Thierry ZABOITZEFF – Multiple Distorsions, Archives 2005-2016

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Thierry ZABOITZEFF – Multiple Distorsions, Archives 2005-2016 (Booster / WTPL Music)

thierry-zaboitzeff_multiple-distortionsY en a-t-il encore dans la salle qui ne savent pas que Thierry ZABOITZEFF est l’auteur d’une discographie pléthorique en dehors d’ART ZOYD ? Non parce que, dans ce cas, il faudrait voir à s’épanouir loin du radiateur… Avec ce nouveau CD, le « Dr. ZAB » en est à sa 18e réalisation discographique. Plusieurs de ses musiques servent de supports à des spectacles chorégraphiques, d’autres à des ciné-concerts, d’autres devaient servir à des projets qui n’ont finalement pas abouti, et d’autres encore ne servent à rien de particulier ; elles sont là pour le plaisir de l’écoute et peuvent aboutir tout bonnement à un album solo à apprécier en tant que tel. C’est dans cette catégorie qu’il faut ranger Multiple Distorsions.

A l’instar d’Iva Lirma, qui regroupait des archives de la période 2002-2007, Multiple Distorsions est présenté comme un recueil d’archives émanant de ces dix dernières années. S’y alignent des compositions originales inédites, une nouvelle version du Lac des signes (que Thierry avait revisité dans son concert solo Cross the Bridge) et quatre pièces issues d’un projet qui n’a pas vu le jour, Overdrive.

Compte tenu de l’insatiable curiosité musicale du bonhomme – qui explore tant la musique contemporaine que l’électronique, le rock avant-gardiste ou les musiques d’ailleurs – en même temps que de son talent de multi-instrumentiste (basse, guitare et violoncelle électriques, percussions, claviers, échantillonnages…), on se doute que le contenu de Multiple Distorsions ne verse pas dans l’uniformité stylistique. Les connaisseurs de l’œuvre « zaboitzeffienne » retrouveront donc ici leurs marques mais ne manqueront pas d’être étonnés par certaines orientations.

Ainsi trouve-t-on dans ces Archives 2005-2016 une pièce quelque peu réminiscente du son de l’ART ZOYD des années 1980 (Rebonds), des séquences ambient-indus tendues et inquiétantes (Sign 2, Continents), des morceaux électro un poil plus amènes car conçus sur des boucles mélodiques ou rythmiques (Maniphands, Confusion), une pièce à l’ambiance grisante écrite pour un quartette de guitares basses (Lose – extended), des morceaux où s’entrelacent sons acoustiques, jets électriques et boucles et programmations électro (Die Maschine, Wings) et d’autres qui font la part belle à la guitare électrique, comme dans Pourquoi autant d’agitation ? et la série des Overdrive. À ce sujet, il est possible que jamais le Dr. ZAB ne s’était autant rapproché de l’idiome rock « classique » qu’avec Overdrive 3, introduit par un riff aussi saignant que bluffant et nourri d’un solo « frippien » à s’y méprendre !

Thierry ZABOITZEFF n’a pas son pareil pour composer des pièces qui agissent comme des miroirs ou des reflets de la face cachée et obscure de la psyché humaine. Les climats dépeints dans ce recueil sont certes imprégnés de rêveries glaçantes, d’angoisses transpirantes, de colères magmatiques et de remue-ménages bazardés, déployés avec un goût travaillé du détail ; mais l’humour a aussi sa place, comme l’illustre notamment Vorschrift, qui combine rythme « dance » avec banjo et trompette !

Alors certes, ces Multiple Distorsions font montre d’un éclectisme qui en déroutera certains, mais les quinze morceaux réunis dans cet album ont tous une griffe distinctive qui ne trompe pas et illustrent chacun à leur manière une forme de distorsion sensorielle. Et, à y bien regarder, les albums solo de Thierry ZABOITZEFF se sont toujours distingués par leur profusion d’idées, d’inventions et leur richesse stylistique. C’est pourquoi Multiple Distorsions s’élève bien au-delà du simple statut de compilation de fonds de caisse et s’écoute comme un album solo dans la lignée de Dr. Zab and his Robotic Strings Orchestra, Heartbeat, India, The Fantômatick Bands, Iva Lirma et 16. Et quelque chose me dit que Thierry ZABOITZEFF, même après avoir fait le ménage dans ses disques durs, n’a vraisemblablement pas encore tout dit.

Site : www.zaboitzeff.org

Stéphane Fougère

 

 

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