PRÉSENT – Barbaro (ma non troppo)

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PRÉSENT – Barbaro (ma non troppo)
(Ad Hoc Records / ReR Megacorp / Orkhêstra)

Le voilà ! Nous le tenons cet objet qui doit témoigner de la prestation marquante, la création du festival Rock in opposition 2007, de PRÉSENT en version acoustique pour deux pianos et percussions … quelle attente !

L’objet est à la hauteur des espérances. Grâce à un CD qui accompagne le DVD, permettant d’entendre dans son salon avec une qualité sonore impeccable, et pour la première fois en version studio, le nouveau morceau de PRÉSENT, Vertige, et le morceau composé par Pierre CHEVALIER (pianiste) A Last Drop.

Grâce à la présence d’archives vidéos en sus de larges extraits des concerts électrique et acoustique du festival RIO 2007 et du Art rock festival de Gouveia au Portugal en 2007. Presque trois heures d’images, c’est immense !

Le groupe est inchangé : autour des TRIGAUX père (composition, guitare, synthé) et fils (guitare), l’illustre et imaginatif Dave KERMAN (batterie), l’essentielle étoile montante Pierre CHEVALIER (piano et autres claviers), le compère pulsant Keith MACKSOUD (basse) et les couleurs vents et cordes de la musique, Pierre DESASSIS (sax) et Matthieu SAFATLY (violoncelle électrique).

Le CD s’ouvre sur Vertiges, co-écrit par Roger et Réginald TRIGAUX, que nous avions découvert lors du festival RIO 2007 d’abord en acoustique puis, le lendemain, en version électrique. Derrière l’aspect relativement classique de la composition, typique de PRÉSENT, faite de hachures, de phrases mélodiques contrastées et d’incantations instrumentales, les multiples écoutes permettent de s’abandonner pleinement dans une musique qui nous prend à bras le corps (si je puis dire), emmenés que nous sommes, à la fois par les montées de piano comme par les envolées du sax. La nouveauté réside dans l‘utilisation du synthé en nappes sonores. Curieux de prime abord mais finalement bien intégrées dans la musique, car elles contribuent à faire planer l’angoisse.

Des passages calmes permettent de se reposer les oreilles même si l’on sent bien que ce calme est menaçant, annonciateur de la tempête qui s’avère être, in fine, un beau riff martial se concluant sur un accord de piano interrogatif.

Puis, vient la composition de Pierre CHEVALIER, A Last Drop. C’est la seconde composition du pianiste que le groupe grave sur disque, après Strychnine for Christmas sur le disque High Infidelity (un must avec son ensemble de cuivres répétitifs). On retrouve la marque spécifique de ce musicien de placer un rythme presque latino dans la musique de PRÉSENT sans lui faire perdre son âme, âme qui est damnée, nous le savons bien. D’ailleurs, la danse infernale se poursuit assez rapidement par un moment mélancolique avec pas mal de synthés et qui aboutit à une reprise de rythme décalé au piano ad libid.

Le CD se clôt par une reprise de Jack the Ripper, titre venu du deuxième disque d’UNIVERS ZÉRO, Hérésie, composé par le duo historique Roger TRIGAUX/Daniel DENIS, et joué sur scène, lors du Grand final du festival Rock in Opposition 2009. Si au début, on peut se demander ce que fait cette version sur le CD, à part pour faire atteindre au disque une durée honorable (presque 45’), à l’écoute on ne peut qu’être subjugué par l’énorme son qui fait la part belle à tous les instruments et par le solo carrément free du violoncelle qui prend tout son envol vers des univers bargeots !

Le DVD travaille notre frustration : tous ces bonus alors que la version acoustique de Promenade au fond d’un canal n’apparaît pas ! Le concert électrique n’est pas intégral non plus, mais les morceaux manquants apparaissent dans les extraits vidéo du festival de Gouveia, ce qui rattrape le coup. Dommage pour Promenade… en version acoustique parce que c’est peut-être dans cette composition mythique, issue du premier disque de PRÉSENT, longue trame torturée et épique, que les subtilités de composition montrant une approche plus classique de la musique du groupe, apparaissait le plus nettement. Notamment la fin qui a su interpréter de façon acoustique le déluge apocalyptique de la version électrique. À quand cette version dans un format CD ou DVD ?

Même si la qualité sonore n’est pas à la hauteur des exigences du groupe (selon les vendeurs de l’objet au festival), on s’en fout ! L’extrait des concerts du festival RIO 2007 montre le groupe en pleine cohésion et l’image rend vivant ce témoignage qui sera utile à ceux qui y étaient (souvenirs, souvenirs, snif) et à ceux qui n’y étaient pas (en forme de consolation, re-snif).

Le son d’Udi KOOMRAN fait encore des merveilles. L’image sur caméras multiples, fixes et mobiles, permet une vision globale et détaillée du fonctionnement du groupe et de la place de chacun, de façon vivante et adaptée aux événements des morceaux.

L’extrait du concert électrique démarre par Jack the Ripper, le classique, à l’introduction majestueuse mais sombre et son solo de violoncelle toujours aussi bargeot (cf. chronique du CD ci-dessus). Puis, c’est Ceux d’en bas de l’album N° 6, ses paroles criées et ses scansions cauchemardesques de la basse.

Enfin, c’est Promenade au fond d’un canal et sa longue progression vers le déluge final qui, pour l’occasion, fait apparaître un frappeur de tube en kilt et torse nu, aux peintures de guerre sur le visage, pour marteler, s’il en était besoin, la grande scène finale de ce morceau d’anthologie au cours de laquelle Roger TRIGAUX fait hurler sa guitare en la frappant par terre et sur son clavier au point qu’elle éclate sur le sol ! Terrible !

L’extrait du concert acoustique retient la longue suite Souls for sale (24’) dont c’était une première que d’être joué en public. Pour l’heur, des montages vidéo habillent le morceau, au détriment de la visibilité sur scène : l’arrivée de David KERMAN chaussé de semelles à chaînes ne peut être comprise que si on a assisté au concert, le long passage lent à la voix murmurée sur lequel se superposent des images de caves, ruelles nocturnes fantomatiques, pièces isolées … masque le fait que Matthieu SAFATLY invective la foule en allant jusque dans les gradins. Dommage.

À part ça, le face-à-face des deux pianos reste un must à voir, servant l’intense dramaturgie de la musique, dans une atmosphère rendue plus intime par l’éclairage. Ward de VLEESCHHOUWER est invité comme pianiste additionnel. Réginald TRIGAUX, Matthieu SAFATLY et Keith MACKSOUD sont assignés aux percussions alors que Pierre DESASSIS tourne les pages de Pierre CHEVALIER au piano.

Alors que Souls for sale est très électrique dans sa version enregistrée, il prend une dimension et une atmosphère proche des premiers UNIVERS ZÉRO, mariant la musique classique contemporaine à la BARTOK ou STRAVINSKY à une grammaire rock. Vertiges clôt cet extrait en présentant un véritable dialogue entre les deux pianos, les percussions servant de ponctuation. Ce format transforme presque ce morceau en autre chose que sa version live électrique ou CD. C’est une illustration concrète que la musique de PRÉSENT par ses compositions seules, se suffit à elle-même dans une présentation plus dépouillée. Les histoires qu’elle raconte se tiennent ainsi. Le format électrique apporte une puissance multipliée … seulement (oserai-je dire).

Réginald TRIGAUX disait lors de la conférence avec le public qui a suivi le concert, que la démarche de présenter les morceaux sous cette forme acoustique permettait de faire ressortir davantage ce côté classique qui est aussi une base et mettre à jour la composition réelle de la musique. Son père ajoutait que le fait d’aborder la musique de PRÉSENT ainsi permet aux gens de découvrir plus profondément la richesse des parties intimes de la musique, et non seulement le côté énergique et violent de PRÉSENT. Je ne peux rien ajouter.

L’extrait du concert de l’Art Rock Festival de Gouveia, en 2006, présente The Limping Little Girl , A Last Drop et Vertiges. Nous sommes donc en territoires maintenant connus que l’on écoute et voit en version live et électrique, dans un format vidéo un peu réduit en taille d’image mais bien desservi, là aussi, par les multiples caméras fixes et mobiles dont une qui passe parfois au-dessus ou en dessous des musiciens. Une vraie folie passe aussi par les images ! Les musiciens eux-mêmes semblent pris par la tension qu’ils mettent dans la musique !

Les bonus d’archives vidéo sont toutes des images rares. Il n’y a pas de crédits qui permettent de situer l’origine de ces bandes vidéo qui montrent pourtant une certaine technique (trucages, montage, plans divers d’illustration, sous-titres ou cartons de présentation).

D’abord, PRÉSENT à l’époque où le groupe était réduit au duo père-fils TRIGAUX et tournait sous le nom de PRÉSENT COD. La qualité de l’image n’est pas terrible, car elle semble gravée à partir d’extraits VHS. Ce n’est pas bien grave, car ce qui importe c’est de pouvoir entendre le duo sur des extraits de Alone, Le Poison qui rend fou (Ram-Ram va faire Pif Paf), Ersatz. La superposition visuelle des deux guitares montre de façon intelligente la subtilité de la composition.

Puis nous pouvons voir PRÉSENT en 1994 sur une grande scène extérieure. Deux caméras seulement mais c’est déjà ça. Ils jouent Le Poison qui rend fou (Didi, dans ta chambre !) avec Christian GENET à la basse et Daniel DENIS à la batterie où ils font tous les deux des étincelles ! Un vrai pied !

Ensuite, c’est Delusions à une date inconnue et avec une seule caméra. Mais la puissance du morceau n’est pas diminuée par faiblesse des moyens vidéo. Le line-up pourrait être celui de l’album live A Great Inhumane Adventure, mais je n’en suis pas sûr.

Enfin, c’est PRÉSENT en 2001 qui joue Contre dans le line-up de l’album High Infidelity, c’est-à-dire élargi à une trompette (Dominique NTOUMOUS) et un saxophone (Fred BECKER). Un morceau rare puisqu’il n’apparaît que sur le Live de 1996. Une version transe ponctuée de coups d’éclat des cuivres. Six minutes, c’est trop court !

Voilà. Je ne conclus pas, je retourne à mon lecteur DVD en rêvant qu’il y aura une suite au concert acoustique et d’autres archives surprises. Indispensable !

Frédéric Vion

Label : www.rermegacorp.com

Distributeur : wwww.orkhestra.fr

 

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°27 – décembre 2009)

 

 

 

 

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