HEART OF THE DRAGON ENSEMBLE – Classical Folk Music from China

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HEART OF THE DRAGON ENSEMBLE – Classical Folk Music from China
(ARC / DOM)

Est-ce l’aube qui s’efface, ou bien le crépuscule qui paraît ? Dans cette brume épaisse et laiteuse, il devient bien difficile de savoir à quel point du jour on se situe… On distingue alors des masses sombres et frisées, de tailles variables… des haies ? des arbres ? des collines ? des montagnes ? Une ligne fine trace l’horizon, et les mêmes masses feuillues et terreuses se renversent de l’autre côté de la ligne, leurs contours étant cette fois plus tremblés… leurs reflets sur l’eau ? Nous sommes sur une rivière, un fleuve, un lac… Sur cet espace mouvant se découpent bientôt des ombres (chinoises, on l’aura deviné ?). Ce sont des êtres humains qui avancent dans de frêles embarcations éclairées par une menue lanterne… Sont-ce des voyageurs égarés ? des pêcheurs sur le chemin du retour ? Toujours est-il que leurs mouvements de rame apportent quelque animation vibratoire dans ce décor inamovible. C’est ce type de tableau, parmi tant d’autres, qui est dépeint dans la musique folklorique chinoise : un paysage, un moment, une humeur, une émotion… 

Particulièrement actif au Royaume-Uni, où il donne maints concerts et anime des programmes éducatifs, l’Ensemble HEART OF THE DRAGON (Cœur de dragon) est constitué de musiciens sino-britanniques relativement jeunes mais tous passés maîtres dans la pratique de leurs instruments traditionnels. Son directeur artistique, Jiang LI, est aussi un compositeur attitré, et plusieurs de ses pièces sont jouées sur ce CD et se fondent parmi les morceaux traditionnels.

La palette instrumentale de HEART OF THE DRAGON comprend l’essentiel des spécificités sonores de la tradition chinoise : violon à deux cordes “er-hu”, flûte traversière en bambou “dizi”, luth piriforme “pipa”, mini-orgue à bouche “sheng”, longue flûte de bambou “Xiao”, harpe-cithare “guzheng” et tympanon “yang-qin”.

Les images changent de ton au gré des techniques de jeu usitées et des instruments requis. Il suffit d’une inflexion sur la corde d’un er-hu ou d’un yang-qin pour qu’une larme modifie sa propension humorale : de la tristesse à l’allégresse, par exemple. Un phrasé de pipa fait se replier l’univers dans un recueillement solitaire, là où une envolée de flûte dizi creuse une distance paysagère à l’horizon inaccessible. L’inverse peut aussi se produire…

Tous les atouts sont rassemblés pour offrir une musique traditionnelle typée et surtout habitée par une grande force poétique, à la fois extrêmement nuancée et incroyablement dynamique, riche et épurée, accessible et raffinée. Ce n’est plus du dépaysement, c’est du déploiement.

Stéphane Fougère

Site : www.chinesemusic.co.uk

Label : www.arcmusic.co.uk

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°17 – juin 2005)

 

 

 

 

 

 

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