Krautrocksampler : petit guide d’initiation à la grande Kosmische Musik – Julian COPE

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Krautrocksampler : petit guide d’initiation à la grande Kosmische Musik – Julian COPE (traduit de l’anglais par Olivier BERTHE)
(Kargo & l’Eclat, 2005)

Publié en langue anglaise par Head Heritage en 1996, le livre du musicien Julian COPE, Krautrocksampler : One Head’s Guide to the Great Kosmische Music 1968 Onwards, a largement contribué au retour en force du Krautrock auprès du public (averti) au milieu des années 1990. Tout fan de Krautrock en connaissait l’existence, et supputait qu’il s’agissait d’un document unique sur le rock planant et expérimental allemand des années 1970. Et pourtant peu ont pu le lire, au moins en France, d’autant plus que l’édition originale est épuisée chez l’éditeur depuis plusieurs années. Neuf ans après sa parution, voilà enfin une édition française permettant d’apprécier l’ouvrage sur pièce, et ce grâce aux éditions Kargo & l’Eclat.

La couverture de l’édition française ne reprend pas la pochette, un peu morbide, de Yeti (1970) d’AMON DÜÜL II, qui était celle de l’édition anglaise. Elle arbore la pochette du disque Rastakraut Pasta (1979) de Dieter MOEBIUS et Conny PLANK, nettement plus sobre, soit un tube de “pâte choux rasta”, avec, en filigrane, des étoiles du plus bel effet. Eh! bien les supputations des fans de Krautrock étaient totalement fondées : il s’agit d’un ouvrage à lire absolument !

Krautrocksampler a été écrit par Julian COPE, un fan absolu, cela va sans dire. Et son livre en porte évidemment la trace. Il s’agit d’une chronique relativement subjective de cette scène visionnaire allemande, méconnue jusqu’au milieu des années 1990.

Dans une première partie, “Brève histoire de l’émergence du Krautrock”, qui se dévore comme un roman, Julian COPE, avec un style très direct (parfois même trivial), transmet sa passion pour son sujet. Il passe en revue les grandes étapes de l’histoire de cette vague allemande, en ponctuant son récit d’anecdotes croustillantes, maintenant le lecteur dans un état jubilatoire.

Il aborde ainsi la naissance de la Pop Music en Allemagne de l’Ouest grâce à la présence des bases militaires américaines, l’influence de Karlheinz STOCKHAUSEN, la naissance de la Kosmische Musik avec AMON DÜÜL, CAN et KRAFTWERK, l’avènement de OHR Records et Brain Records (les deux labels Krautrock par excellence). Julian COPE écorche au passage quelques groupes anglo-américains de l’époque. Les PINK FLOYD « insipide  »… il y va fort quand même ! En revanche, concernant les musiciens allemands, les superlatifs pleuvent : « Klaus SCHULZE était peut-être le meilleur batteur de toute l’histoire de la musique ».

On a aussi droit à des rapprochements pour le moins étranges. Ainsi « Les deux albums que les ASH RA TEMPLE avaient sortis [Ash Ra Temple et Schwingungen] avaient élevé le métal de Detroit à des hauteurs que n’avaient pu atteindre ni les MC 5, ni les STOOGES, ni même FUNKADELIC ». Mais c’est cette subjectivité qui donne finalement toute sa force et sa vivacité à Krautrocksampler. Ce livre aurait pu être sous-titré “Le Grand Guide d’initiation à la Kosmische Musik”.

En deuxième partie, on y trouve en effet un historique extrêmement bien renseigné de chacun des groupes les plus représentatifs de ce courant : TANGERINE DREAM (d’Electronic Meditation à Atem), CAN, NEU!, AMON DÜÜL I et II, FAUST et ASH RA TEMPLE. Krautrocksampler est particulièrement intéressant concernant le producteur Rolf-Ulrich KAISER (fondateur des labels incontournables Ohr Musik et Die Kosmische Kuriere), notamment ses relations sulfureuses avec les apôtres du LSD Timothy LEARY et Brian BARRIT, qui donneront lieu à la série des COSMIC JOKERS, et causeront aussi la chute ses entreprises discographiques. On regrettera seulement l’absence d’informations sur le Zodiak Club (haut lieu berlinois de la Kosmische Musik à la fin des années 1960), et le peu de cas fait de KLUSTER et CLUSTER (carence un peu rattrapée dans le chapitre Top 50 du Krautrock).

Après ce passage en revue détaillé des principales formations et personnages ayant “fait” le Krautrock, la lecture se prolonge par un Top 50 du Krautrock de près de 70 pages. En fait de Top 50, il s’agit d’une collection de chroniques d’albums (50 donc, accompagnées de leur pochette en couleur), classées par ordre alphabétique des noms de groupes. Ce Top confirme les goûts de Julian COPE : 5 albums d’AMON DÜÜL I et II, 4 d’ASH RA TEMPLE, 5 de CAN, 3 de CLUSTER, 7 des COSMIC JOKERS (en comptant le Walter WEGMÜLLER et le Sergius GOLOWIN), 5 de FAUST (en comptant celui avec Tony CONRAD), 1 seul de KRAFTWERK (oui seulement 1, leur premier album), les 3 NEU!, 4 de TANGERINE DREAM…

À lire et à relire par pur plaisir. Mais attention, Julian COPE est tellement convaincant qu’il vous donnera l’envie, soit de réécouter illico chaque album commenté, soit de vous empresser de les acheter si vous ne les avez pas. Que les disquaires se préparent à avoir beaucoup de boulot (et même à essuyer quelques insultes), car tous ces albums ne sont pas tous très bien distribués. C’est le moins que l’on puisse dire, certains sont carrément introuvables, comme Rastakraut Pasta, qui fait ici office de couverture au livre !

Éric Deshayes

Site de Julian COPE : www.headheritage.co.uk

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°18 – août 2005)

 

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