la Bretagne avant de venir ?

Yoshino : Oui, personnellement j’étais déjà venu à Douarnenez chez un ami.

Comment vous-êtes-vous retrouvés au Festival Interceltique d’une part et, d’autre part, comment avez-vous participé au concours ?

Yoshino : Des amis français m’avait dit que HARMONICA CREAMS devraient se rendre à Lorient un jour, aussi nous avions déjà fait le voyage il y a six ans. Cette fois, je me suis informé sur le concours au bureau du festival. Puis nous avons finalement décidé de participer au Trophée Loïc RAISON 2018.

Vous attendiez-vous à un tel succès ?

Yoshino : Oui, mais je ne pouvais pas imaginer que cela puisse être une expérience aussi agréable pour nous et rendre à ce point les gens heureux.

Vous êtes officiellement invités en 2018, qu’est que cela évoque pour vous et cela vous met-il une forme de pression ?

Yoshino : Oui un peu, parce que je veux bien sûr faire un meilleur spectacle que cette année.

Mais si je peux voir que beaucoup de gens viennent danser sur notre musique, ça me fera me sentir bien.

Connaissez-vous des musiciens bretons ?

Yoshino : Oui, un ami français en Normandie m’a fait partager la musique du groupe SKOLVAN. J’adore leurs albums. Très sympa !

Vous vous êtes produits à Lorient en trio en acoustique. Est-ce qu’il y a parfois d’autres musiciens sur scène avec vous comme sur vos albums ?

Yoshino : Souvent, nous jouons avec un batteur de jazz ou de rock. Pour notre quatrième album, Futura Ancient Alchemy, nous avions invité six musiciens dont Brian FINNEGAN du groupe FLOOK, Calum STEWART ou encore Pablo VERGARA du groupe BÖJ.

CD : Stereotype

Site : http://harmonicacreams.com/

LE OFF

L’an dernier, un appel avait été lancé aux différents instigateurs du OFF afin que soit respectée une certaine éthique musicale. Il semble que cette requête n’ait pas été entendue. Le OFF ressemblait cette année à une véritable foire dans laquelle la musique celtique ne semblait pas être la préoccupation des programmateurs.

Certains établissements n’hésitaient pourtant pas à utiliser l’imagerie du FIL pour présenter une programmation sans aucun rapport avec la musique celtique.

On a heureusement pu retrouver certaines formations dont nous avons fait écho ces dernières années (SKARN, TOXIC FROGS, KORRIGAN’S CELTIC ROCK).

Il est cependant urgent qu’une remise à plat du OFF soit engagée afin que ce festival parallèle retrouve la vitalité qui a été la sienne dans les années 90 et 2000. Ce ne sont pas les groupes ou musiciens aptes à s’y produire qui manquent.

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Le CD du FESTIVAL INTERCELTIQUE DE LORIENT 2018
(Coop Breizh)

Pour tous ceux qui y ont assisté comme pour tous ceux qui n’ont pu y venir, il existe une manière de (re)plonger dans l’ambiance du FIL en se procurant la compilation de l’édition 2018 parue quelques semaines avant la manifestation.

La pochette reprend le graphisme de la superbe affiche créée pour l’occasion et donne déjà envie de découvrir le contenu de l’album.

Tous les artistes présents à Lorient ne pouvaient évidemment pas prendre place sur l’album, mais ce dernier offre néanmoins un large panorama de l’édition 2018. Loin des compilations commerciales ressassant les mêmes chansons depuis des décennies, ce CD a le mérite de présenter des artistes renommés et d’autres moins connus ou médiatisés qui trouvent là un moyen de se faire connaitre d’une manière ludique.

On retrouve évidemment des valeurs sures comme Gilles SERVAT, Denez PRIGENT ou encore Yann TIERSEN.

Le pays invité est bien représenté et dans des styles très différents, PENDEVIG (Lliw gwyn, le titre phare de leur album), le chœur ONLY BOYS ALOUD, Catrin FINCH et Seckou KEITA et, dans un registre rock, MANIC STREET PREACHERS.

Rhiannon GIDDENS & L’ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE BRETAGNE n’ont pour le moment pas encore publié d’album en commun. Le titre proposé, Mouth music, fait donc office d’exclusivité.

L’écoute de cet album permettra de patienter jusqu’au mois d’aout 2019.

Article et entretiens réalisés par Didier Le Goff,
au Festival Interceltique de Lorient (août 2018)

Site du Festival : https://www.festival-interceltique.bzh/

Ce dossier est dédié à Maryannick VERNON, qui fait partie des personnes qui m’ont transmis la passion de la culture bretonne.

 

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