HENRY COW – Western Culture

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HENRY COW – Western Culture
(ReR/Orkhêstra Int.)

henry-cow-western-cultureLes «années Virgin» d’HENRY COW, représentées par la fameuse trilogie des chaussettes (Leg End, Unrest, In Praise of Learning) avaient, on s’en souvient, fait l’objet de rééditions remastérisées et repackagées sur ReR. C’est au tour de Western Culture, quatrième et ultime album studio du groupe, de bénéficier du même sort, histoire de boucler la boucle des rééditions des albums «classiques» du pionnier de ce qu’on devait appeler plus tard le «Rock In Opposition».

Nous sommes en 1978 : beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis le précédent disque studio d’HENRY COW, qui remonte à 1975 ; et même le double album Concerts, paru en 1976, ne délivre, malgré sa richesse, que quelques bribes de l’aventure scénique, compositionnelle et musicale vécue par le groupe. Entre autres épisodes, Dagmar KRAUSE a eu le temps de quitter le groupe pour des raisons de santé, de le réintégrer pour finalement le re-quitter pour les mêmes raisons de santé ; Georgie BORN a remplacé John GREAVES à la basse (et au violoncelle) ; en 1977, le groupe, qui n’a pratiquement pas cessé de tourner (notamment en France, en Angleterre, et en Scandinavie), a fusionné pour quelques concerts avec le MIKE WESTBROOK BRASS BAND pour créer l’ORCKESTRA ; Tim HODGKINSON a accouché d’un morceau fleuve, Urk-Ga, qui ne sera officiellement pas enregistré (il apparaîtra en 1994 sur son album Each in Our Own Thoughts sous le titre ronflant Hold to The Zero Burn, Imagine) ; en janvier 1978, les premières sessions d’enregistrement du nouveau disque ont révélé des divergences compositionnelles entre les membres du groupe ; Geogie BORN a quitté le groupe ; le premier festival Rock In Opposition s’est tenu en mars à Londres ; l’ORCKESTRA a continué à donner quelques concerts entre deux tournées d’HENRY COW ; Phil MINTON, Henry KAISER ou Yochk’o SEFFER ont été les invités d’un soir à certains concerts ; Anne-Marie ROELOFS (trombone, violon) a rejoint le groupe sur ses dernières dates et, en juillet-août, les sessions d’enregistrement ont repris pour Western Culture. Ce coup-ci, c’étaient les bonnes!

Des sessions de janvier, seul le morceau Half The Sky, écrit par Lindsay COOPER, a été retenu pour le disque. Les autres morceaux, des «chansons» composées par Fred FRITH et Chris CUTLER, serviront finalement de matière première à un projet parallèle à HENRY COW, il s’agit de ART BEARS, qui verra le retour de Dagmar KRAUSE.

Le LP Western Culture voit donc HENRY COW revenir à la composition strictement instrumentale et n’est constitué que de morceaux de Tim HODGKINSON (sur la première face) et de Lindsay COOPER (sur la seconde). L’improvisation, pourtant bien mise en valeur dans Concerts, est tout aussi absente que le chant.

Néanmoins, on perçoit que l’engagement politique est toujours source d’inspiration pour le groupe, même si les textes ont disparu. Le titre du disque en est lui-même une preuve, ainsi que l’apparition de sous-titres pour chaque face du disque, et les titres des pièces «hodgkinsonniennes» comme Industry et The Decay of Cities, à travers lesquels se lit fort bien l’évocation d’un empire urbain effrayant de noirceur et d’un machinisme technologique outrancier, tandis que On The Raft achève de forcer le trait avec son allure de marche funèbre. La face «cooperienne » n’est pas en reste et offre elle aussi de savoureuses pièces à la construction aussi pointue que profuse, combinant toujours musique contemporaine, musique de chambre, impulsion rock et embardées free-jazz (la séquence de piano aux relents «tayloriens» dans Gretel’s Tale).

Réduit à un quartet (mais bénéficiant des interventions passagères de Anne-Marie ROELOFS, Georgie BORN et Irène SCHWEITZER), HENRY COW livre avec son chant du cygne sept pièces dont la complexité cérébrale n’est pas la seule qualité impressionnante. La palette instrumentale révèle également une foule de couleurs (bassons, clarinettes, saxophones, guitares acoustique et électrique, orgues, percussions électrifiées, violons, etc.), qui, alliée à une inventivité sonore perpétuelle (les trouvailles d’un FRITH, le foisonnement de figures rythmiques d’un CUTLER…), font de Western Culture un prototype concluant et exigeant de «rock de chambre» dont les méthodes compositionnelles, plus proches d’un SCHÖNBERG et d’un CAGE que des Romantiques, seront adoptées par une bonne partie des groupes post-RIO.

Alors que les rééditions des albums précédents d’HENRY COW réalisées par ReR s’étaient faites une règle de supprimer, dans un souci de purisme, tous les morceaux bonus qui avaient été inclus dans les premières rééditions CD de ces mêmes albums sur le label ESD, cette réédition de Western Culture, contre toute attente et en faisant fi de la règle énoncée, propose trois morceaux bonus qui ne figuraient pas sur la réédition CD précédente de Western Culture ! Ainsi, outre une version alternative inédite de Look Back, ce CD reprend les deux morceaux qui avaient été publiés en 1986 sur la compilation Recommended Records Sampler : Slice (issu des sessions de l’été 1978) et Viva Pa Ubu, lequel, provenant des sessions de janvier 1978 et composé en hommage au personnage culte d’Alfred JARRY, s’avère être le seul morceau chanté du CD. Tout le groupe semble participer à la liesse vocale dadaïste, et il me semble même reconnaître la voix de Dagmar KRAUSE, bien qu’elle ne soit pas mentionnée dans les crédits.

Le livret fournit maints photos et notes biographiques de Chris CUTLER et l’on se plaît à espérer, maintenant que chaque album du groupe a eu droit à une réédition CD décente, que l’on aura droit très bientôt à la publication d’enregistrements live ou studios inédits, de manière à combler les «blancs» de l’histoire d’HENRY COW.

Site : www.rermegacorp.com

Stéphane Fougère

 

 

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