Philip GLASS – Music in Twelve Parts, Concert à Paris, 1975

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Philip GLASS – Music in Twelve Parts, Concert à Paris, 1975
(Transversales Disques)

Ce concert a été miraculeusement retrouvé et c’est donc un document vraiment exceptionnel qui vient de paraître via le label français Transversales Disques. Il s’agit d’un concert donné le 26 novembre 1975 au Grand Auditorium / Studio 104 de la Maison de la Radio à Paris (et diffusé le 7 décembre sur France Musique) par le PHILIP GLASS SEXTET. Autour de GLASS (orgue), le groupe comprenait Michael RIESMAN (orgue), Jon GIBSON (orgue, flûte), Joan LA BARBARA (orgue, chant), Dickie LANDRY (saxophone alto), et Richard PECK (saxophone alto).

Cet enregistrement est sorti sous le format unique d’un double 33t. Les trois premières faces proposent d’écouter cinq pièces provenant de l’œuvre la plus longue et la plus ambitieuse écrite par GLASS entre 1971 et 1974 : Music in Twelve Parts, considérée par GLASS lui-même comme une œuvre de rupture. S’il accepte que ces travaux entre 1965 et 1975 soient classées dans la catégorie des musiques dites minimalistes (même s’il n’aime pas ce terme ; il préfère se considérer comme un compositeur de musique à structures répétitives), Music in Twelve Parts annonce ses travaux futurs sur le plan des idées structurelles et harmoniques. Pour comprendre un peu mieux cette œuvre gigantesque et complexe, dont la première mondiale eut lieu en 1974 à la mairie de New York (le concert dura plus de quatre heures), nous vous invitons à relire les notes figurant sur les précédentes éditions de Music in Twelve Parts.

Pour lui, c’est un travail modulaire composé de douze parties différentes qui peuvent être jouées de manière séparée, ou en une longue séquence… (notes sur Music in Twelve Parts, live du 8 avril 2006 à Rovereto- Orange Mountain Music, 2008).

La face A propose donc d’écouter les deux premières parties. La première fut composée au début de l’année 1971. À l’origine, elle devait être écoutée seule. Les onze parties du titre renvoyaient aux douze lignes de contrepoint présentes dans la partition. GLASS avait choisi ce titre parce que les orgues jouaient six lignes, qu’il y avait trois joueurs d’instruments à vent et qu’il souhaitait augmenter l’ensemble en ajoutant trois lignes. Ce qui fait un total de douze.

Après avoir fait écouter cette première partie à une proche, celle-ci lui demanda à quoi ressembleraient les autres parties. C’est à ce moment là que l’idée lui est venue de composer onze autres parties. Il faut se souvenir que les deux premières parties sont parues sur un 33 tours disponible via le label Caroline. L’œuvre complète paraîtra sur disque vers la fin des années 1980.

Encore aujourd’hui, la première partie est la plus belle de toutes : il y a un côté très sentimental, féérique et romantique. La musique est hors du temps. Les connaisseurs remarqueront que l’induction réductive est très apparente : il y a “un do dièse et un fa dièse qui sont joués à un endroit ou à un autre de l’instrumentation”.

La deuxième partie s’enclenche immédiatement et un autre monde sonore s’ouvre à nous. La tonalité est bien différente, le tempo plus rapide. Cette partie montre une grande diversité sur le plan rythmique et mélodique. De plus, la voix soprano apparaît, chantant des notes de solfège (ce qui était courant dans les premières œuvres de GLASS).

La face B propose, pendant vingt-six minutes, la onzième partie. Cela nous semble un peu long, alors que sur disque, cette partie ne dépasse pas les quinze minutes. En fait, et c’est important de le signaler, la face B contient également plusieurs minutes de la douzième partie. Les six dernières minutes de la pièce finale se trouvent sur la face C, succédant à la troisième partie qui est d’une durée plus courte que la version studio (neuf minutes au lieu de treize).

La onzième partie se caractérise par une approche antithétique, chaque nouvelle figure amenant un changement harmonique. Cette partie est une aria pour soprano et ensemble, où il y a énormément de mouvement harmonique. Il en est de même avec la douzième partie, où nous entendons dans la ligne de basse, une série de douze tons. Cela n’est pas dû au hasard. GLASS a tout simplement voulu exprimer la fin du minimalisme par “une plaisanterie musicale où il se moque de lui-même et de ses propres règles” ; c’est un juste retour des choses, se rappelant ainsi que lorsqu’il fut formé à l’écriture de la musique dodécaphonique, il avait complétement rejeté ce mouvement.

Après Music in Twelve Parts, une nouvelle ère va s’ouvrir pour Philip GLASS et la composition suivante, qui porte bien son titre, va exactement dans ce sens : Another Look at Harmony qui signifie “Un autre regard sur l’harmonie”.

La dernière face est une présentation-interview du compositeur, One + One – The Music of Philip GLASS. Elle fut réalisée le 6 avril 1974 à New York par Daniel CAUX (à qui nous devons le label Shandar Records) et René FARABET, puis diffusée trois jours plus tard sur France Culture. D’une durée de dix-sept minutes, nous pouvons l’entendre s’exprimer  d’abord en français puis en anglais (ce passage fait l’objet d’une traduction). Il parle notamment du mouvement des nouveaux compositeurs dont il est l’un des représentants et aussi de Music in Twelve Parts ; le tout étant entrecoupé d’extraits musicaux où nous entendons le groupe répéter dans le loft de GLASS.

Il est regrettable que ce document ne soit sorti qu’en format vinyle, et qu’il ne présente pas la performance dans son intégralité. Mais existe t-il d’ailleurs un enregistrement complet ?
Nous notons également que l’ordre des parties est quelque peu chamboulé à cause des restrictions imposées par le vinyle, et cela n’a pas vraiment de sens. Nous commençons par les Part 1 & 2, pour ensuite enchaîner avec les Part 11 & 12, pour finir avec la Part 3 et le final de la douzième partie. Il y a également le prix qui tourne autour des 25 euros et qui n’est vraiment pas donné.

Ce double LP reste cependant un beau témoignage qui permet d’entendre cette formation dans un live de très bonne qualité. C’est suffisamment rare pour néanmoins se le procurer et compléter ainsi sa collection.

Cédrick Pesqué

Label : Transversales Disques

 

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