Fred FRITH – Step across the Border

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Fred FRITH – Step across the Border
(Fred Records / ReR Megacorp / Orkhêstra)

Un film improvisé sur un improvisateur, ainsi pourrait-on résumer l’œuvre cinématographique de Nicolas HUMBERT et Werner PENZEL réalisée en 1990. On peut également le définir comme un voyage sonore autour d’un musicien voyageur, que l’on voit en répétition, en concert, mais encore dans les rues, dans les trains, dans les champs, sur les routes, seul ou avec des amis musiciens : Step across the Border est le récit imagé des environnements sonores dans lesquels Fred FRITH a évolué sur une période donnée. La bande originale a été originairement publiée en double LP et en CD par RecRec Music puis rééditée en CD digipack avec une nouvelle pochette sur Fred Records en 2002.

La bande son n’aurait pu être que la simple restitution de ce qui est donné à écouter dans le film ; elle est en réalité un peu plus que cela. Soucieux de préserver au disque son autonomie d’œuvre musicale sans lui faire perdre son lien avec l’œuvre filmée, FRITH a retravaillé, développé et augmenté le matériau sonore du film de manière à créer une structure narrative complémentaire aux images.

Durant 73 minutes, improvisations sur le terrain, solitaires ou collectives, alternent avec compositions marquantes, et l’on se retrouve avec ce qui ressemble à la fois à un parcours au pas de course des espaces sonores investis par FRITH sur une douzaine d’années et à une anthologie de ses œuvres enregistrées sous son nom (Gravity, Cheap at Half the Price…) ou avec diverses formations (The Country of Blinds de SKELETON CREW, Killing Time de MASSACRE…).

Tout comme dans le film, on y croise les sons de figures illustres des musiques improvisées et des musiques nouvelles : Tom CORA, HACO, Lars HOLLMER, Iva BITTOVA, René LUSSIER, John ZORN, Bob OSTERTAG, BILL LASWELL, Zeena PARKINS, Tim HODGKINSON, Pavel FAJT, Jean DERÔME, Eitetsu HAYASHI, Arto LINDSAY, etc.

On aurait pu sous-titrer cette B.O. « A Young Person’s Guide to the World of Fred FRITH ». L’ensemble est de prime abord assez disparate, et il faudra plusieurs écoutes, notamment à ceux qui n’ont pas vu le film auparavant, pour cerner la logique tacite à ces enchaînements de thèmes souvent radicaux.

Néanmoins, si le film est en noir et blanc, le disque est lui riche de moult couleurs expressives et constitue un parfait dictionnaire pour le néophyte. Défense d’employer le mot « compilation » ; il s’agit ici d’autre chose, comme un portail ouvrant sur un univers pluri-dimensionnel…

Stéphane Fougère

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°16 – novembre 2004)

 

 

 

 

 

 

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