GUILLANTON – Goulou War Ar Mor

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GUILLANTON – Goulou War Ar Mor
(Magyar Brezhoneg / Avel Ouest / Coop Breizh)

Une voix joyeuse et légère qui chante en breton accompagnée d’une guitare bluesy et d’une batterie programmée avec goût : le premier titre, Goulou War ar Mor, annonce tout de suite la couleur d’un album original et ensorceleur.

La voix de Youenn GUILLANTON, ancien chanteur du groupe MEURIAD, est sans aucun doute inspirée par celle de Kristen NIKOLAS, mais elle est plus douce et glisse sur les mélodies avec tant d’aisance et de vivacité que son chant se rapproche parfois des mélopées chamaniques du chanteur sami WIMME.

Youenn GUILLANTON chante des poèmes qu’il a écrits depuis 1994 et a choisi pour cet album des textes ayant ayant en grande partie pour sujet l’eau sous toutes ses formes : la mer, la fontaine, la pluie, mais aussi le “surf” sur Internet. Goulou War ar Mor, qui donne son titre à l’album, signifie d’ailleurs “Lumière sur la Mer”. Youenn évoque aussi d’autres thèmes: l’aventure, la terre, l’alcool, les sirènes, l’amour, l’ensorcellement.

La grande particularité de cet album est que la voix est mixée à la hauteur des instruments. La musique ici ne fait donc pas qu’accompagner le chanteur. Elle est bien mieux mise en valeur que dans la plupart des albums de chansons. En outre, pour les auditeurs qui ne comprennent pas le breton (dont je fais partie), la voix devient un instrument dont on prend vite plaisir à écouter la musicalité et la joie qu’elle procure.

Les compositions sont signées par Youenn GUILLANTON et Philippe BROSSE, également aux guitares, à la basse, au oud, aux claviers et aux programmations. Ce dernier est aussi l’auteur des arrangements remarquables de cet album, qui vont du rock au classique, en passant par le blues, la techno et la world music. Sur certains morceaux, les guitares électriques et acoustiques évoquent l’univers du blues (Tramor…) ; sur d’autres, les tablas ou la tampura font rêver à l’Inde ; les quelques touches de reggae sont curieusement mêlées à une batterie plutôt jazz pour créer une atmosphère des plus étranges.

Quatre titres bénéficient de la présence du batteur Boris SELLEM, bien que la batterie programmée sur le reste de l’album ne dépare en rien les arrangements riches et subtils. Les boucles de claviers psychédéliques suggèrent les liens infinis de la “toile” sur Kenrouederien, tandis que la pluie est évoquée par les percussions et les programmations électro très amples de Dour Klogor.

Une reprise du thème Goulou War ar Mor surprend encore par le poème dit a capella, suivi par une version rock qui est un bel hommage, très appuyé, à Frame by Frame du groupe de rock progressif KING CRIMSON (de l’album Discipline, 1981) ; le rock est aussi bien présent par les attaques de la guitare électrique de la reprise du thème de Tramor (“Au-delà des mers”), qui contrastent avec le calme de la chanson. La présence d’un quatuor à cordes sur deux titres (Foeter-Hent et Klemmgan an Talaroù) vient apporter quelques touches symphoniques.

Toutes ces influences, ces contrastes et ces sonorités très diverses d’un morceau à l’autre sont arrangés de telle manière que les treize titres de l’album s’écoutent (et s’écoulent) comme un unique voyage. Goulou War ar Mor donne l’impression de voguer sur une mer bordée de mille lumières.

Sylvie Hamon
(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n° 34 de juillet 2007)

Site : https://youenn-guillanton.webnode.fr/

 

 

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