URBI FLAT – Huit Petites Pièces de variété

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URBI FLAT – Huit Petites Pièces de variété
(Urban Noisy / Replica Records)

URBI FLAT… Urbi flotte… Urban Flex… Urban Flasque… Urban Sax… URBAN SAX ? L’ensemble formé par Gilbert ARTMAN conçu pour donner corps à des idées de spatialisation sonore et architecturale impliquant des mouvements et des déplacements du son continu, décliné en modulations et boucles polyrythmiques ? Bon sang, mais c’est bien sûr ! La connexion est toute trouvée dès lors qu’on laisse son imagination lexicale vagabonder au gré des sons, et cette musique y encourage grandement, ça tombe bien !

Car ça fait déjà plusieurs années qu’URBAN SAX a élargi son spectre sonore ainsi que sa formation au-delà de la déjà forte concentration de saxophonistes qui y avancent généralement masqués et déguisés. Des vibraphones, des violoncelles, des claviers, des guitares basses y ont ainsi été intégrés. URBI FLAT est donc une excroissance d’URBAN SAX, de même que QUAD SAX en est une protubérance minimaliste.

Si ce dernier a déjà eu l’occasion de faire cavalier seul le temps d’un album paru il y a quelques années en CD et réédité en LP par le même label Replica Records cette année, URBI FLAT n’avait pas encore eu cet honneur : c’est désormais chose faite avec la publication de ces Huit Petites Pièces de variété en support vinyle et en format numérique (avec un bonus).

Dire qu’URBI FLAT est un format réduit d’URBAN SAX (ce qui n’est pas bien difficile, quand on sait que ce dernier a pu compter une quarantaine de musiciens !) serait loin de lui rendre justice et donnerait même une image erronée de sa proposition musicale. Car de saxophones il n’est guère question ici. En fait, à part une ou deux clarinettes, un pipeau et un sax (tout de même !), les soufflants ne sont pas plus à l’honneur que les claviers, les cordes (violoncelles, contrebasse, guitare basse, sitar, tempura) et les percussions acoustiques (vibraphone, xylophone) et électroniques.

Mais puisque la direction artistique en est assurée par Gilbert ARTMAN, on se doute que les principes qui régissent la musique d’URBI FLAT sont équivalents à ceux d’URBAN SAX. La spatialisation sonore tient donc toujours lieu de fondement, mais s’appréhende avec une autre lecture. La musique distillée sur ce LP mêle sons acoustiques et sons électroniques et génère des ambiances propres à inspirer le mystère, la suspension, l’intériorisation énergétique, voire l’absurde et le non-sens. Car oui, j’ai oublié de vous le dire, mais on entend aussi des voix sur certaines pièces !

Et qui dit voix dit textes, débités en plusieurs langues dont la compréhension a été volontairement altérée, que ce soit à travers le « pidgin » anglais du Gourou de Garges-les-Gonesses (l’irremplaçable Jac BERROCAL en personne !), la versification lettriste et onomatopéique d’Anne GOURAUD SHRESTA dédiée A Isidore Zouzou (qui aurait aussi pu s’appeler « ISOU le zoulou »…), ou le japonais non absent d’Emiko OTA dans Precipice (soutenue entre autres par un harmonica non crédité). Et quand on ne sait pas où l’on est, on le dit… en italien (Non Lo So), mélangé à d’autres langues tant qu’à faire, histoire d’être partout plutôt que nulle part !

Les pièces strictement instrumentales ont pour leur part une propension à évoquer les horizons contemplatifs et fantasmés du Grand Orient (des titres comme Le Pipeau javanais, Pourquoi viens-tu sitar et Nirvana juste en bas de chez vous n’ont guère besoin de sous-titrages…) ou, à rebrousse-poil, les reliefs du Nord-Ouest hexagonal (Return to Livarot), à l’adresse de celles et ceux qui voudraient revoir leur Normandie sans doute, mais alors avec un autre regard !

Officiant à titre de double quintet, URBI FLAT  « alchimise » à loisir acoustique et électronique, ombre et lumière, « bizzaroïdité » et sérénité, et en cela ne devrait pas trop décaler les horaires des amateurs d’URBAN SAX, tout en jouant quand même la carte de l’exotisme à la fois distant et si proche, exotisme intérieur, souterrain, urbain, exotisme qui n’est autre qu’un reflet du processus de spatialisation cher à Gilbert ARTMAN. C’est fou les voyages qu’on peut faire en restant dans son appartement…

Stéphane Fougère

Label : https://replicarecords57.bandcamp.com/

 

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