GONG – The Universe also Collapses

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GONG – The Universe also Collapses
(Kscope)

Ceux qui joueront les ahuris ou les offusqués en voyant débarquer en 2019 un nouvel album de GONG ont soit passés trop de temps sur une autre planète ou ont abusé de la soupe aux champignons, soit n’ont toujours pas pris acte du changement de propriétaire – les nouveaux ayant été pourtant adoubés par les anciens – ou s’y refusent pour des raisons d’éthique artistique. On ne va pas ici vous retracer les épisodes précédents, juste rappeler qu’il y a bel et bien eu passation de pouvoir et transmission de flamme de la part de l’inénarrable et inimitable Pixie en chef Daevid ALLEN à ceux qu’il avait recrutés pour poursuivre l’aventure GONG avant qu’il passe définitivement… de “l’autre côté du ciel”. À charge donc pour les nouveaux occupants du vaisseau-mère GONG de prolonger tant l’esprit que l’empreinte musicale de GONG.

Après avoir rendu un éloquent hommage à Daevid ALLEN avec son précédent album, Rejoice ! I’m Dead !, le nouveau GONG cherche à asseoir sa légitimité en revenant aux fondamentaux tant éthiques que musicaux (qu’il n’avait pas vraiment quittés, mais bon…) par lesquels GONG a marqué son temps, à savoir en rappelant ce qu’est véritablement une musique psychédélique et en réalisant une sorte d’album psychédélique ultime, quitte à ce que ça fasse un peu “donneur de leçons”…

Certes, Rejoice ! I’m Dead ! et avant lui I See You ont déjà largement montré les hautes compétences tant techniques que musicales de la nouvelle fratrie gonguesque, constituée de Ian EAST (divers vents), Fabio GOLFETTI (guitares électrique et glissando), Cheb NETTLES (batterie, piano, theremin), Dave STURT (basse, synthétiseur) et Kavus TORABI (guitares électrique et acoustique, chant principal). Aussi peut-on se demander si The Universe also Collapses a vraiment du neuf à proposer sur le plan musical. À vrai dire pas franchement, mais ce n’est pas non plus son propos. Le psychédélisme n’est pas un mouvement nouveau, mais il existe toujours et défie aussi bien le temps que l’espace, dont il se plait du reste à déformer et à transfigurer les cadres trop étriqués par la conception rationaliste. Et GONG de chercher donc à nous rappeler que l’univers, vu et vécu sous l’angle psychédélique, peut lui aussi tomber dans les vapes…

Pour ce faire, le nouveau GONG a mis les petits plats dans les grands et démarre son nouvel album avec une pièce kaléidoscopique qui remplit à elle seule la moitié du CD et la première face du LP. Atteignant les vingt minutes, Forever Reoccurring est à ce jour le morceau le plus long enregistré en studio par GONG. Comme on s’en doute, il est fait de plusieurs étapes, enchaînant périodes de flottement et zones d’ébullition, décollages et atterrissages, trajectoires en boucles et en spirales plutôt qu’en lignes droites, instants de suspension et embrasements qui tournent parfois courts, mais l’essentiel est qu’ils tournent et fassent tourner les têtes, qu’ils fassent perdre pied et le prendre simultanément, et lâcher prise.

Nos Pixies “next generation” font ça très bien, au point que Forever Reoccurring donne l’impression d’évoluer dans un univers à la fois parallèle et consanguin à celui du légendaire album You. On y croit, ou bien on veut continuer à y croire. La volonté y est, et est exposée avec beaucoup d’application ; peut-être même un peu trop… Car tout cela est étalé avec un sérieux qui marque l’écart avec l’esprit pot-head-pixien, truculent, anarchiste et potache, du Sieur ALLEN. Et pourtant, c’est bel et bien du rock psyché à la sauce GONG, période ALLEN et HILLAGE.

C’est à un virage à 180° que nous convie le morceau suivant, puisque If Never Am and Ever You (clin d’œil un rien appuyé) s’inscrit parmi les morceaux les plus courts (si ce n’est LE plus court) du répertoire de GONG, atteignant à peine les 2’30 ! Comme quoi on peut avoir l’esprit baba et avoir des montées subites d’adrénaline.

My Sawtooth Wake est l’autre pièce à rallonge du disque, s’étalant sur treize minutes avec une rythmique vitaminée, des vapeurs saxophonistiques qui tournent parfois aigres, et des effets de glissando garantis maison. Là aussi, on prend le temps d’alterner fureur et flottaison, de faire monter et descendre la pression, au moins pour permettre à Kavus TORABI d’énoncer quelques versets abscons et profonds de sa voix un rien torpide et languide qui ne fait toutefois pas le même effet que celle, plus espiègle, d’ALLEN. Heureusement que ses camarades lui prêtent parfois main forte. Mais musicalement, la preuve est faite que GONG n’a rien perdu de sa vigueur.

Sans doute le morceau le plus inattendu est-il le dernier, The Elemental, puisqu’il démarre avec Kavus au chant et à la guitare acoustique, rappelant plus certaines compositions solistes à consonance folk de Daevid ALLEN que du pur GONG, mais le renfort de sax, basse, guitare électrique et batterie finit vite par tirer la pièce vers un son plus garni, entre acid-folk et acid-rock. Et en fin de course, une “punchline” archétypale, répétée tel un mantra, (« Remember, there is only Now ») parachève le positionnement psychédélique ultime.

Voilà, GONG est toujours là et n’a pas changé, et on ne peut pourtant pas s’empêcher de penser que ce n’est plus tout à fait la même chose. C’est dans ce subtil effet paradoxal que ce GONG creuse sa voie. On peut regretter l’absence de la “marque” Daevid ALLEN et encore plus de la “touche” Gilli SMYTH, mais on ne peut pas accuser les membres actuels d’avoir altéré ou corrompu l’esprit du “classic GONG”. The Universes also Collapses trace un sillon on ne peut plus familier. C’est sa qualité autant que son défaut. Reste à savoir quand arrivera le moment où ce GONG se sentira prêt à couper le cordon s’il veut vraiment parvenir à un nouveau stade d’émancipation ; car l’histoire de GONG s’est aussi écrite à coup de déviances stylistiques et esthétiques, justement pour éviter de “s’effondrer lui aussi”…

Stéphane Fougère

Site : https://www.gongband.com/

Label : www.kscopemusic.com/

 

 

 

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