HUUN HUUR TU – Altai Sayan Tandy-Uula

Print Friendly, PDF & Email
HUUN HUUR TU – Altai Sayan Tandy-Uula
(Greenwave / Productions spéciales)

Huun-Huur-Tu_Altan-Sayan-Tandy-UulaIl aura fallu de la patience pour enfin mettre la main et tendre l’oreille sur ce nouveau disque du plus célèbre groupe folk de Touva, son premier album studio depuis… When Young Grass Grows, en 1999. Enregistré en 2003, Altai Sayan Tandy-Uula est sorti en 2004, mais deux bonnes années de plus ont été nécessaires pour le voir distribué en France, avec une promotion étrangement, euh… discrète. C’est à se demander même si on n’a pas voulu nous le cacher. Alors que l’actualité de HUUN HUUR TU avait tendance ces dernières années à tourner un peu en rond, à coup d’albums live et de remixes, un disque avec de nouvelles compos serait plutôt de nature à rassurer sur le potentiel créatif du quartet… ou bien d’inquiéter davantage. Il est vrai que ce disque recèle bien des surprises.

D’abord, il n’est pas sorti, comme les précédents, sur le label allemand Jaro, mais sur un obscur label russe qui avait déjà fait paraître une non moins obscure collaboration de HUUN HUUR TU avec un groupe électro-rock, MALERIJA. Apparemment, ce disque n’a jamais passé la frontière. Et c’est sur le tard et sur la pointe des pieds qu’est diffusé Altan Sayan Tandy-Uula. A-t-on voulu nous préserver d’un nouveau naufrage à l’image du CD de remixes Spirits from Tuva ?

Pourtant, le contenu d’Altai Sayan Tandy-Uula n’a rien de honteux ni de répréhensible, à condition d’accepter que le groupe touvain éclaire sa musique aux échos ancestraux et chamaniques sous un angle légèrement plus urbain. Car ce qui distingue ce disque des précédents est sa production et ses arrangements.

Qu’on se rassure, la part belle est toujours dévolue aux chants de gorge höömei, sygyt et kargyraa, et la musique de HUUN HUUR TU est toujours gorgée de luth à deux cordes igil, de banjo doshpuluur, de guimbarde khomus, de guitare acoustique et de tambour tungur. Mais dès les premières notes de Blessing, qui ouvre l’album, on sent que le son de HUUN HUUR TU, bien qu’immédiatement reconnaissable, a un peu changé, au moins du fait de la participation de musiciens externes, tel Vladimir VOLKOV (VERSHKI DA KORESHKI) à la contrebasse, ou encore Andrey SAMSONOV à la clarinette et aux (discrets) claviers.

Ce dernier – par ailleurs compositeur russe – est également le producteur de ce disque, et c’est apparemment à lui que l’on doit ce changement de relief sonore, lequel est devenu plus spatial avec ses effets de voile sur les voix, ces effets d’écho et de résonance, ces percussions sourdes, dont on ne sait si elles sont réelles ou programmées, ou encore ces audacieuses programmations technoïdes sur Kayan, qui donnent l’impression d’écouter un trot de cheval cybernétisé !

Et malgré tout ces bidouillages et empilements – ou grâce à eux – la musique de HUUN HUUR TU reste aussi envoûtante, suave et atmosphérique, évoquant cette tradition nomade enveloppée de mystère. Qu’on écoute Tandym ou le morceau éponyme à l’album pour s’en convaincre. Ce dernier est du reste entièrement l’œuvre (vocalement et instrumentalement) du dernier venu dans le groupe, Andrey MONGUSH, qui remplace Anatoli KUULAR.

Décidément, ce disque est marqué du sceau du changement. Pour autant, l’essentiel a été préservé. Même avec une parure un brin plus moderne, le « prisme vertical de la lumière » continue donc de rayonner en beauté dans les steppes sibériennes…

Site : https://en.wikipedia.org/wiki/Huun-Huur-Tu

Stéphane Fougère

 

Laisser un commentaire