KLUSTER – 1970-1971

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KLUSTER – 1970-1971
(Water)

Évoquer KLUSTER, c’est plonger  dans ce milieu musical avant-gardiste qui sévissait à la fin des années 1960 dans Berlin-Ouest, dans l’éphémère mais légendaire salle du Zodiac Free Arts Lab, la première dédiée à la musique expérimentale, créée fin 1967 par Conrad SCHNITZLER, Hans-Joachim ROEDELIUS et et Boris SCHAAK, et que fréquentaient de jeunes musiciens qui deviendront de hautes pontes de la “kosmische muzik”.

KLUSTER, qui a sévi de 1969 à 1971, était composé de Conrad SCHNITZLER (transfuge de TANGERINE DREAM après son premier album Electronic Meditation), de Hans-Joachim ROEDELIUS et de Dieter MOEBIUS. Ces deux derniers poursuivront ensuite l’aventure sans SCHNITZLER sous le nom CLUSTER.

Aidé de l’ingénieur du son Conny PLANK, KLUSTER a livré deux albums studio, à savoir Klopfzeichen et Zwei-Osterei, conçus sur une structure similaire : les faces A incluaient une composition de musique électronique avec textes (Electric Music and Texts) qui sont des poèmes de réflexion sur la condition humaine dans l’Allemagne de l’Ouest de l’après-guerre, tandis que les faces B étaient entièrement instrumentales (Kluster 2, sur Klopfzeichen, et Kluster 4 sur Zwei-Osterei).

En 1971 est paru le live Eruption, sorte de document testament, puisqu’il présente deux morceaux extraits du douzième et dernier concert de KLUSTER à l’Université de Göttingen. Le trio est pour l’occasion devenu un quartette avec la participation de Klaus FREUDIGMANN, avec qui SCHNITLZER avait formé à la même époque le groupe ERUPTION (d’où le titre). Cet album avait d’abord été tiré en auto-production à 200 exemplaires et les morceaux avaient pour seul titre… Untitled ! Puis un deuxième tirage à 100 exemplaires en 1974 l’avait crédité uniquement à Conrad SCHNITZLER, et les deux morceaux avaient cette fois pour titre Eruption 1 et Eruption 2.

Exprimant un désir de radicalité, KLUSTER a composé une œuvre expérimentale, industrielle (Conrad SCHNITZLER est né dans la zone industrielle de la Ruhr), noisy, au son violent et usant du feedback. Avec KLUSTER, nous plongeons dans les abîmes de l’atonalité, de la non-mélodie et du non-rythme.

Félicitons le label américain Water, basé à San Francisco, d’avoir réuni dans un même coffret les trois albums du mythique trio KLUSTER, dont les éditions originales en 33 tours pouvaient atteindre des prix exorbitants sur ebay et dont les réédition CD japonaises (sur Captain Trip) étaient difficilement trouvables et coûteuses. Il offre en effet l’occasion d’écouter à un prix abordable (une vingtaine d’euros en principe) les expérimentations séminales de ce trio appartenant à la contre-culture allemande des années 1960-1970. Cette formation éphémère mais pionnière tentera les auditeurs qui n’ont pas froid aux oreilles.

Cédrick Pesqué et Stéphane Fougère

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°24 – octobre 2008 et remaniée en 2020)

 

 

 

 

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