NADAKA & THE BASAVARAJ BROTHERS – Living Colours

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NADAKA & THE BASAVARAJ BROTHERS –
Living Colours (Rain Tree Records)

L’histoire du guitariste occidental qui bat le fer avec des musiciens indiens, on nous l’a déjà racontée dans les années 1970. Elle n’est toutefois pas unique et, quand bien même la trame de fond est ici identique, ses tenants et ses aboutissants sont différents de l’aventure que John McLAUGHLIN a développée avec SHAKTI. NADAKA est à la base un guitariste d’origine québécoise qui, dès l’adolescence, a littéralement épousé la culture traditionnelle de l’Inde. Il y vit du reste depuis une trentaine d’années, dans la cité internationale d’Auroville, fondée à partir des idéaux de l’illustre philosophe et yogi indien Sri AUROBINDO.

NADAKA a ainsi été amené à étudier plusieurs styles traditionnels indiens, du Nord comme du Sud, qu’ils soient vocaux ou instrumentaux, à travers ses rencontres avec des musiciens comme Krishna KUMAR, les violonistes GANESH et KUMARESH, ou encore Vikku VINAYAKRAM, célèbre percussionniste qui a joué dans la première mouture de SHAKTI. C’est avec lui et avec son fils SELVAGANESH – actuel membre de REMEMBER SHAKTI, le monde est petit ! – que NADAKA a enregistré en 1992 l’album Straight to Your Heart (avec la participation du bassiste Bernard PAGANOTTI entre autres).

Paru sur le label français Tangram, ce disque a permis pour la première fois de découvrir la singulière guitare de NADAKA, dont les sons sont proches de la vîna indienne. Accordée en quintes ascendantes, la guitare-raga de NADAKA est constituée de frettes mobiles spécialement adaptées afin de reproduire les micro-tons des modes indiens et de jouer simultanément les accords correspondant à ces modes.

Dernier album en date de NADAKA, Living Colours a été initié par sa rencontre avec le violoniste Raghavendra BASAVARAJ, l’un des fils de Sudharshana Rao BASAVARAJ, un flûtiste célèbre en Inde pour avoir joué dans quantité de B.O. de films. L’idée était de jouer une musique entièrement acoustique fondée sur des ragas indiens, mais qui ne saurait non plus se confondre avec de la musique strictement traditionnelle. Au fil des répétitions, l’échange entre les deux musiciens s’est vu augmenté de la participation des frères de Raghavendra, chacun jouant d’un instrument différent et ajoutant donc une nouvelle couleur.

Le titre de l’album était donc tout trouvé, Living Colours (« Couleurs vivantes ») étant constitué de six compositions jouées dans des formules instrumentales variées, de trois à six musiciens. La guitare de NADAKA y croise le violon de Raghavendra, la flûte de Balasai, le sitar de Shivaramakrishna, le tabla de Ganesh et les mridangam, ghatam et kanjira de Ramakrishnan, ce qui nous vaut de belles passes harmoniques, mélodiques et rythmiques jouant tantôt dans un registre feutré, méditatif ou sur un mode plus dense et enjoué.

Chaque composition est indexée en deux ou trois sections, et même jusqu’à huit sections sur la composition-fleuve Chakra (27 minutes), chaque section offrant l’opportunité à chaque instrument à cordes ou à vent d’illustrer à loisir son art soliste, soutenu par une percussion. Nous avons ainsi droit à des duos guitare / kanjira, violon / ghatam, sitar / tablas et flûte / mridangam, ainsi qu’à une partie mettant en valeur l’art vocal des syllabes percussives (« bhols ») des protagonistes, et, en final, à un duo de percussions mridangam / tablas qui s’achève trop vite…

Ce n’est pas la course à la vitesse ou la concurrence virtuose qui motivent NADAKA et les cinq frères BASAVARAJ, mais bien plutôt le dialogue amical et spirituellement inspiré, et la confection de textures sonores combinant subtilement le style hindoustani (du Nord), le style carnatique (du Sud), des touches harmoniques plus occidentales et des phrasés plus jazz.

Pour autant, qualifier Living Colours d’album de fusion indo-jazz risque d’en donner une image trop floue et caricaturale, à moins d’appréhender la fusion à travers un processus d’immersion prolongée dans l’univers modal indien débouchant sur une expression contemporaine brillante et raffinée. C’est en tout cas une fort belle réussite que tout amateur du genre se doit de découvrir.

Sites : www.nadaka.com

www.ragamantra.com/

Stéphane Fougère

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°22 – mai 2006)

 

 

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