KING CRIMSON – The ProjeKcts (Box Set)

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KING CRIMSON – The ProjeKcts (Box Set)
Including :
PROJEKCT ONE – Live at the Jazz Cafe /
PROJEKCT TWO – Live Groove /
PROJEKCT THREE – Masque /
PROJEKCT FOUR – West Coast Live
(Discipline Global Mobile)

La trajectoire et l’évolution artistique de KING CRIMSON, compte tenu de ses régulières dissolutions et réactivations, entraînant chaque fois un renouvellement de son personnel, a souvent été comparée à une “nébuleuse”. En 1997, cette nébuleuse est même devenue une “fractale”, puisque KING CRIMSON, qui tournait précédemment sous forme d’un double trio, s’est atomisé en quatre formations baptisées “ProjeKcts”. Robert FRIPP s’est-il lancé dans la culture d’OGM ? Non, plutôt dans l’élaboration de voies alternatives. Il y allait en effet de la survie artistique du Roi cramoisi.

Résumé des épisodes précédents : après une bonne décennie d’absence, KING CRIMSON était réapparu en 1994 sous forme d’un double trio constitué de deux guitaristes (Robert FRIPP et Adrian BELEW, qui assurait en plus le chant), de deux bassistes (Tony LEVIN et Trey GUNN), et de deux batteurs (Bill BRUFORD et Pat MASTELOTTO). On y retrouvait donc la formation des années 1980 au grand complet, augmentée de deux nouvelles recrues. Inédite, cette formation n’a toutefois pas duré très longtemps, puisqu’elle a mis un terme à son activité en 1996, après avoir légué un EP (VROOOM), un album (THRAK) et un double album enregistré en concert (B’BOOM – Live in Argentina), auxquels s’est ajouté plus tardivement, à titre d’archive, le double CD VROOOM VROOOM (2001).

Et contrairement à la formation des années 1980, qui jouait en concert une musique et un répertoire aux trois quarts inédits, celle du double trio a davantage versé dans la nostalgie des années 1980 et est même allée jusqu’à reprendre quelques fleurons des années 1970. Quant aux nouvelles compositions, elles se contentaient de faire la jonction entre la période de l’album Red (1974) et celle de l’album Discipline (1980), certes avec panache, mais sans renouveler entièrement le propos musical du Roi cramoisi. Bref, si sympathique et fédératrice fut-elle, la démarche du double trio a vite tourné court. Il fallait que KING CRIMSON se forge un nouveau répertoire plus ancré dans la modernité.

Il a donc été décidé en haut lieu que KING CRIMSON se “fractaliserait” en petites unités indépendantes et intelligentes (comme au bon vieux temps du punk, n’est-ce-pas, Mr FRIPP ?), de manière à explorer de nouveaux panoramas sonores.

Deux quartets, deux trios : quatre ProjeKCts, quatre propositions d’avenir pour KING CRIMSON. La perspective de ces quatre unités fractales pouvant être définie brièvement par les expressions “carte blanche” ou “quartier libre”, il serait malvenu de s’attendre à écouter du déjà-entendu. Tant pis pour ceux qui en sont restés à Red, Lizard ou In The Court of the Crimson King, il n’est pas dans la mentalité du Roi cramoisi d’alimenter constamment son instinct de créativité en dormant sur des lauriers d’un autre temps.

Autant le dire, l’orientation musicale de ces ProjeKcts a tout, à priori, de la « Grande Inconnue » et risque fort d’indisposer l’auditeur nostalgique moyen, dont la nature prudente l’encourage toujours à chercher les balises de références musicales sécuritaires avant d’entreprendre son expédition auditive. La seule que l’on puisse à la rigueur lui recommander ici est l’album THRaKaTTaK de 1995, disque conçu à partir d’improvisations live durant le morceau THRAK, ce qui ne risque pas de rassurer forcément son goût pour le tout-sécuritaire. En revanche, ça devrait faire saliver l’auditeur avide d’explorations soniques sans ceintures de sécurité.

Vaille que vaille : avec les ProjeKcts comme avec le disque susnommé, nous sommes dans le domaine de l’improvisation live totale et surtout dans un territoire en friche. L’idée est d’exploiter les nouvelles technologies électroniques au sein d’improvisations devant permettre l’élaboration d’un nouveau répertoire pour KING CRIMSON. Il y a certes des réminiscences « thrakattakiennes » dans ces quatre CD, mais la couleur globale est plus teintée de climats stratosphériques insidieux et ambigus que des humeurs belliqueuses qui formaient le leitmotiv d’un VROOOM ou d’un THRAK. Moins d’agressivité, plus de menace sourde, tel est l’univers général des ProjeKcts, ce qui n’exclut ni les coups de sang ni les contemplations mystiques (avec les Soundscapes frippiens).

Le premier de ces ProjeKcts à s’être lancé dans le grand bain fut PROJEKCT TWO, constitué de FRIPP, BELEW et GUNN. Ce n’est pas très logique, je sais, mais la cour du Roi Cramoisi fonctionne ainsi. PROJEKCT TWO fit état de ses premières expériences dans un double CD publié en 1998, Space Groove, qui montrait FRIPP et ses acolytes aux prises avec la technologie MIDI et des sons électro auxquels ils ne nous avaient pas habitués mais qu’ils peinaient encore à maîtriser et à rendre pertinents sur la longueur (Et des longueurs, cet album n’en manque pas !).

Space Groove ayant généré plus de questions que de réponses, les amateurs de musique crimsonienne attendaient les “comptes rendus” des trois autres ProjeKcts, dont on savait qu’ils s’étaient déjà produits sur scène. L’indignation et la colère prirent le relais de l’impatience lorsqu’on apprit que les disques de chaque ProjeKct n’étaient disponibles que par la coûteuse voie de l’importation japonaise… Certains se sont laissés tenter, au grand dam de leur portefeuille. Ils ont eu tort : après maints sursis, ces quatre disques ont fini par être disponibles sur le marché européen, tous inclus dans un coffret qui ne manque pas d’allure, et joliment illustré par la peintre P.J. CROOK.

Les enregistrements les plus anciens de ce coffret sont ceux de PROJEKCT ONE, dont l’activité scénique a été circonscrite entre le 1er et le 4 décembre 1997. Sans vouloir imposer le respect de l’ordre chronologique et numérique, il y a tout lieu de conseiller à l’auditeur un peu effarouché par l’orientation futuriste des ProjeKcts de commencer son parcours par le Live at the Jazz Cafe du PROJEKCT ONE, formé de Tony LEVIN, Trey GUNN, Bill BRUFORD et Robert FRIPP.

En effet, la musique de PROJEKCT ONE est conduite par une énergie rock qui semble prolonger l’esprit des impros de la période 1972-1974, de par l’imparable groove de la paire LEVIN / BRUFORD, qui n’a rien perdu de son efficacité. Bill BRUFORD joue sur une batterie “conventionnelle”, Tony LEVIN jongle entre la guitare basse et le Stick, tandis que Trey GUNN génère de belles mutations sonores que la Touch “Warr” Guitar, et que Robert FRIPP souffle le chaud comme le froid sur sa guitare d’un autre monde. PROJEKCT ONE est donc le seul à proposer une palette rythmique combinant la panoplie “electronica” avec la panoplie “old-fashioned” et, à ce titre, devrait permettre une intégration plus graduelle dans le monde projeKctal, résolument tourné vers la technologie instrumentale de pointe.

Les horizons visionnaires des soundscapes frippiens, les reliefs anguleux ou sinueux du Stick et de la Warr Guitar envahis par des lignes rythmiques et percussives grouillantes, vindicatives et frénétiques : PROJEKCT ONE est le trait d’union qui manquait entre l’époque mythique de KING CRIMSON et l’avenir que ses musiciens tentent de lui “projeKCter”. Bill BRUFORD y est excellent ; aussi, profitez-en bien, car ce dernier a depuis quitté la Cour du Roi. La voie ouverte par PROJEKCT ONE est donc d’ores et déjà une “route barrée”.

Dans la course à la surprise que se font les ProjeKCts, PROJEKCT TWO (Adrian BELEW, Trey GUNN et Robert FRIPP) ne partait pas gagnant, du fait qu’on connaissait déjà Space Groove, qui, il faut bien l’avouer, laissait un peu sur sa faim du fait de quelques longueurs et facilités. Eh bien ! il faut croire que le contexte live sied davantage que le contexte studio au groove transonirique et cyberspatial de PROJEKCT TWO ! Sa maturité est en effet effective sur ce Live Groove, et Adrian BELEW affiche de surcroît une belle maîtrise des Vdrums. Les mauvaises langues diront que cette réussite est la moindre des choses compte tenu que PROJEKCT TWO a donné beaucoup plus de concerts que ses petits frères (32 dates contre une quinzaine pour PROJEKCT FOUR et 4 pour PROJEKCT ONE et PROJEKCT THREE). Il n’y a pas de miracles…

Cela dit, des pièces comme Sus-Tayn-Z, X-Chayn-Jiz, Heavy ConstruKCtion (qui porte bien son titre !) ou The Deception of the Thrush ont la carrure suffisante pour figurer – moyennant quelques réarrangements – sur un album de KING CRIMSON qui voudrait faire un pied-de-nez à son passé. Du reste, ça commence déjà dans Live Groove avec la présence, un rien narquoise, d’une version “dance” de 21st Century Schizoid Man en guise de rappel. Un conseil : évitez de prendre des photos au flash de Robert FRIPP lors d’un prochain concert. Vous comprendrez pourquoi en écoutant la fin du disque…

Le troisième ProjeKCt à s’être illustré sur scène est PROJEKCT FOUR (toujours cette logique crimsonienne et frippienne…) et, avec lui, on monte d’un (sérieux) cran dans l’expérimentation. Prenez PROJEKCT ONE, remplacez Bill BRUFORD par Pat MASTELOTTO et donnez à ce dernier des V-Drums, vous aurez une idée de la démarche de PROJEKCT FOUR.

À bien des égards, ce dernier constitue la jonction et la synthèse entre PROJEKCT ONE et PROJEKCT TWO, ou encore une extension de PROJEKCT THREE (FRIPP, GUNN et MASTELOTTO), avec la participation supplémentaire de Tony LEVIN, ce qui lui permet de développer un paysage instrumental qui lui est propre, à la fois foisonnant et envoûtant. West Coast Live est dominé par Ghost, une pièce en deux parties (la première ouvrant l’album, la seconde le refermant), elles-mêmes segmentées sur le CD en quatre et cinq pistes respectivement. On y retrouve de même une composition déjà explorée par PROJEKCT TWO, The Deception of the Thrush, ici plus mature. West Coast Live décontenancera ceux qui pensaient que tout avait été dit avec les deux premiers ProjeKcts.

En fait, avec PROJEKCT FOUR, c’est une autre dimension qui prend forme, et il est clair qu’on ne peut en appréhender tous les contours à une première écoute. Son hermétisme tout relatif s’estompe toutefois dès qu’on se laisse prendre dans les spirales du stick, de la Touch Guitar et des soundscapes et qu’on s’accommode des pulsations électroniques de MASTELOTTO, qui développe des sons encore différents de BELEW (et plus variés). On a même droit – pincez-vous ! – à quelque touche d’humour au début de Ghost-2, quand FRIPP transforme sa guitare en basse bien rauque, au grand amusement de Tony LEVIN qui lui répond, ce qui déclenche l’hilarité dans la salle. De par l’ampleur des territoires qu’il défriche, PROJEKCT FOUR ouvre une voie en or, aussi rugueuse que palpitante, dans le renouvellement de KING CRIMSON.

On aurait très bien pu en rester là, mais le PROJEKCT THREE, composé de Robert FRIPP, Trey GUNN et Pat MASTELOTTO, s’est finalement manifesté en mars 1999 à Texas. Le Vénérable de la Cour accompagné de ses deux plus récents féaux sujets : voilà qui aurait pu tourner au cours didactique. Ce n’est nullement le cas, et on réalise, avec l’album Masque, que Trey GUNN et Pat MASTELOTTO ne déméritent aucunement face à leurs aînés Tony LEVIN et Bill BRUFORD. Mais sans doute la formule en double trio de KING CRIMSON ne leur avait pas permis de déployer toutes leurs compétences. Dans le cadre des ProjeKcts, ils donnent enfin leur pleine mesure, et a fortiori dans le PROJEKCT THREE. Étrange album en vérité que ce Masque, titre de la mystérieuse peinture de PJ CROOK : les plages du CD ne portent qu’un seul et même titre éponyme, numérotées de 1 à 13, à croire qu’il s’agit d’improvisations conceptuelles !

Masque est en tout cas l’album le plus déconcertant du coffret, techniquement phénoménal et musicalement tortueux, et qui est loin de livrer tous ses secrets et ses richesses même après plusieurs écoutes. L’univers sonore sculpté ici renvoie certes par endroits aux climats de THRaKaTTaK comme à ceux de The Sheltering Sky, mais dans l’ensemble, les amarres référentielles ont plutôt été larguées !

Plus que tous les autres ProjeKcts, PROJEKCT THREE est celui qui se lance à corps perdu dans l’univers de l’electronica, sans pour autant sacrifier à la complexité des musiques progressives innovantes. De plus, Pat MASTELOTTO a effectué un titanesque et méticuleux travail de studio en découpant, en déplaçant et en recollant diverses séquences, et en manipulant les pistes individuelles de chaque instrument : telle ligne de guitare se retrouve ainsi avec telle ligne de percussions jouée la veille ou le lendemain, etc.

Bref, ce qui est donné à écouter sur Masque diffère radicalement de ce que certains “happy few” ont pu entendre en concert. La création s’est donc effectuée à deux niveaux distincts. (De telles manipulations ont également été faites sur l’album de PROJEKCT FOUR, mais dans une moindre mesure.) Si KING CRIMSON choisissait d’explorer la brèche multi-dimensionnelle ouverte par PROJEKCT THREE, nul doute qu’il serait méconnaissable !

À l’arrivée, il est indéniable que les ProjeKcts s’acquittent avec brio de la mission pour laquelle ils ont été créés et ce, au-delà des espérances. Il reste à l’auditeur à s’accorder du temps pour se familiariser avec les quatre plantureux albums de ce coffret. Cependant, à force de les écouter, on finit par s’attacher à eux, au point de croire que le nouveau KING CRIMSON qu’ils étaient censés engendrer n’a peut-être été qu’un ProjeKct de plus !

Ces “fractals crimsoniens” avaient été pensés comme des ponts jetés sur des rives musicales qui étaient censées être explorées et exploitées par le Roi cramoisi. Les ProjeKcts, en tant que groupes, n’étaient donc pas appelés à durer. Mais on se plait à imaginer que la fracKctalisation du double trio de 1995 aurait pu être développée au-delà de ces quatre ProjeKcts et générer d’autres de ces petites unités, tant il y avait matière à d’autres combinaisons de personnel (un ProjeKct avec BRUFORD et BELEW ; un ProjeKct sans FRIPP…).

Mais il est symptomatique que, dans la suite de l’histoire de KING CRIMSON, d’autres ProjeKcts ont vu le jour. Il y a eu PROJEKCT X, doublure fantôme du “double duo” à l’œuvre sur The ConstruKCtion of Light (2000) ; plus tardivement (en 2006) est apparu le PROJEKCT SIX, soit le duo FRIPP/BELEW, qui a joué en première partie de PORCUPINE TREE mais n’a publié aucun album “physique”.

Plus récemment encore, l’album A Scarcity of Miracles (2011), crédité à Jakko JAKSZYK, Robert FRIPP et Mel COLLINS, a été étiqueté comme un “KING CRIMSON ProjeKct”, de manière quand même abusive, dans la mesure où il ne contient pas d’improvisations ou d’expérimentations, mais des chansons tendance new-age-jazzy-ambient, limite lounge. Le disque a néanmoins servi à allumer la mèche de la nouvelle formation de KING CRIMSON encore en activité aujourd’hui.

Signalons enfin que l’album The Repercussions of Angelic Behaviour de Bill RIEFLIN, avec Trey GUNN et Robert FRIPP, paru en 1999, bien que n’étant pas officiellement intégré à la famille des ProjeKcts, s’inscrit dans la démarche artistique de ceux-ci et s’avère éminemment recommandable à tout amateur de musiques projeKctales.

En fait, depuis la fin des années 1990, KING CRIMSON a pris l’habitude de se manifester de pair avec ses ombres, ses doubles, ses faces cachées et inavouables (pour certains) que sont ses ProjeKcts. Et comme le KING CRIMSON des années 2000 est lui-même très différent de ce qu’il fut auparavant, on en finirait par se demander s’il existe encore un “vrai” KING CRIMSON… Ce que nous apprennent les ProjeKcts, c’est qu’il ne faut plus appréhender KING CRIMSON comme une formation monolithique, mais davantage comme une entité multiface. Qui donc parlait à l’époque de “Schizophrenic Tendancies” ?…

Stéphane Fougère

PS : Pour quiconque serait curieux de pénétrer les univers polymorphes des ProjeKcts mais serait réticent à la perspective d’écouter un coffret de quatre CD, il existe une compilation, The Deception of the Thrush – A Beginners Guide to the ProjeKcts, qui présente des extraits des quatre albums regroupés dans ce coffret (ainsi qu’une version semi-inédite de la pièce éponyme !).

Pour ceux qui souhaiteraient prolonger leur exploration de ces fracKCtalisations crimsoniennes, le Collector’s Club a fait paraître cinq albums live “brut de fonte” (sans retouches ni montages) de chaque entité : un album de PROJEKCT ONE (Jazz Cafe Suite – December 1-4, 1997), un concert de PROJEKCT FOUR (Live in San Francisco – The Roar of P4), deux concerts de PROJEKCT TWO (Live In Northampton, MA, July 1, 1998, et Live In Chicago, IL, June 4, 1998), et deux concerts de PROJEKCT THREE (Live In Austin, TX, March 25, 1999, et Live In Alexandria, VA, March 3, 2003 [concert de KING CRIMSON transformé en PROJEKCT THREE en raison de l’absence d’Adrian BELEW, malade ce soir-là!]). Si vous en avez le courage (et les moyens !), procurez-vous le coffret édité en exclusivité par le label japonais Pony Canyon qui réunit tous ces concerts des ProjeKcts parus dans le Collector’s Club.

Enfin, après avoir proposé en téléchargement d’autres captations live des différents ProjeKcts sur son site, le label DGM nous a fait la totale en 2019 en incluant l’intégralité des concerts de tous les ProjeKcts dans deux Blu-Ray du méga-coffret Heaven and Earth, qui réunit des enregistrements studio et live de la période 1997-2008 de KING CRIMSON.

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°5 – décembre 1999,
puis remaniée et complétée en 2019)

 

 

 

 

 

 

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