Lars HOLLMER – Viandra

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Lars HOLLMER – Viandra
(Krax / Cuneiform Records / Orkhêstra Int.)

 

Depuis Andetag en 1998 (disque qui a reçu un Grammy Awards) et Utsikter en 2000, Lars HOLLMER n’avait plus sorti d’albums solo, trop occupé par d’autres projets qui l’ont fait tourner autour du globe. Entre son implication dans le quartet trad’évolutif ACCORDION TRIBE, l’accompagnement de la FANFARE POURPOUR et la reformation de SAMLA MAMMAS MANNA, le Suédois-caméléon ne semble pas avoir pris le temps de se poser dans son poulailler (son studio « chickenhouse », que l’on voit sur la pochette). Mais en fait, il a accumulé durant ces sept années des matériaux qu’il a fini par réunir sur un seul support, un peu à la manière des albums Vandelmässa et Autokomp. Le quatorzième opus de Lars HOLLMER, Viandra, (« Nous Autres ») a bien failli n’être disponible qu’au Japon (chez Disk Union) si un label américain, en l’occurrence Cuneiform Records, n’avait obtenu le droit de le rendre disponible au reste du monde. Cet album est du reste le premier de Lars à être publié sur un label certes pointu mais de diffusion et de renommée internationales.

Pour autant, Lars HOLLMER n’a pas cherché à brosser dans le sens du poil des attentes d’un public amateur de musique progressive avant-gardiste. Bien au contraire, cet album se distingue de la quasi-totalité des productions Cuneiform par son approche mélodique plus immédiate, son épure mélodique aussi, ce qui n’empêche nullement d’y savourer des arrangements d’orfèvre.

À la panoplie d’accordéons, de claviers, de melodica, de mandolines, de percussions et de voix de Lars HOLLMER s’ajoutent les somptueuses contributions du basson, du cor anglais et du hautbois de Michel BERCKMANS (UNIVERS ZÉRO, JULVERNE), et des violons de Santiago JIMENEZ, tous deux étant désormais des habitués de la maison – pardon, du poulailler – HOLLMER puisqu’ils avaient déjà participé aux précédents albums Andetag et Utsikter. Avec en plus le violoncelle d’Andreas TENGBERG, la coloration de l’ensemble sonne très musique de chambre.

On y décèle aussi des apparitions subreptices des anciens complices Coste APETREA et Ulf WALLANDER, mais aussi de Morgan ÄGREN (MATS/MORGAN), aux percussions digitales sur le secoué Snabb ; ou encore des propres petits-enfants de Lars, que l’on entend à la cantonade sur la simili-berceuse Lilla Bye, quand ils ne chantonnent pas à cœur-joie sur l’enjoué Alice (pièce composée à l’origine pour une adaptation théâtrale d’Alice au Pays des merveilles).

Brassant comme à l’accoutumée des influences multiples allant des folklores nord et est-européen au classicisme romantique en passant par le minimalisme ou le jazz, Lars HOLLMER a conçu une tapisserie aux multiples tableaux de prime abord disparates mais dégageant finalement une belle unité. Mais si l’on attendait de Lars HOLLMER qu’il diffuse d’un bout à l’autre une contagieuse bonne humeur, on en sera pour ses frais.

Car si Viandra recèle encore de ces accrocheuses ritournelles sémillantes (Strutt) et de ces thèmes énergisants (Könstig, Snabb), d’autres morceaux imposent une tonalité plus doucereuse, amère, comme Paztema et son swing nostalgique, le fragile Sök, l’embué Mirror Objects ou l’automnal Merged with Friends. Et encore, ces coups de blues plus ou moins appuyés ne sont rien en comparaison des consonances plus éplorées ou meurtries de Första 05, aux allures d’oraison funèbre, et de Folkdron Menad, une élégie bouleversante qui clôt l’album.

Des nuages gris et gros ont semble-t-il obscurci plus que d’habitude ce regard d’enfant dont l’innocence, même feinte, se laisse gagner par un certain sens dramatique. Ce n’est peut-être pas l’innocence qui se perd, juste son angle de vue qui change, et les « happy ends » ne sont plus systématiques…

Ce n’est certes pas la première fois qu’un disque de Lars HOLLMER s’achève sur une note plus sombre (qu’on se souvienne de Yrsa Requiem sur Sola ou de Timlig (Temporal You are) sur Door Floor Something Window). Mais puisque le destin a voulu que Viandra soit, sans que cela ait été prémédité, le testament musical de Lars HOLLMER, sa résonance mélancolique prend désormais une autre amplitude.

Quoi qu’il en soit, Viandra fait partie de ces œuvres précieuses, hors des modes et des genres, vers lesquelles on revient prendre refuge, pour mieux se ressourcer et redécouvrir une valeur émotionnelle à échelle on ne peut plus humaine.

Singulièrement, Lars HOLLMER a disparu un jour de fête (à Noël). Voilà une fatalité décidément bien ambivalente, à l’image de son univers musical…

Stéphane Fougère

Label : www.cuneiformrecords.com

Distribution : www.orkhestra.fr

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°25 – mars 2009)

 

 

 

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