Philippe CAUVIN EXCEPT

Print Friendly, PDF & Email
Philippe CAUVIN EXCEPT
(Musea)

PhilippeCauvinExceptUn nouveau voile tombe sur l’histoire du monde protéiforme de Philippe CAUVIN avec ce volume de la collection « 1978-2015 » qui porte la lettre « I » du nom CAUVIN. Nous voici revenus dans un passé proche, pour ainsi dire un « passé actuel » avec l’exhumation d’une bande de concert donné par Philippe CAUVIN avec son trio EXCEPT en 2008.

L’histoire de ce dernier a commencé en fait avec un premier concert en 2005 dans une formule guitare électro-acoustique/chant, basse et batterie, avant de muer en une combinaison plus atypique : guitare électro-acoustique/chant, batterie et… un set de percussions comprenant vibraphone, marimba, et marimba basse !

C’est Pascale MARTINEZ qui a la charge de ces claviers acoustiques aux sons envoûtants, chatoyants, lumineux, vespéraux, boisés et métalliques, et auxquels s’ajoute celui d’une flûte traversière. Autant dire que les lames de la Dame sont particulièrement idoines dans l’univers musical de Philippe CAUVIN, que l’on sait apte à naviguer entre les éléments avec souplesse et élégance. Ensemble, cordes et lames évoquent des écoulements de ruisseau en plein azur, ou des flots de nuages frayant à travers les brèches terrestres jusqu’à l’océan.
Dans ce contexte, la contribution du batteur Jean-Luc « Lulu » BRET pouvait s’avérer délicate, et c’est justement avec délicatesse, habileté, sobriété et invention qu’il intègre ses parties, avec un set de batterie volontairement réduit et l’usage fort approprié en la circonstance de fagots et de cymbales, bref un jeu de batterie acoustique.
On aura compris que l’électricité rock telle qu’on a pu la connaître avec UPPSALA ou même le Philippe CAUVIN GROUPE n’est pas l’option privilégiée ici. C’est un feeling jazz (on pense, configuration oblige, à Gary BURTON et à Ralph TOWNER) qui est plus spécifiquement exprimé, mais sans passer par les cases déballage virtuose et solo égocentrique. L’EXCEPT de CAUVIN est une musique de coloration qui prend un malin et gourmand plaisir à gommer les cernes trop rigides entre écriture et improvisation ; une musique de contrastes et de volumes, appelant les vertiges, tutoyant les profondeurs, dialoguant avec les sphères et conversant avec les distances dans un espace restreint et chaleureux.
La quasi-intégralité des pièces présentées dans ce CD proviennent d’un concert qui ne pouvait être donné que dans un lieu intimiste, en l’occurrence un club de jazz bordelais. L’enregistrement pâtit quelque peu d’une certaine distance et d’une réverbération qui réduit la proximité d’écoute que nécessite pareille musique. Mais compte tenu de la combinaison instrumentale à l’œuvre et de la configuration du lieu, la restauration sonore effectuée par Guillaume THÉVENIN parvient à restituer le flux de magie généré par le trio ce soir-là.
Avec le premier morceau du CD, Claire obscure, l’occasion nous est toutefois donnée de goûter cette musique avec un enregistrement et un mixage plus abouti, effectué en studio en septembre 2015, soit plus de sept ans après les faits. Cette « coda introductive » à l’aventure du Philippe CAUVIN EXCEPT fait entendre les seuls marimbas et vibraphone de Pascale MARTINEZ (le morceau, écrit bien entendu par Philippe, lui est dédié), et il s’en dégage instantanément un parfum de griserie onirique dont on aimerait ne pas sortir. Le disque se referme sur une autre piste, fantôme celle-ci, et l’on peut à nouveau se laisser bercer par la mélodie de ces lames… de fond.
De fait, on en vient à regretter que le Philippe CAUVIN EXCEPT n’ait pas eu le temps et les moyens d’enregistrer sa musique avec les possibilités qu’offre un studio, tout en évitant de perdre de cette spontanéité et de cette vibration incantatoire propre au concert. Encore une histoire qui s’est achevée trop tôt, mais dont cette archive affirme haut et fort son caractère… d’exception !

Label : www.musearecords.com

Stéphane Fougère

 

 

 

Laisser un commentaire