THIRD EAR BAND – Necromancers of the Drifting West

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THIRD EAR BAND – Necromancers of the Drifting West
(Gonzo Multimedia)

 

Pendant un quart de siècle, on a cru que l’âge d’or du THIRD EAR BAND n’avait été marqué que de trois pierres blanches (ou noires, selon, le niveau atteint dans le processus alchimique), Alchemy, Elements et Music from Macbeth. Puis, des langues se sont déliées, des caves ont été découvertes, des tiroirs ont été ouverts, des bandes audio ont été exhumées, et même des images sont apparues. On s’est alors rendu compte que le parcours de ce groupe atypique dans le monde du rock psychédélico-progressif (dans lequel on l’avait cantonné par commodité) comportait des zones d’ombre qui, peu à peu, laissaient passer la lumière, révélant des formations inconnues, des répertoires inédits, des orientations musicales insoupçonnées. Vous connaissez la bonne nouvelle ? Malgré toutes ces révélations, on ne savait pas encore tout ! Necromancers of the Drifting West nous en dit encore davantage !

Sous-titré Rare Gems from the Vaults, ce CD réunit des enregistrements studio et live provenant des années 1968 et 1971. À défaut d’offrir un album inédit complet, comme les précédentes archives déjà citées l’avaient fait, Necromancers of the Drifting West dévoilent deux périodes cruciales de l’évolution du THIRD EAR BAND, l’avant-Alchemy et l’après-Elements et Abelard and Heloïse (donc, l’avant-Music from Macbeth).

Les trois premiers morceaux du CD font partie de la préhistoire du THIRD EAR BAND. Ils proviennent d’un disque assez obscur daté de 1968 qui faisait partie du catalogue de la bibliothèque sonore (la Standard Music Library) dont s’occupait le compositeur écossais Ron GEESIN. Sur ce LP, deux compositeurs et arrangeurs, Graham LYONS et Raymond JONES, se partagent une face avec le NATIONAL BALKAN ENSEMBLE… Mais une écoute même distraite suffit à dévoiler le pot aux roses : ce NATIONAL BALKAN ENSEMBLE, c’est le THIRD EAR BAND sous un nom d’emprunt, probablement choisi pour des raisons contractuelles ! La formation était alors comprise de Glen SWEENEY, Paul MINNS, Richard COFF et Ben CARTLAND. Violon, alto, hautbois et percussions, interaction instrumentale, dissonances, boucles hypnotiques, variations rythmiques occasionnelles… la panoplie instrumentale et la musique elle-même s’avèrent assez similaires à celles que devait faire entendre l’album Alchemy. Et puis, des morceaux qui se nomment Cosmic Trip, Jason’s Trip et Devil Weed, il n’y a que le THIRD EAR BAND pour en trouver des comme ça !

C’est la même formation que l’on retrouve sur Raga in D, un inédit provenant des sessions d’enregistrement pour Alchemy qui se sont étalées juste le temps d’un week-end aux studios Abbey Road en décembre 1968. Il s’agit de l’un des deux seuls morceaux que Ben CARTLAND a enregistrés avec THIRD EAR BAND, puisqu’il a quitté subitement ce dernier suite au refus de ses collègues de le laisser jouer des claviers au lieu de l’alto ! C’est ainsi que le violoncelliste Mel DAVIS a suppléé à l’abandon de CARTLAND pour le reste des sessions et s’est retrouvé sur l’album Alchemy… Contenant les germes de Ghetto Raga et d’Area Three, deux pièces majeures d’Alchemy, Raga in D aurait fait un excellent bonus sur un réédition CD « deluxe » du premier album du THIRD EAR BAND. Il est fort possible du reste que d’autres morceaux soient restés dans les caves d’Abbey Road…

Avec les quatre autres morceaux présents sur Necromancers of the Drifting West, c’est un autre pan de l’évolution musicale du THIRD EAR BAND qui est révélé, celle où le groupe, en 1971, est désormais constitué de Paul MINNS (hautbois), Glen SWEENEY (percussions, batterie), Denim BRIDGES (guitare) et Paul BUCKMASTER (basse). Il opère alors un virage vers une forme hybride mêlant instruments classiques acoustiques et instruments électriques et s’apprête à enregistrer son troisième album, The Dragon Wakes… qui n’a en fait jamais vu le jour !

Raga No. 1 donne un aperçu de cette nouvelle mouture. La forme du morceau évoque une sorte de raga indien mais qui serait subverti pour aboutir à un espace musical novateur, à la fois groovy et dissonant, qui renvoie cependant à une base traditionnelle, même si les résonances de « musique antique » y sont plus diluées. Une fois de plus, le procédé alchimique à la base de la musique du THIRD EAR BAND fonctionne à plein régime.

Les trois derniers morceaux, captés un mois plus tôt que Raga in D, proviennent d’une session pour la BBC. Et bien qu’il ne soit pas crédité, il semble que Richard COFF (qui avait pourtant quitté le groupe quelques mois plus tôt avec Ursula SMITH) soit revenu prêter main forte. On y découvre un autre inédit qui aurait dû figurer sur The Dragon Wakes, Eternity in D, qui se distingue par son thème de basse proéminent et dodelinant et une mélodie à la guitare qui accentue la sensation de chavirement, le hautbois de MINNS s’immisce en spirales, tandis que SWEENEY déroule un beat constant à la batterie et que le violon de COFF grince dans tous les sens, bientôt rejoint par le violoncelle de BUCKMASTER. On n’avait pas encore entendu ce genre de morceau chez THIRD EAR BAND. Largement « infusé » par le Bitches Brew de Miles DAVIS (sur lequel Paul BUCKMASTER s’était impliqué), ce morceau aurait pu permettre au THIRD EAR BAND d’élargir sa « fan base ».

La session contient de plus deux morceaux provenant d’Elements et d’Alchemy, cette fois en version électrique. Water (dont il manque apparemment les premières minutes) a été remodelé et draine une ambiance doucereuse, comme si les clapotis nonchalants de la version originale avaient fait place à des vaguelettes légèrement agitées ou agacées… Druid (One) subit un même processus de métamorphose électro-acoustique qui en double la durée par rapport à la version originale et se voit possédé de bien étranges feux-follets à en juger par ses soubresauts continuels.

Necromancers of the Drifting West n’aurait jamais vu le jour sans la passion que porte à THIRD EAR BAND le critique Luca FERRARI, auteur d’un ouvrage du même titre sur le groupe et de l’indispensable mine d’informations qu’est le blog Ghetto Raga. Le livret de ce CD est lui aussi garni de doctes informations que FERRARI a compilées à partir de ses recherches et de ses échanges avec plusieurs musiciens de l’époque. On y découvre de savoureuses anecdotes et on y apprend que d’autres trésors de la Troisième Oreille attendent encore d’être déterrés, notamment d’autres morceaux prévus pour The Dragon Wakes, et d’autres sessions BBC. On n’en a donc pas encore fini avec les archives de la première époque du THIRD EAR BAND…

Stéphane Fougère

Blog : https://ghettoraga.blogspot.fr/

Label : www.gonzomultimedia.co.uk

 

 

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