LES RAMONEURS DE MENHIRS – Interview

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LES RAMONEURS DE MENHIRS

LES RAMONEURS DE MENHIRS sont une des rares formations de punk celtique en Bretagne. Cette originalité apporte au groupe une solide notoriété, même au-delà des frontières de la Bretagne, et lui permet de se produire aussi bien dans des festivals de musique punk ou métal (Hellfest à Clisson) que dans des festivals dédiés à la culture bretonne ou encore d’animer des festou-noz (Yaouank à Rennes).

En 2017, LES RAMONEURS DE MENHIRS ont publié leur quatrième album, Breizh Anok, en collaboration avec le BAGAD BRO KEMPERLE.

Entretien

Vous avez sorti votre quatrième album Breizhanok. Que signifie ce nom mystérieux ?

Loran : On a fait une reprise de CRASS, qui fut un des premiers groupes anarcho-punk dans la fin des années 70 et c’est une petite référence. “Anok”, c’est la contraction anglaise qui veut dire anarchie. Ce qu’on trouve intéressant, c’est que ça sonne un peu breton.

La surprise de cet album, c’est qu’il est signé en commun avec le BAGAD BRO KEMPERLE. Comment cette rencontre s’est-elle faite ?

Richard : C’est une très vieille histoire parce que Éric et moi, on a joué au Bagad de Quimperlé il y a très longtemps, au début des années 80. Tout naturellement, on s’est rapproché d’eux pour créer cette histoire de Breizh Anok.

Loran : Il faut aussi dire que lorsqu’Éric et Richard étaient au Bagad de Quimperlé, ils ont été champions de Bretagne en 1989, la seule fois où ils l’ont été. Donc il y a une belle histoire. De toute façon, tout ce qu’on fait, ce sont des histoires d’amitié. Si c’est ce bagad, c’est parce qu’il fallait que ce soit avec eux.

Comment avez-vous construit un répertoire commun ?

Éric : Déjà, il y a pas mal de morceaux en référence à CRASS parce que Loran et moi quand on était jeunes, on faisait partie d’une bande et on s’appelait LES CRASSEUX. Avec le bagad, on joue une gavotte de l’Aven qui est notre répertoire de prédilection à Richard et moi. Sinon, après c’était au feeling.

Richard : Très vite, tout s’est enchaîné. Les choses vont vite quand ça fonctionne.

Loran : Faire un album, c’est hyper intime. Il faut qu’il se passe forcément quelque chose entre les gens. Avec ce bagad, ça a fonctionné, et c’est pour cela qu’il a été choisi, parce ce qu’il y a déjà une histoire d’amitié forte et de cette histoire est né ce disque. LES RAMONEURS DE MENHIRS sont nés aussi de l’amitié entre Éric et moi à la base à la fin des années 70. Cette amitié a abouti au groupe en 2006. L’amitié entre Éric, Richard et le bagad a abouti à un album en 2017.

Éric : En fait, on fait un croisement génétique entre tous nos amis (rires).

Vous arrivez à tourner avec le Bagad ?

Loran : Il faut que les organisateurs commencent par avoir l’album, évidemment ! Je pense qu’il y aura un an d’écart après la sortie. On a quand même joué au Hellfest avec la Bagad de Quimperlé au complet le jour de la sortie de l’album et à Yaouank en novembre.

Déjà on est à Clisson quand on est au Hellfest. On a complètement affirmé qu’on était en terre bretonne ! Je pense que c’est assez inédit et historique. C’est la première fois au Hellfest avec un bagad. On verra bien par la suite ce qu’il se passera. Mais disons qu’il y a eu un accueil impressionnant. La War Zone était complète. Les gens peuvent voir les images sur le net.

Sinon, on va monter des commandos, un bagadig par exemple, avec entre une et huit personnes du bagad qui nous accompagneront en tournée pour trouver une formule un peu plus légère. Partir en tournée à cinquante n’est pas évident, surtout pour les organisateurs. C’est une prise en charge terrible d’avoir cinquante personnes à loger et à nourrir.

On espère pouvoir arriver vraiment à tourner parce que c’est une belle expérience. Les gens du Bagad sont vraiment contents aussi. Cela leur fait vivre autre chose. Avoir joué au Hellfest, c’est fort !

Dans cet album, vous reprenez Porcherie suivi du Chant des partisans. Quelle était la démarche ?

Loran : Je pense que la démarche est claire ! En plus, on a balancé le morceau sur internet avant la sortie de l’album. C’était entre les deux tours de l’élection présidentielle. Pour nous c’était hyper important. On chante la diversité, la convivialité entre les gens. Être ensemble avec nos différences, c’est complètement à l’opposé des idées réductrices du FN. Le Chant des partisans, c’est un bel hommage à Jean MOULIN. On s’est dit, entre les deux tours, que des Jean MOULIN, en France, il n’y en a plus beaucoup !

Et le fait de sonner Le Chant des partisans ? Vous avez eu des échos, voire des remarques ?

Éric : On n’a eu que des bons échos ! C’est positif. On a fait le choix de ne pas mettre de paroles parce qu’on estime que ce chant-là, tout le monde le connait ou du moins tout le monde devrait l’apprendre. C’était en plus en période d’élection. Ce morceau est un mariage entre l’époque BÉRURIERS NOIRS et l’esprit d’insoumission des FFI. Leur mot d’ordre, c’était anti-fasciste, anti-raciste. Ces gens-là ont créé beaucoup de choses après la guerre, notamment la sécurité sociale. C’est aussi pour faire voir que ce parti du Front National, ce sont des fascistes. Il ne faut pas rigoler avec ça et il ne faut pas voter à la légère avec ces gens !

Loran : Encore une fois le Bagad de Quimperlé, ce n’était pas anodin. Tu vois, j’ai la ceinture traditionnelle du Bagad. Ce n’est pas un hasard si elle est rouge. Elle est en hommage au front populaire. Il y a déjà dans ce Bagad une connotation politique très claire.

On n’est pas du tout pour une politique politicienne. On sait très bien maintenant que ce n’est plus la politique qui va changer notre vie. Ça va être nous en fait, ça va être les citoyens ! Mais quand même, politiquement, je pense qu’on devrait tous être unis contre le fascisme. Après, tout le monde a ses idées, certes, mais face à l’intolérance, il faut tous dire non ! Reprendre ce morceau était vraiment un coup de gueule !

Le chant en breton, cela reste important ?

Gwenaël : Oui, c’est important ! On aborde le répertoire traditionnel des danses et on utilise soit des textes traditionnels, soit de nouveaux textes. Il y a une partie où on réadapte des traditionnels pour les faire correspondre à ce qu’on veut dire et à notre époque. Il y a aussi des textes tout nouveaux qui sont fait en breton sur des airs traditionnels et aussi les interventions sur les morceaux des BÉRUS qui sont aussi fait en breton. La défense de la langue bretonne va de soi avec la défense de l’identité et de la culture. C’est une évidence dans le groupe.

Loran : Encore une fois, on chante aussi la diversité culturelle ! On est pour la diversité, pour la différence. On pense que c’est dans la différence que naît la vie, que naissent les amitiés. C’est vachement important pour nous. En plus, on chante en vannetais. Il y a quatre façons de parler le breton en Bretagne et on a choisi le vannetais. Il faut préserver cet héritage culturel sinon on va vers un système complètement uniformisé et réducteur, fasciste en fait. La pensée unique ! On voit un peu partout ce qu’il se passe dans le monde. Que ce soit de gauche ou de droite, d’ailleurs. C’est vraiment un état d’esprit que l’on défend. Préservons les choses comme elles sont ainsi que la diversité. C’est hyper important !

Vous avez aussi une invitée récurrente sur disque et sur scène en la personne de Louise EBREL.

Gwenaël : Louise a été invitée sur tous les disques des RAMONEURS depuis le début donc c’était déjà une démarche naturelle. Il y a plein de choses. Il y a déjà le fait de réunir les générations, le côté énergique de Louise dans sa façon de chanter qui correspond tout à fait à ce qui est joué par le groupe, l’énergie dans sa façon de vivre et d’être avec nous. Ça discute, ça débat, on n’est pas tout le temps d’accord ! Elle va bien avec le groupe donc ça allait de soi qu’elle allait aussi y participer.

En plus, elle chante un morceau qu’on a rebaptisé Pach punk, qui est à la base un pach pi, une danse traditionnelle, qu’on a marié avec un traditionnel punk, quasiment à son insu (rires). Tout ça se passe bien, c’est logique !

Loran : Ce qui est hallucinant avec Louise, c’est qu’elle pulvérise les clichés qu’on a entre les générations. On veut mettre tout le monde dans une case, dire que le rock est réservé à un certain âge. Là, on démontre parfaitement le contraire. Elle est complètement capable à quatre-vingt-cinq ans d’être avec nous sur scène. Encore une fois, ça démontre tout simplement que la musique est avant tout une histoire de cœur. Louise a un grand âge avec un cœur énorme.

Vous tournez beaucoup en dehors de Bretagne. Comment êtes-vous perçus, comme un groupe breton ou comme un groupe punk ?

Loran : On est perçu comme un groupe punk breton, clair et net ! Tout le monde a capté qu’on était bretons dans le sens où on chante en breton. On le sent bien avec les sonorités du groupe, ce sont des instruments traditionnels. Dans le milieu du rock, dans celui du punk ou du trad, on est aussi un ovni. Finalement, on a créé une espèce de mariage qui nous parait évident, un mariage énergique entre le punk et la tradition bretonne. Il suffit d’écouter GLENMOR. Quand il dit : “Quand l’homme se veut tel, il n’a qu’un devoir … l’insoumission !”, voilà, c’est exactement ça qui fait le lien entre la culture punk et la culture celtique. Je vais beaucoup plus loin que la Bretagne.

On est très liés avec d’autres groupes qui se sentent proches de la culture celtique et qui font aussi du punk, comme les OÏ POLLOÏ ou les REAL MCKENZIES avec qui on a joué. Il est important de préserver cette culture celtique qui est complètement différente de la civilisation judéo-chrétienne dans laquelle on est. C’est une culture païenne, pas du tout monothéiste, avec une vision de ce qui est sacré beaucoup plus large finalement parce qu’on n’enferme pas ce qui est sacré, c’est-à-dire qu’on ne met pas des dieux dans des boites, dans des Eglises ou cloués sur des croix. Pour nous, l’essentiel c’est la vie donc on respecte la nature, les fleurs, les forêts, la mer, le ciel et ça ce sont des notions qu’on a perdues. Je pense que la culture celtique a beaucoup de choses à nous apprendre sur le respect de la Terre.

Vous êtes un des rares groupes de punk celtique en Bretagne, presque des précurseurs. Comment expliquez-vous que certains hésitent à s’orienter vers ce style de musique ?

Loran : Ce sont des préjugés, je pense. C’est toujours la même chose, on assimile souvent le punk à la violence. Quand les gens nous voient en concert, ils comprennent autre chose. Ils se rendent compte que le punk-rock, ce n’est pas de la violence, c’est de l’énergie pure !

Éric : On a une telle identité propre dans nos morceaux. Richard et moi, on joue d’une façon, Loran aussi. Est-ce que tu crois que ça vaut le coup de faire quelque chose qui serait peut-être moins bien (rires) ? On n’a jamais été copiés. Les personnalités des gens dans le groupe sont trop marquées.

Loran : Ce qui est fort dans le groupe, c’est qu’on ne fait aucune concession. On ne fait pas de la soupe ! Gwenaël fait son chant vannetais à sa façon, il écrit le vannetais à sa façon. Éric et Richard sonnent, ils sont connus en Bretagne pour cela. C’est un couple de sonneurs qui a une certaine réputation, ils ont sonnés plus d’une trentaine d’années ensemble. Et moi, je sonne de la guitare électrique d’une manière qui m’est propre. On a toute une équipe avec nous mais ce sont ces quatre personnalités-là qui sont l’essence même du groupe. C’est ça qui est fort, quatre identités qui ne font aucune concession. Moi, je ne celtise pas ma guitare, ce ne sont pas les mêmes accordages. Je reste avec mon son. Je m’adapte à eux, ils s’adaptent à moi et ça fait un truc terrible.

Pour terminer, Loran, une question personnelle : te considères-tu toujours comme un réfugié politique en Bretagne ?

Loran : Oui, de plus en plus. Je fuis la bêtise française. Enfin, il ne faut pas non plus généraliser. Je rêverais franchement d’une fédération française plutôt que d’un état français, c’est à dire une France qui respecterait toutes ses différences, toute sa richesse culturelle. On a voulu tout uniformiser.

Entretien réalisé par Didier Le Goff

Un grand merci à Anna de la Coop Breizh de Lorient pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Lire la chronique du CD, Breizh Anok.

Site : http://www.ramoneursdemenhirs.bzh/

Label : http://www.coop-breizh.fr/

Le concert du Hellfest diffusé sur Arte : 

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