FRESU / PELLEN / MARCHAND TRIO – Condaghes

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FRESU / PELLEN / MARCHAND TRIO – Condaghes
(Silex / Audivis)

Le chanteur traditionnel centre-breton Erik MARCHAND et le trompettiste sarde Paolo FRESU ont fait connaissance sur l’initiative du guitariste breton Jacques PELLEN lors d’un concert de son groupe CELTIC PROCESSION en 1994.  Deux ans après, une autre représentation leur a confirmé l’opportunité de graver leur expérience sur CD, dont Condaghes (écritures sardes) est le résultat.

Quelques morceaux de ce disque ont du reste enrichi le répertoire de la CELTIC PROCESSION lors de son concert donné en 1998 au Festival de Lorient, le travail du trio s’inscrivant complètement dans cette exploration buissonnière d’une “esthétique jazz sous influence bretonne” (sic) à laquelle Jacques PELLEN a dévolu son œuvre.

Toutes les compositions de Condaghes – qu’elles aient été écrites par l’un de nos trois pélerins ou, pour une grande part, par la harpiste Kristen NOGUÈS – sont toutes basées sur des danses de Centre-Bretagne (gavotte, fisel…). Bien que les phrasés aient globalement été préservés, l’originalité de Condaghes porte sur l’inattendu travail de refaçonnage rythmique du swing breton.

La guitare de PELLEN sert de lien, ténu mais assuré, entre la fluidité “miles-davisienne” de la trompette de Paolo FRESU, dévoyée à l’occasion par le procédé du multi-effet, qui autorise moult reliefs et superpositions et l’aspect plus rugueux, brut, du timbre d’Erik MARCHAND, qui ne bénéficie d’aucun effet spécial, sauf sur Ar Sorserez, où l’utilisation passagère de la technologie permet d’inaugurer une dimension polyphonique.

Et c’est dans ce contraste créé par la nature opposée de ces différents volumes sonores que vibre une résonance dont l’écho, au-delà des barrières linguistiques, se décline sur le mode de la plainte, du répit méditatif ou sur un mode plus “rageur” (Berseuz, Ton Braz Manuel Kryann).

Le concours du contrebassiste Henri TEXIER (d’origine bretonne) sur quelques plages fait entrevoir encore d’autres perspectives de déploiement du mystère inconditionné de cette résonance universelle.

Les “écritures” ne peuvent survivre à l’avenir que si elles se libèrent des formatages convenus, et ces Condaghes se posent d’ores et déjà en manifeste d’une langue inouïe, mais pas si étrangère que ça. Au besoin, réécoutez l’album plusieurs fois pour vous en convaincre.

Stéphane Fougère

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°3 – octobre 1998)

 

 

 

 

 

 

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