Srdjan BERONJA – The Sounds of Varanasi

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Srdjan BERONJA – The Sounds of Varanasi
(ARC Music / DOM)

srdjan-beronja-the-sounds-of-varanasiConsidérée comme l’une des plus vieilles villes au monde, Varanasi (aussi appelée Bénarès, Kashi, et d’autres noms encore) est l’une des sept villes saintes de l’hindouisme. Un bon million de pèlerins s’y rendent chaque année pour se laver de leurs péchés en se baignant dans les eaux du Gange, ou pour y finir sa vie et ainsi rompre le cycle des réincarnations. C’est par excellence la ville de Shiva­; et les percussionnistes indiens y vont pour y trouver un de ces « benares tabla gharana » qui y sont produits en abondance.

Percussionniste, compositeur et écrivain serbe (natif de Novi Sad), Srdjan BERONJA s’est passionné pour les musiques des Balkans, du Moyen-Orient et du sous-continent indien, et a été tellement ébloui par cette ville sainte qu’il a décidé de lui consacrer tout un disque, censé refléter toute sa riche personnalité. Il a ainsi été poser son micro dans différents coins de la ville et en a profité pour enregistrer quelques musiciens locaux.

Toutefois, The Sounds of Varanasi n’est pas une œuvre de compositeur, mais plutôt une sorte de compilation à caractère pédagogique, un guide introductif non seulement à l’environnement sonore de Varanasi, mais plus largement aux diverses formes de la musique hindoustanie.

Le disque alterne donc captations de représentations live et enregistrements de terrain. Bruits de rue, cris de singes, rassemblements collectifs rituels, chants en sanskrit, mantras et percussions cérémonielles se glissent entre deux interprétations de musique classique indienne, dont tous les aspects et pratiques instrumentales solistes sont illustrés : ragas de l’aube, ragas nocturnes, bhajans, dhun, joués au sitar, au violon, à la flûte bansuri, etc.

Le livret accompagne l’écoute de chaque plage du CD de copieuses notes informatives qui permettront au néophytes et aux curieux de connaître dans le détail le fonctionnement et la structure des ragas, ou des explications sur ce que les enregistrements de terrain donnent à entendre. On met parfois autant de temps à lire ces notes qu’à écouter les sélections musicales !

En effet, et c’est là que le bat blessera un peu pour les auditeurs déjà assermentés sur le sujet, les plages musicales se distinguent par leur brièveté. Les enregistrement dans les rues et les temples dépassent rarement la minute et demie, et les extraits de ragas et bhajans oscillent entre 4 et 6 minutes, ce qui paraît franchement chiche quand on sait que la musique classique indienne se déploie volontiers dans la durée. La différence de qualité sonore et les différences de contexte creusent aussi le décalage entre les captations de rue et les captations de concert : les premières sont parfois un peu distantes et donnent l’impression d’écouter les sons de la ville depuis le balcon d’une chambre d’hôtel (d’autant que tout bruit parasite a été miraculeusement nettoyé sur ces extraits !), tandis que les secondes ont dans la plupart des cas été réalisées dans l’intimité d’un studio.

En matière d’enregistrements de terrain consacrés à l’Inde du Nord, le coffret digipack 3xCD Ganga, réalisé par Xavier BELLENGER en 1998, offrait une matière nettement plus riche voire insolite, là où The Sounds of Varanasi se contentent d’aligner le B.a-ba habituel des pratiques vocales et instrumentales indiennes, comme bon nombre d’autres compilations un tant soi peu réfléchies.

Les quelques extraits qui se distinguent pour leur (relative) originalité sont une pièce pour bansuri et tabla qui relève du style « fusion », une forme musicale plus contemporaine, et une pièce qui fait entendre le « dafly frame drum », un tambour peu connu utilisé généralement par des musiciens folk itinérants (donc de lignée moins noble), et qui accompagne ici un chant dévotionnel (bhajan). Il est du reste joué par Srdjan BERONJA ; et c’est l’une des deux occasions où l’auteur du disque montre enfin ses talents de musicien et devient acteur de ce catalogue d’extraits musicaux, ce qui permet de justifier le fait que cette compilation soit créditée à son nom.

Mais il convient également de citer les autres musiciens locaux qu’il a enregistrés, car leurs talents sont notables : le sitariste Dhruv Nath MISHRA, les flûtistes Atul SHANKAR et Hari POUNDWAL, le violoniste Sukhdev Prasad MISHRA, le chanteur et joueur d’harmonium Prakash BIMLESH, et les joueurs de tabla Ravi TRIPATHI, Vikas TRIPATHI et Kailash Nath MISHRA. Ce sont tous des « pandits » (maîtres) de leur art, mais évidemment méconnus du marché musical international.

Sans doute aurait-il mieux valu leur consacrer un disque entier (sous le titre « Masters of Varanasi », que le label ARC Music aurait sûrement adoré), et publier un autre disque constitué exclusivement d’enregistrements de terrain présentant les sons et musiques de l’agglomération varanasienne et les voix d’illustres anonymes captées à la volée, ou encore une création originale à partir de ces enregistrements…

Ce parcours musical de Varanasi relève donc du zapping un peu prévisible, mais il illustre en creux le regard personnel d’un musicien « externe » sur la température musicale de ce haut lieu hindouiste. Si vous voulez une visite culturelle bien guidée et documentée, ce disque remplit sa fonction.

Site : www.srdjanberonja.com

Label : www.arcmusic.co.uk

Stéphane Fougère

 

 

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