Peter HAMMILL – The Margin + (Live)

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Peter HAMMILL – The Margin + (Live)
(FIE ! Records)

L’ampleur et l’opulence de la discographie de Peter HAMMILL peut décourager l’auditeur néophyte autant que le chroniqueur assidu. Au début des années 2000, entre les nouveaux albums (What, Now ?), les expérimentations hybrides (Unsung) et les compilations (The Thin Man sings Ballads), il y avait de quoi en perdre son latin ! Et malgré tout ça, Peter HAMMILL, pourtant peu enclin à se tourner vers le passé, avait même réussi en 2002 à rééditer l’un de ses albums live les plus emblématiques, à vrai dire le premier de sa carrière post-VAN DER GRAAF GENERATOR, le célèbre The Margin.

Les premières rééditions CD de ce dernier présentaient la particularité d’être incomplètes, puisqu’un morceau de l’édition 2xLP originale manquait à l’appel (mais pas le même d’une édition à l’autre…). Cette nouvelle réédition publiée cette fois sur le label de Peter HAMMILL corrige le tir et se présente sous forme d’un double CD avec dix morceaux supplémentaires et un livret avec photos ; d’où le + ajouté dans le titre.

Nous faisons donc un bond en arrière pour retrouver HAMMILL et sa formation du début des années 1980, le K GROUP, un quartet composé du batteur Guy EVANS, du bassiste Nic POTTER, et du guitariste John ELLIS qui pratiquait un rock new-wave moins alambiqué et plus direct que celui de VAN DER GRAAF GENERATOR, mais assurément dans le prolongement post-punk de la formation VAN DER GRAAF (1977-78). Le K GROUP existait déjà en 1981 pour la tournée de l’album Sitting Targets, mais il apparaît réellement en studio pour deux albums, Enter K (1982) et Patience (1983). The Margin a été publié à l’origine en 1985 comme un chapitre final à une expérience musicale unique et qui n’a jamais été renouvelée sous cette forme.

Le premier CD, présentant divers concerts de 1983 lors de la tournée de l’album Patience, est un classique connu de tous les fans. The Margin reste le plus beau live, mettant en avant un Peter HAMMILL possédé par la veine résolument « rock rebel » de son double Rikki NADIR : tout aussi efficace que Vital de VAN DER GRAAF (1978), et bien meilleur que There Goes the Daylight (1993).

Avec le K GROUP, HAMMILL jouait des versions transformées ou méconnaissables de morceaux parus sur ses albums de la fin des années 1970 et du début des années 1980, ici transfigurés par une énergie électrique vivifiante et abrasive qui faisait parfois défaut sur les albums studio, en particulier sur des titres comme The Jargon King, Porton Down, Empress’s Clothes, Sign, Sitting Targets et le grandiose opus épique Flight. Il faut cependant accepter des sons typés années 1980, comme la batterie électronique de Guy EVANS et ses « piouh piouh » quelque peu agaçants sur la durée…

Le second CD est donc un CD bonus destiné à donner une image plus complète du répertoire scénique du K GROUP. Les surprises se succèdent, avec tous ces inédits live qui n’existaient jusqu’à aujourd’hui que sur le bootleg The Secret Asteroïd Jungle et qui sont des extraits de shows donnés à Munich le 4 novembre 1982 et à Francfort le 5 novembre 1982 – Happy Birthday, Peter !).

La part belle est faite à des morceaux extraits des albums Sitting Targets et Enter K, auxquels s’ajoute la version « dansante » du morceau The Second Hand, joué à Edimbourg le 24 octobre 1983 (figurant à l’origine sur le 33 T, et oublié du premier format CD au profit de l’unique morceau de la période VAN DER GRAAF, The Sphinx in The Face), et le dynamique Film Noir (qui apparaîtra sur Patience).

Quelques vieilleries inoubliables des années 1970 complètent le set : le puissant Modern – rescapé de l’album culte The Silent Corner and the Empty Stage – et les émouvantes ballades Again (In Camera) et If I Could (The Future Now) bénéficient d’un traitement plus électrique et rock et sonnent comme on ne les a jamais entendues.

The Margin + est donc un double CD indispensable qui permet de se remémorer les grandes heures du K GROUP. À la fin de son écoute, deux choses viennent à l’esprit : on finit par regretter les absences de Guy EVANS et de Nic POTTER dans les œuvres plus récentes de Peter HAMMILL (Manny ELIAS n’a pas la puissance de son prédécesseur, et la basse est quasi inexistante) ; mais aussi, on ne peut s’empêcher de penser à cette rage, cette énergie sur scène (Patient, My Experience, Happy Hour, Central Hotel…) et cette inventivité dans le répertoire proposé (The Jargon King, The Second Hand, Flight) d’un temps aujourd’hui révolu.

The Margin + constitue en tout cas une porte d’entrée très recommandable à qui voudrait faire plus ample connaissance avec l’œuvre hammillienne par son versant électrique, sans craindre de se retrouver en territoire trop dépouillé ou trop abstrait.

Mais n’allez pas vous imaginer que vous aurez affaire à du « tout-cuit » ou à du rock conventionnel ou formaté ; avec Peter HAMMILL, même quand il prétend faire du rock plus accessible, il faut accepter d’entrer dans un univers « en marge », forcément déstabilisant.

Stéphane Fougère et Cédrick Pesqué

Site : http://sofasound.com/

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°12 – décembre 2002, et remaniée en 2019)

 

 

 

 

 

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