Jacky MOLARD QUARTET & Foune DIARRA TRIO – N’Diale

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Jacky MOLARD QUARTET & Foune DIARRA TRIO – N’Diale
(Innacor / L’Autre Distribution)

 

Infatigable défricheur, Jacky MOLARD a non seulement contribué à l’émergence sur la scène bretonne d’un jeu de violon qui se distingue de celui du fiddle irlandais, mais il n’a eu de cesse de se frotter avec d’autres grammaires, celles des musiques improvisées, du jazz, des musiques balkaniques. Ayant souvent pris part à différents projets de Jacques PELLEN et d’Erik MARCHAND, il a finalement monté son propre quartet, dans lequel il combine son savoir pluridisciplinaire à celui de ses acolytes, à savoir la contrebassiste Hélène LABARRIERE, le saxophoniste Yannick JORY et l’accordéoniste Janik MARTIN.

On se souvient que la première signature discographique du quartet, parue en 2006, sur le même label Innacor (dont Jacky est le co-fondateur avec Erik MARCHAND et Bertrand DUPONT), s’imposait par un son riche et compact et rendait compte d’une complicité remarquablement soudée entre ses membres. On se doutait certes qu’un nouvel opus allait suivre, mais on n’avait pas nécessairement prévu qu’il sonnerait ainsi !

Car ce disque n’est pas uniquement crédité au Jacky MOLARD QUARTET, mais aussi au Foune DIARRA TRIO, qui débarque directement de Bamako, au Mali ! Ce trio est en effet enraciné dans la musique mandingue, plus précisément dans le style wassoulou, du nom d’une région du Sud du Mali qui se caractérise par sa pluralité culturelle (Malinkés, Dogons, Bambaras, Bozos, Sénoufos et autres communautés s’y côtoient). Plusieurs artistes ont déjà contribué à la reconnaissance internationale de cette musique, comme Oumou SANGARE, Nahawa DOUMBIA et Ngou BAGAYOGO, Tom DIAKITE, Sali SIDIBE, etc. On retrouve dans le Foune DIARRA TRIO des instruments emblématiques du Wassoulou, comme le kamele n’goni – sorte de kora qui aurait accentué ses capacités rythmiques) – joué par Kassim SIDIBE (déjà entendu auprès d’Oumou SANGARE), ou encore le djembé et le carillan (grattoir métallique frotté avec une tige de fer), dont use Alhassane SISSOKO. Ce dernier est du reste le créateur du groupe FAKOLY PERCUSSION, au sein duquel s’est faite remarquée une certaine Foune DIARRA pour sa danse et pour son chant solaire qui porte loin.

On pourra le constater à nouveau avec cet album, puisque Foune DIARRA y impose sans difficulté son timbre vocal si particulier, de même que le kamele n’goni y répand son pouvoir hypnotique et le joueur de djembé sa frappe mat et rigoureuse. Évidemment, pour les connaisseurs de l’univers pourtant polymorphe de Jacky MOLARD, ça fait du changement !

Au fond, ce qui étonne le plus dans ce projet, c’est que le Jacky MOLARD QUARTET ne semble pas avoir invité le Foune DIARRA TRIO ; c’est plutôt le contraire qui se serait produit ! C’est même presque sur la pointe des pieds, en tout cas avec une grande prudence doublée d’une non moins grande confiance en leurs facultés d’adaptation, que le violon, l’accordéon, le saxophone et la contrebasse s’immiscent dans les rythmes et les mélodies mandingues. D’autant que la majorité des compositions enregistrées ici sont le fait du trio africain.

Il serait pour le moins réducteur de parler en l’occurrence d’un mélange breton-malien. Car les influences du Jacky MOLARD QUARTET sont, comme on l’a dit, plus vastes. C’est donc à la manière de solistes de jazz que les membres du quartet européen se manifestent dans les thèmes du trio malien, jonglant entre improvisations et dialogues pentatoniques, avec relents balkaniques et touches celtisantes. De vrais thèmes de danses bretonnes ou irlandaises parviennent même à se glisser subrepticement, et avec un naturel ahurissant, dans les chansons du Foune DIARRA TRIO, que ce soit un rond de Saint-Vincent dans Makaribana, un kas ha bar dans Na Folo ou une jig dans Charlie’s Welcome. Du coup, les amateurs de celtitude devraient y retrouver leurs marques, à condition d’avoir l’oreille grande ouverte.

Mais tant qu’à l’avoir ouverte, autant en profiter pour s’imprégner des couleurs vocales et instrumentales mandingues et pour goûter, au-delà des idiomes musicaux en présence, l’esprit de bonne entente familiale qui règne entre les musiciens des deux bords. Du reste, « N’Diale » signifie la joie, et on s’assurera sans mal à l’écoute de ce disque qu’elle n’est pas feinte. Et plutôt que la confrontation d’un trio et d’un quartet, c’est la musique d’un septette pleinement « fusionné » qui se donne ici à écouter et à partager.

Stéphane Fougère

Label : www.innacor.com

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS le 31 juillet 2010)

 

 

 

 

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