L’ŒILLÈRE, BOB DRAKE, L’OCELLE MARE au Festival Rock In Opposition à Cap Découverte, septembre 2018

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L’ŒILLÈRE, BOB DRAKE, L’OCELLE MARE

au Festival Rock In Opposition

à Cap Découverte (81)

le 15 septembre 2018

Une fois n’est pas coutume, le deuxième jour du festival Rock In Opposition a mis en valeur trois artistes dont le mode d’expression dépasse le cadre stylistique communément défini pour le genre, puisqu’il s’agissait de performances purement solistes. Trois guitaristes, trois mondes, trois chemins, trois histoires aux antipodes, comme des fenêtres ouvertes sur des voies buissonnières, se sont succédé dans la salle intimiste « Henry-Cow ».

Il a incombé à L’ŒILLÈRE d’inaugurer la séance. L’ŒILLÈRE est la dernière métamorphose soliste de Nicolas GARDRAT, que l’on a connu sous d’autres noms, tels que LES MÉMOIRES DE L’ŒIL, JONAS ZUGZWANG, et qui se commet également dans le groupe BABIL SABIR. L’ŒILLÈRE met en évidence un jeu de guitare classique à la fois sauvage et dépouillé, sans aucun effet électronique ou ajout de quelque instrument ou objet. Sa performance a consisté en une pièce compacte qui s’est développée en exposant un riche panel d’influences, un belle amplitude dynamique, déployant de multiples techniques sur les cordes, torsions, caresses, pincements, une alternance de tensions et de détentes, obligeant le public au silence le plus absolu. Pas d’esbroufe démonstrative, juste le déploiement d’un monde émotionnel à fleur de peau et de cordes. Brillant !

Le public à peine sorti du rêve de L’ŒILLÈRE, Bob DRAKE a investi la scène avec l’un de ses accoutrements farfelus qu’on lui connaît, avec sa guitare et ses effets. De toute cette édition du festival, c’est sans doute avec Albert MARCŒUR le personnage le plus lié à l’époque pionnière du Rock In Opposition, mais plutôt de la deuxième génération, puisqu’il a co-fondé le groupe de référence THINKING PLAGUE et s’est investi dans d’autres combos comme HAIL, 5UU’s, THE SCIENCE GROUP. L’Américain soixantenaire compte mine de rien une dizaine d’opus solistes où il joue généralement un peu de tout et assure seul l’enregistrement, la production, etc. Sa propension pour des formats courts, orientés pop-folk-rock mais toujours généreusement déglingués et atypiques et sa voix évoquant un Jon ANDERSON sous acide sont les traits caractéristiques de son expression.

C’est cette même approche excentrique qu’il a déployée sur la scène du RIO, enquillant les chansons avec un enthousiasme ludique, les gavant de dérapages, de fausses sorties de route, tâchant de maîtriser les effets avec les moyens du bord. Il semble que Bob DRAKE n’ait pas été convaincu par son propre set, n’ayant pu le mener comme il l’aurait souhaité. Le public, lui, n’y a vu que du feu et semblait plutôt réjouit d’avoir vu passer cette comète épileptique à la trajectoire zigzagante…

Le troisième et ultime volet de cette trilogie soliste était animé par L’OCELLE MARE, alias Thomas BONVALET, ancien bassiste et guitariste au sein du groupe CHEVAL DE FRISE, qui s’est illustré à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Depuis, il s’est investi dans une singulière approche soliste qui intègre la podorythmie, diverses percussions (claves, cloches, peau de tambour, pieds, mains) et tout un attirail d’instruments à cordes (banjo, basse six cordes) à vent (orgue à bouche, concertina), d’éléments mécaniques (métronome, componium), d’outils, objets détournés (diapason) d’objets détournés en plus d’un dispositif d’amplification (micros, mini-amplificateurs, subwoofers, petite table de mixage, moteurs à ressorts).

L’OCELLE MARE est donc un homme-orchestre, un organisme mouvant et adaptable associant gestes et outils, et qui expérimente des dispositifs sonores à la fois rustiques et aléatoires, incongrus et sophistiqués.

L’OCELLE MARE avait l’habitude d’enregistrer ses disques dans des acoustiques extérieures (forêt, temple, étang, cabane, grotte, appartement). Mais son dernier disque, Temps en terre, fait exception puisqu’il a été enregistré pour la première fois en studio, mais en cherchant à transcrire au plus près l’approche développée lors de ses performances en direct, où il joue et mixe en temps réel. C’est ce que L’OCELLE MARE a donné à écouter et à voir lors de son passage au festival RIO, créant une ample tapisserie sonore polyphonique bourrée de détails, d’idées, de climats qui peut s’appréhender comme un montage de « field recordings » destinés à faire entendre les états non palpables du monde.

L’OCELLE MARE ouvre des portes inouïes sur des paysages déclinés sur plusieurs niveaux : mental, nerveux, physique. La radicalité de sa performance a pu en faire décrocher quelques auditeurs, mais ceux qui ont plongé derechef dans ce vortex bruitiste savamment agencé ont indéniablement découvert des horizons fascinants.

 

Sites :

www.loeillere.com/

http://loeillere.bandcamp.com/

EP : L’ŒILLÈRE (2017, autoproduction)

 

 

Sites : 

http://bdblog.bdrak.com/

https://bobdrake.bandcamp.com/

CD : Bob DRAKE – L’Isola Dei Lupi (2018, ReR Megacorp)

 

 

Sites :

https://thomasbonvalet.wordpress.com/

https://ocellemare.bandcamp.com/

CD : L’OCELLE MARE – Temps en Terre
(2017, Murailles Music [CD]/ Kythibong Records [LP])

 

Article et Photos : Stéphane Fougère

Lire le compte-rendu du Festival Rock In Opposition 2018.

Diaporama photos :

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