THIRD EAR BAND – The Lost Broadcasts

Print Friendly, PDF & Email
THIRD EAR BAND – The Lost Broadcasts (DVD)
(Radio Bremen/Gonzo Multimedia)

 

S’il y a bien un groupe dont on ne s’attendait pas franchement à retrouver des documents vidéo, c’est bien le THIRD EAR BAND ! Obscurément ésotérique ou ésotériquement abscons, le paysage sonore de la « Troisième Oreille » a toujours manifesté une singularité et une radicalité qui l’écartaient d’emblée de toute perspective médiatique « promotionnelle ». Du coup, on ne s’imaginait pas que ce groupe serait passé dans une émission de TV, fut-elle le mythique et cultissime Beat Club !

On sait que l’histoire du THIRD EAR BAND a été particulièrement trouble dans sa première époque tant les formations se sont succédé, et ses trois albums parus entre 1969 et 1972 (Alchemy, Elements et Music from Macbeth, auxquels il faut ajouter Abelard and Heloïse et The Magus, parus plus tard mais qui datent bien de cette époque) n’illustrent guère qu’une petite partie de tout ce qu’il a pu enregistrer, d’autant que, compte tenu des principes régissant sa démarche musicale, il pouvait facilement enregistrer plusieurs versions d’un même thème et aboutir à des nouvelles pièces.

Quand on sait qu’un projet d’album contenant des sessions radio live inédites a été refusé par les maisons de disques, on est d’autant plus étonné de voir apparaître un DVD comprenant l’intégralité d’une session filmée pour le Beat Club le 11 septembre 1970 ! Bien sûr, « l’intégralité » en question ne comprend que trois pièces (In D, Hyde Park et Druid Grocking) et atteint à peine la demi-heure.

C’est peu et c’est déjà beaucoup, inestimable ! (Et encore, à en croire la fiche produit du label, le DVD devait contenir une autre version de Hyde Park captée quinze jours plus tard !) Cela dit, certains risquent d’être pris au dépourvu en voyant une formation comprenant une instrumentation moins acoustique et médiévalisante que celle qu’il faisait entendre sur Alchemy et Elements. Le groupe a-t-il dû faire des concessions pour « passer à la télé » ?

Que nenni : en cet automne 1970, il était simplement en train d’expérimenter une nouvelle étape de son évolution et préparait le terrain pour la BO de  Macbeth, que l’on sait plus expérimental et bruitiste que ses prédécesseurs. Bref, c’est déjà un prototype de l’« Electric THIRD EAR BAND » qui se manifeste ce jour-là à la TV allemande (et qui a également enregistré une session pour le Top Gear de John PEEL).

Ainsi, la guitare électrique (à double manche, une curiosité pour l’époque) est tenue par Denim BRIDGES, tandis que le pivot du groupe, Glen SWEENEY, a troqué ses percussions contre une batterie ! Mais les percussions n’ont pas disparu puisqu’un joueur de congas non identifié (en fait, il s’agit du Nigérien Gasper LAWAL, qui a travaillé avec Ginger BAKER, FUNKADELIC et les STONES) est présent. Par contre, le violon et le violoncelle, autres éléments majeurs du son des deux premiers LP, ont disparu. Richard COFF et Ursula SMITH avaient déjà quitté le groupe, hélas… Mais pour sauver à la fois l’honneur et le son mythique du THIRD EAR BAND des premiers temps, Paul MINNS joue toujours son hautbois.

Enfin, c’est Paul BUCKMASTER qui tient la basse. Oui, on parle bien du même BUCKMASTER qui s’est commis en tant qu’arrangeur auprès d’Elton JOHN, de David BOWIE, d’Angelo BRANDUARDI et de Miles DAVIS. Ce n’est peut-être pas un hasard si le riff de basse de In D est similaire à un thème que l’on peut entendre dans Bitches Brew

Dans Hyde Park, Denim BRIDGES se met à chanter, une première chez THIRD EAR BAND, présageant la tendance qui allait s’affirmer sur le disque posthume The Magus. On s’éloigne déjà de l’ambiance rituelle et spirituelle indo-médiévale qui prévalait depuis les débuts, mais la pièce maîtresse Druid Grocking permet de retrouver le THIRD EAR BAND dans ses grandes œuvres au format et au climat évoquant des ragas indiens arrosés de substances psychédéliques.

Bref, ces Lost Broadcasts sont d’un intérêt primordial pour l’amateur de THIRD EAR BAND, à la fois parce que cette vidéo contient trois pièces non présentes sur les albums d’époque et parce qu’il n’existe aucun enregistrement officiel de la formation ici réunie. Ce DVD constitue donc une pièce importante du puzzle historique du THIRD EAR BAND, quitte à éprouver cette étrange impression que, plus on retrouve des archives inédites du THIRD EAR BAND, et plus le sujet nous échappe et nous déconcerte dans ses incarnations successives. Et ce n’est sans doute qu’un début…

Stéphane Fougère

Label : www.gonzomultimedia.co.uk

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°32 – septembre 2012)

 

 

Laisser un commentaire