HANGGAI – He Who Travels Far

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HANGGAI – He Who Travels Far
(World Connection / PIAS)

Hanggai-HeWhoTravelsFarPar une heureuse coïncidence (qui n’en est donc probablement pas une), le premier album de HANGGAI est paru en 2008, l’année où les Jeux Olympiques se sont tenus à Pékin, ville d’où ses membres sont originaires. Il n’en a pas fallu plus (enfin si, son talent !) pour que le groupe et son opus se fassent remarquer à l’échelle internationale.

Cependant, c’est en vain que l’on cherchera dans sa musique des sons de luth pipa, de cithare guzheng ou de flûte xiao ou dizi. Car la majorité des musiciens de HANGGAI sont d’origine mongole et tous ont redécouvert leur culture, à commencer par le chanteur et joueur de luth tobschur et de banjo YILIQI, qui, après avoir avoir fréquenté la scène punk chinoise (si, si, il y en a une !), est retourné sur la terre de ses parents, soit en Mongolie intérieure, pour y constater l’état de décrépitude culturelle qui y règne.

Il fallait faire quelque chose pour ranimer la flamme de cette culture, et HANGGAI est né, avec la ferme intention de mettre en avant ces éléments vocaux et instrumentaux archétypaux, à savoir le chant de gorge höömei, la vièle à tête de cheval morin-khuur, le luth à deux cordes tobschur, etc.

Mais ces musiciens sino-mongols n’en sont pas moins des enfants de la mondialisation, et l’on ne se débarrasse pas comme ça d’un séjour dans le territoire des musiques électrifiées, même s’il serait abusif de mettre en avant une influence punk dans la musique de HANGGAI. Du reste, la plupart de ses morceaux sont des adaptations de thèmes traditionnels mongols, et les textes des chansons n’ont rien de politique ni de provocateur, à moins de considérer que chanter la magnificence des paysages de la steppe, le panache des chevaux, plus des berceuses et des histoires d’amour participe d’une volonté subversive (fortement cryptée, alors)…

Mais HANGGAI a manifestement souhaité s’adresser à un public aussi large que possible au sein et hors des frontières chinoises. On devine qu’il lui a donc fallu montrer patte blanche vis-à-vis des autorités chinoises en ne montant qu’un répertoire de chansons folk mongoles (ce qui en soi est pourtant un engagement), non sans les arranger avec un peu d’électricité pour les faire parvenir à des oreilles plus jeunes ou plus mondialistes. Aussi trouvait-on sur le premier disque de HANGGAI des sons plus occidentaux, comme la guitare électrique, le banjo ou des textures électro, disséminés ça et là…

Ceux qui ont connu le groupe avec Introducing HANGGAI seront néanmoins étonnés de la nouvelle épaisseur sonore du sextet sur son nouveau CD. He Who Travels Far a cette fois été enregistré de manière plus organique, dans des conditions « live » en studio. Les voix (ils sont quatre à se les partager : YILIQI, HURIZHA, BATUBAGEN et YILALATA), les instruments acoustiques et les instruments électriques fusionnent avec plus de cohérence et de conviction, et HANGGAI peut sans tricher endosser l’étiquette de groupe folk-rock, à l’instar de son voisin de palier de la république de Touva, YAT-KHA, avec lequel on ne peut s’empêcher d’établir un parallèle, au moins de par les affinités culturelles entre les peuples mongols et touva.

HANGGAI s’est de plus entouré de producteurs occidentaux, JB MEIJERS et Ken STRINGFELLOW (R.E.M., THE POSIES, BIG STAR…), ainsi que de plusieurs musiciens invités, dont le guitariste américain Marc RIBOT, qui a notamment travaillé avec John ZORN, Tom WAITS, Mike PATTON et Alain BASHUNG. On peut l’entendre à la guitare et à la mandoline sur l’imposant et rugueux Dorov Moraril.

Bref, le moule a été savamment préparé pour capter l’attention d’un auditoire plus sevré de sons rock, et ce n’est pas un hasard si HANGGAI s’est déjà produit au plus grand festival de métal, le Wacken Open Air.

He Who Travels Far se partage ainsi entre pièces folk-rock soutenues par des rythmes chevalins, soit au trot (Gobi Road, Hanggai), soit au galop (Urumdush, Beautiful Mongolian Horse, la seconde moitié de Xiger Xiger), des morceaux à consonance country et bluegrass (Yuan Din Cap, Zhang Dan), ainsi que des ballades étoilées à faire fondre les montagnes rocheuses (Hairan Hairan, Hanggai, Daya).

On y trouve également de nouvelles versions de deux morceaux déjà popularisés sur Introducing HANGGAI, à savoir le suave Borulai’s Lullaby et la fameuse chanson à boire Ayrhindu et son imparable emballement rythmique, avec laquelle HANGGAI a gagné nombre d’adeptes, ce qui lui a valu d’être qualifié de cousin mongol des POGUES. Il est vrai que la démarche est au fond assez similaire à celle du combo, irlandais, à ceci près que Shane McGOWAN a moins pratiqué le chant de gorge diphonique que le chant de gorge desséchée… Mais de même que celui qui voyage loin (traduction de « He Who Travels Far ») ne ménage pas ses bitures, celui qui écoutera HANGGAI ne ménagera pas ses lecteurs CD et mp3 !

Pages : https://hanggai.bandcamp.com/

www.myspace.com/hanggaiband

Stéphane Fougère

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