Lindsay COOPER – Rarities Volumes 1 & 2

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Lindsay COOPER – Rarities Volumes 1 & 2
(ReR Megacorp / Orkhêstra)

LindsayCooperEn parallèle aux trois concerts de la « HENRY COW Family » qui ont eu lieu à Londres, Huddersfield et Forli en novembre 2014 afin d’honorer la mémoire de Lindsay COOPER, le label ReR Megacorp publie ce recueil d’archives inédites ou rares couvrant sinon tout, au moins une large partie (de 1979 à 1992) du parcours protéiforme de la saxophoniste/bassoniste et compositrice engagée. Sa carrière dépasse donc amplement les frontières du rock progressif – fut-il avant-gardiste – auquel on la rattache de par son implication dans le groupe HENRY COW et ses collaborations, somme toutes bénignes, avec COMUS et NATIONAL HEALTH. Il y a eu une vie après HENRY COW, et Lindsay COOPER s’est pleinement épanouie dans des projets plus personnels aux influences riches comme NEWS FROM BABEL ou OH MOSCOW, ou encore avec ses nombreuses musiques de films ou documentaires, puis des œuvres plus contemporaines (Schrödinger’s Cat, Sahara Dust, An Angel on the Bridge…), avant que la maladie ne vienne freiner son élan créatif.

Si des albums séminaux comme Rags, The Gold Diggers et Music for Other Occasions fournissent déjà une matière profuse et plurielle au goût de « revenez-y », il y avait encore des choses, publiées confidentiellement à l’époque, qui n’avaient pas encore eu les honneurs d’une réédition CD. C’est cette « discographie grise » que dévoile Rarities.

Aux jeunes oreilles curieuses qui ne connaissent que le téléchargement mp3 et qui nous lisent d’un air vaguement concerné, nous parlons d’une époque où le disque vinyle et la cassette étaient les supports de prédilection pour la musique enregistrée et monopolisaient le marché de la musique. Dès la fin des années 1970, un label de disque parfaitement indépendant des réseaux de grande distribution comme ReR Megacorp fonctionnait grâce aux souscriptions de ses clients (le financement participatif ne date pas d’hier…) et, pour les remercier gracieusement, le label leur offrait un « petit plus » sous forme d’une cassette, d’un SP ou d’un flexi-disc contenant des enregistrements non inclus dans les LP. En général, ces enregistrements se retrouvent plus tard en bonus tracks sur des rééditions de LP en CD. Sauf que les albums de Lindsay cités plus haut n’ont pas bénéficié de bonus lors de leur réédition CD (à l’exception de Music for Other Ocasions, mais ses bonus n’ont pas de lien direct avec l’album et lui sont même postérieurs).

Ces Rarities offrent donc enfin l’opportunité de boucher plusieurs trous dans la discographie « underground » de Lindsay COOPER. Le CD Volume 1 commence ainsi par les douze courtes pièces d’Outtakes for Other Occasions, une cassette uniquement offerte aux souscripteurs du LP Music for Other Occasions (1986) et dont elle constitue un complément indispensable. Dans le même ordre d’idées, le CD Volume 2 contient les huit vignettes de Pictures from the Great Exhibition qui furent à l’origine composées par Lindsay COOPER pour le film Song of the Shirt, à l’instar des pièces du LP Rags, mais n’avaient pas trouvé place sur ce dernier. Du coup, elles avaient été publiées sur un 7” single à face unique et pochette ouvrante, un bien bel objet offert en souscription pour le LP Rags, mais jamais véritablement commercialisé.

Au chapitre des musiques de film rares écrites par Lindsay COOPER et exhumées dans les deux volumes de ce recueil, il faut ajouter les trois morceaux inclus dans la compilation A Beginners Guide to No Man’s Land de 1988, ainsi que la quinzaine de pièces composées pour cinq courts-métrages télévisés et réunies en 1984 dans la cassette The Small Screen – Music for Television.

Il faut noter que les morceaux parus dans The Small Screen et Outtakes for Other Occasions présentent tout l’éventail des influences de Lindsay COOPER (musique de chambre, cabaret, folk, jazz..) et offrent l’opportunité de l’écouter entourée de ses « usual suspects » de l’époque, à savoir Chris CUTLER, Sally POTTER, Maggie NICOLS, Georgie BORN, Irita KUTCHMY, Dagmar KRAUSE, Kate WESTBROOK ou Fred FRITH. Il va sans dire que ces pièces rares attireront l’attention des fans des premiers LP de Lindsay COOPER.

De même, ceux qui ont découvert la bassoniste par le biais de HENRY COW se réjouiront de l’inclusion dans ces Rarities du morceau In The Dark Year, chanté par Robert WYATT, qui avait été enregistré pour le mini-LP The Last Nightingale, que beaucoup considèrent comme l’album perdu de HENRY COW (on y retrouve une bonne partie du personnel du groupe, avec quelques autres « friends »), et dont l’absence de réédition intégrale sur support numérique a toujours suscité l’incompréhension… En voilà donc un extrait, et non des moindres ! Une autre rareté qui retiendra l’écoute de ces mêmes fans est le morceau Education, enregistré par Lindsay avec CUTLER, GILONIS, POTTER et la tromboniste Connie BAUER, et inclus dans le LP qui accompagnait le Vol. 1N° 1 du magazine Re Records Quarterly de 1985.

On trouvera de même dans Rarities l’extrait du Concerto Per Sax Sopranino e Archi joué avec un orchestre pour le festival Angelica de 1992, et paru sur le CD-compilation de ce dernier. Rappelons tout de même que ce concerto a finalement été publié en intégralité dans le dernier double album de Lindsay COOPER, A View from the Bridge.

Si une majorité du matériel compilé pour Rarities met en valeur le prolifique travail de Lindsay COOPER en tant que compositrice, il n’oublie pas aussi de révéler son implication dans des projets tirant plus nettement vers la musique improvisée. Le Volume 2 contient ainsi une bonne demi-heure d’un concert du TRIO TRABANT (avec le souffleur et claviériste Alfred HARTH et l’unique vocaliste Phil MINTON) enregistré à Strasbourg en 1991. On se souvient que le TRIO TRABANT avait déjà légué à la postérité le CD State of Volgograd (FMP), lui aussi enregistré live. Cette captation inédite n’a peut-être pas la même consistance que celle consignée dans State of Volgograd, mais elle en est un généreux complément qui, cela dit, déconcertera certaines oreilles. On en dira autant de Petrified, pièce live jouée par Lindsay quand elle avait rejoint le groupe THE PEDESTRIANS de David THOMAS, dont le lourd récitatif ne sera compris et sans doute apprécié que par les anglophones assurés et avertis. Ce morceau figurait à l’origine sur le LP Winter Comes Home, que David THOMAS n’a jamais cru bon de faire rééditer en CD…

Sans doute la pièce inédite la plus étonnante de ces Rarities est-elle Piano Roulette, dans laquelle Lindsay COOPER joue bel et bien en solo… au piano ! Une fois n’est pas coutume, mais pour le coup on se demande pourquoi… Non que ça plaira à tout le monde, mais c’est tout de même une sacrée découverte !

Ces deux heures de Rarities offrent une matière fort diversifiée qui ravira différents publics. Pour autant, ce double album ne fait fonction de rétrospective et ne doit pas être confondu avec une porte d’entrée abordable pour le néophyte, lequel a plutôt intérêt à se familiariser en premier lieu avec les indispensables albums que sont Rags, The Gold Diggers, Music for Other Occasions, ou bien Sirens and Silences et Letter’s Home de NEWS FROM BABEL et bien sûr OH MOSCOW. Ces Rarities constituent plus sûrement un additif indispensable à ceux qui possèdent déjà tout ou partie de la discographie « classique » de Lindsay COOPER et qui souhaiteraient la redécouvrir par des chemins moins courus. De plus, le livret contient des écrits de Sally POTTER, Chris CUTLER, Tim HODGKINSON, David THOMAS et Kate WESTBROOK qui évoquent leur vision de l’univers musical et de la personnalité de Lindsay COOPER.

Aussi denses que sont les deux volumes de Rarities, ils ne peuvent toutefois pas prétendre faire le tour complet des caves et des tiroirs du propriétaire. Par exemple, le LP Live at the Bastille de Lindsay COOPER, Maggie NICOLS et Joëlle LÉANDRE reste à ce jour aux abonnés absents de la réédition CD. Et n’y a-t-il donc aucune captation correcte de l’un des concerts du FEMINIST IMPROVISING GROUP ? Un autre concert d’OH MOSCOW avec des morceaux non inclus dans le disque paru chez Victo ? Des projets à considérer…

Site: www.lindsaycoopermusic.com

Label: www.rermegacorp.com

Distributeur : www.orkhestra.fr

Stéphane Fougère

 

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