SIDI GOMA – Les Soufis noirs du Gujarat (Inde)

Print Friendly, PDF & Email

SIDI GOMA

Les Soufis noirs du Gujarat (Inde)


Il y a huit siècles, beaucoup d’Africains de l’est arrivèrent à Gujarat, en Inde. Ils y avaient été vendus par les mar­chands d’esclaves qui les avaient fait prisonniers. Nombre de ces «Sidis» avaient été choisis pour leurs traits nubiens et furent introduits dans les cours de maharadjas ou de riches familles indiennes pour y travailler. Ils con­servèrent toutefois leur culture et leurs usages ancestraux. Ils travaillent comme fakirs ambulants et honorent leur dieu noir soufi Bava Gor. Leur musique les rapproche de leur dieu et leurs rituels accompagnés de transe sont res­tés inchangés depuis des siècles. Quatre musiciens accompagnent huit danseurs qui, par des mouvements virtuo­ses et puissants, arrivent lentement à l’extase. Ils atteignent le point culminant de cette extase au moment où les danseurs jettent des noix de coco en l’air pour les laisser s’écraser ensuite sur leur tête ! Voilà un groupe tout à fait particulier qui conserve un bout de l’Afrique sur le continent asiatique, nous laissant participer à une tradition très ancienne.


Entretien avec Abderahmid SIDI (Groupe SIDI GOMA)
et Katerina PAVLAKIS (Kapa Productions)

D’où vient le nom SIDI GOMA ?

SIDI GOMA : «Sidi» vient de la communauté indienne Sidi et «Goma» vient du swahili et signifie danse.

Vous avez des origines swahili ?

SG : Ma famille est originaire de là-bas et a formé une communauté importante au Gujarat. Nous continuons à parler un peu de swahili à la maison.

Vos parents jouaient-ils déjà cette musique ? D’où vient ce rituel ?

SG : Cette musique traditionnelle est basée, en effet, sur des chants religieux. Ils viennent de mes grands-parents et, chaque jour, nous les chantons dans notre village.

A quelles occasions jouez-vous cette musique en Inde ?

SG : Nous jouons souvent, à des occasions familiales, pour des maria­ges ou autres fêtes. Nous jouons dans plusieurs états de l’Inde, pour des festivals organisés par le gouvernement, entre autres.

Parmi les instruments que vous utilisez, j’ai remarqué une sorte de berimbau ou d’autres instruments pas vraiment indiens. Quelle est leur origine ?

SG : Le berimbau dont vous parlez est appelé Malunga. Les Sidis en jouent pour réveiller doucement ceux qui font le jeûne, pendant le ramadan ou pour accompagner le qawwali. Comme autres instruments d’origine africaine, il y a le mugarman, grand tambour cylindrique, construit à la manière du tambour ngoma du Zimbabwe. Ce type de tambour est assez rare en Inde, sauf dans les tribus. Il est beaucoup plus courant en Afrique. Il y a aussi le musindo, un grand tambour cylindrique attaché autour du cou du musicien, un peu comme le dhol indien, mais il est joué uniquement avec les mains, comme d’ailleurs tous les tambours sidis. Le nom vient d’Afrique, msondo désignant en Tanzanie les tambours cylindriques. Le damal, en revanche, est d’origine persane : c’est un petit tambour cylindrique uti­lisé pour accentuer les petits pas rapides avant et arrière, mouvements assez rares en Inde. Il rappelle le damama de Perse. Comme autre instrument, nous avons aussi le nafil ou nafir, une trompette en forme de conque, parfois en corne.

Y a-t-il d’autres communautés comme la vôtre qui jouent ce genre de musique ?

SG : Il y en a à Hyderabad et dans d’autres lieux. Nous sommes musul­mans, mais il existe aussi des Sidis hindous. Le rythme et la musique est le même mais les instruments sont différents.

Le spectacle que nous avons vu se compose de deux parties…

SG : Il y a la partie assise, avec le «zikr» (prière). Les chants ont lieu en position assise, avec très peu de danse. C’est la partie dévotionelle. Puis, il y a la partie comportant la célébration, toujours avec des priè­res, mais en position debout, avec beaucoup de danse. C’est assez spec­taculaire. Le tout est un rituel religieux dédié à Dieu, Allah et au dieu noir soufi, Bava Gor. Les chants parlent aussi de leurs origines, de com­ment ils sont venus d’Afrique, par la mer. Certains sont venus comme esclaves, d’autres comme marchands ou comme soldats. Ils ne sont pas venus tous ensembles, mais ils ont formé ensuite une communauté très fermée.

Vous étiez aux Orientales à St Florent-le-Vieil. Etait-ce la pre­mière fois que vous étiez en France ?

SG : La France, oui. Mais nous étions aussi à Londres, au Womex à Séville, à Istanbul, à Prague, et, l’année dernière, au Zanzibar et au Kenya. Actuellement nous effectuons une tournée à Amsterdam, en Italie, en Espagne, en Malaisie…

Qui vous a découverts ?

SG : C’est une ethnomusicologue américaine, du nom de Amy KATH­LEEN, qui a découvert cette communauté il y a six ans. Depuis deux ans, c’est Kapa Productions qui s’occupe des tournées

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Marie-Paule Bonné
(paru dans Ethnotempos n° 16, février 2005)

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.