MOOD – (a)live

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MOOD – (a)live
(Autoproduction)

Quatre années se sont écoulées depuis que l’artiste nantaise MOOD s’est révélée au monde avec son premier album solo, Do Om. Il était temps qu’elle donne de ses nouvelles discographiques, et l’on peut désormais se rassurer : MOOD est toujours  « alive » (vivante) ! Mais qui en doutait ? Car en quatre ans, l’exploratrice des expressions modales d’ici et d’ailleurs ne s’est pas terrée dans une sombre cave à chauve-souris ni ne s’est livrée à un quelconque jeûne artistique dans une anfractuosité rocheuse à l’abri des agitations urbaines. Bien au contraire, MOOD a cultivé la scène comme d’autres leur jardin. En fait, la scène EST le jardin de MOOD, c’est là qu’elle a arrosé ses pousses d’inspiration, qu’elle a testé de nouvelles variétés de fleurs musicales, parfois entourée d’un groupe mais le plus souvent délibérément seule, sans fard ni trucage. Rien de monomaniaque là-dedans, juste l’envie de laisser épanouir sa voix, sa voie, et cela ne l’a pas empêchée de temps à autres d’ouvrir ses scènes à quelques camarades de pèlerinage (notamment Yann PÉCHIN, Denis PÉANT…).

Toute cette période passée sur les routes, dans les salles de spectacles, a trouvé son point culminant sous les sunlights d’une populaire émission de télévision qui a assurément servi de tremplin vers une notoriété que l’on n’osait pas penser croyable auparavant. Et pourtant, en quelques semaines, MOOD l’Inconnue, MOOD la Mystérieuse, MOOD l’Esotérique, MOOD l’Orientale, MOOD l’Expérimentale, MOOD la Fée björko-monkienne s’est révélée aux critiques et au grand public et les a dûment envoûtés. Il a donc fallu procéder à un réajustement, non pas tant de trajectoire que dans la façon de capter l’attention.

Do Om avait séduit par ses contours cabalistiques, ses messages secrets exprimés dans une langue imaginaire. Mais quand on élargit le cercle de son public, il convient de laisser de côté les afféteries hermétiques pour ne pas trop intimider les nouveaux suiveurs. Pour son nouveau répertoire exposé sur ce disque autoproduit (en vente exclusive sur son site et lors de ses concerts), MOOD a donc abandonné son « français-miroir » et a opté pour un chant exprimé majoritairement en français en même temps qu’elle a délimité ses compositions à un format résolument plus « chanson ».

Pour autant, MOOD n’est pas devenue une banale « auteure de chanson française », et encore moins de « variétés ». MOOD est restée MOOD en son for intérieur et dans sa force extérieure, et n’a pas l’intention de cacher ses appétences pour une expression artistique abreuvée au chant traditionnel indien comme aux audaces vocales avant-gardistes. Elle s’est juste livrée à un périlleux mais brillant exercice d’équilibre en adoptant un format offrant plus d’accessibilité sans y perdre de sa singularité artistique exploratoire. On peut parler de « chanson ethno-pop », mais sans que cela confine à la formule toute faite. La démarche expérimentale est toujours là, dans les choix d’arrangements, dans les options de sonorités, dans la manière d’orienter les projections émotionnelles, mais ne s’affiche pas comme une fin en soi. Il s’agit juste de la rendre plus lisible.

Cependant, le nouveau répertoire de MOOD n’a rien de véritablement convenu ou de prévisible. Le choix de chanter en français (avec des incrustations d’anglais ici et là) a poussé MOOD à développer un champ littéraire et poétique centré sur la thématique de l’amour… pardon, de l’Amour ! Il n’est pas question chez MOOD de raconter de « petites histoires d’amour », ni de narrer ses amours comme d’autres parleraient de leurs emmerdes, mais de chanter l’Amour en singulier majuscule, cet Amour plein, entier, irréductible, sans réserve, total, intact, fou, démesuré, sans compromis ni concession, un Amour moteur qui accompagne toute la Vie, qui la pousse, qui la porte, qui la projette, qui la révèle, qui la relève, quelque part entre l’injonction spirituelle et la prière émotionnelle.

C’est au fond ce que MOOD a toujours chanté, mais elle le fait ici de manière plus « nue ». MOOD n’a pas peur de chanter Le Courage d’aimer, de lancer l’Appel, d’écrire le Message, d’affirmer Tu peux compter sur moi ou de promettre Nous ne fanerons pas sans que cela ressemble à une chansonnette bon marché. C’est d’une autre dimension que MOOD s’adresse aux consciences, dont elle implore (et inspire) la capacité d’ouverture. Et cela n’empêche pas MOOD de voguer sur des Rivières ou de divaguer sur une digue, de quitter son corps, de célébrer son inspiratrice Meredith MONK en mode primal ou de cultiver le mystère linguistique extrême-oriental (Sri Rejeki II).

Cette nudité dans l’expression se retrouve aussi dans sa musique, entièrement jouée par MOOD avec ses seuls instruments (un harmonium, un tambourin à cordes gascon), ses samples de sons indiens, tibétains, indonésiens, ses boucles vocales et rythmiques. Il n’y a pas de participations extérieures, il s’agit bien d’un disque solo, enregistré en mode « live » sans pour autant être un album « en concert ».

Comme dans la majorité des performances qu’elle a données ces derniers mois, MOOD est seule, mais habitée par des myriades de visions, d’émotions, ce qui, mine de rien, constitue un véritable orchestre intérieur qui se suffit à lui-même. MOOD s’est enregistrée live pour apparaître vivante, pour rayonner sans filtres ni apparat. C’est MOOD du fond d’elle-même, livrée aux oreilles et aux esprits curieux, en connexion directe ; un moment précieux… pour ne pas faner.

Stéphane Fougère

Site : www.mood-mood.com

 

 

 

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